TOPs 10 de l'année 2025

 

Le temps a été pris, les TOPs annuels ont été rédigés, dans plus ou moins de douleurs, et il est grand temps de s’y plonger. De faire cette rétrospective rituelle, annuelle et traditionnelle, mais somme toute utile. Utile pour prendre le temps de revenir sur une année d’écoutes souvent fragmentée, saturée de sorties, d’enthousiasmes immédiats et d’oublis rapides. Utile aussi pour faire le point, collectivement, sur ce qui a réellement marqué nos trajectoires musicales.

L’année 2025 n’a pas dérogé à la règle. Dense, contrastée, parfois déroutante, elle a confirmé à quel point les musiques extrêmes et underground demeurent des espaces privilégiés d’expérimentation, de tension et de prise de position. Les albums retenus dans ces TOPs témoignent d’une scène toujours mouvante, capable d’embrasser aussi bien la radicalité que la nuance, l’urgence que la durée, la violence frontale que l’introspection la plus trouble.

Avant d’aller plus loin, je tenais à m’excuser du retard. Si ce TOP 2025 paraît avec un léger décalage, c’est aussi parce que, de mon côté, je suis actuellement pris dans le dernier rush d’écriture de mon livre sur le Metal chinois, à paraître en 2026 aux Éditions des Flammes Noires. Un moment chronophage, qui est sur le point de se clôturer.

À l’image des années précédentes, ces TOPs sont avant tout le reflet des sensibilités multiples qui font vivre Scholomance. Il n’y a donc toujours pas de TOP commun, mais bien des TOPs de chaque membre, dont un dernier… surprenant, un retour dans le temps, plus lointain que 2025.

Fait suffisamment rare pour être souligné, un seul album se retrouve en commun dans deux TOPs cette année – celui de Messa, cité par Pango Lyn et Dee. Une convergence minimale, presque anecdotique en apparence, mais révélatrice d’une année marquée par une forte dispersion des écoutes et une hétérogénéité assumée des références.

L’illustration accompagnant ce TOP 2025 est une nouvelle fois signée par Marine Février. Chroniqueuse (sur nos pages évidemment), dessinatrice, musicienne, Marine nous offre un chat partant en guerre contre les inégalités sociales.

Il ne reste plus qu’à plonger dans ces TOPs, à les parcourir et à constater la supériorité de nos goûts musicaux (ou pas) :


 
Autant mettre les pieds dans le plat, comme disait l’autre, dès les premières lignes. Niveau « Metal », dans le sens bien métallique du terme, il y a eu de très bonnes sorties cette année. Des albums que j’ai écoutés avec plaisir et même réécoutés. Pourtant, aucun n’a eu ce « petit truc en plus » – totalement subjectif, je l’admets – qui leur aurait permis de s’imposer dans mon top.  Attendez … 

– Pango Lyn : « C’est l’intro de TOP de l’an dernier ça »
– « Hein. Comment ça ? T’es sûr ? »
– Pango Lyn : « Certain »
– « Mais c’est quand même le cas je fais comment »
– Pango Lyn : « Démerde toi »

Reprenons. Autant mettre les pieds dans le plat dès les premières lignes –  oui, encore. Côté « Metal », au sens le plus littéral et le plus métallique du terme, l’année a pourtant été plutôt généreuse. De très bonnes sorties, des albums que j’ai écoutés avec plaisir, parfois même plusieurs fois. Et pourtant — et c’est bien là que ça se répète — aucun n’a eu ce fameux « petit truc en plus » (parfaitement subjectif, je le rappelle, comme à chaque fois) qui aurait permis de s’imposer durablement dans mon top. Bref, exactement la même histoire que l’an dernier, MAIS (car oui, il y a un mais) un album Metal se hisse cette fois dans le Top 3. Comme quoi.

Mais commençons par le commencement. Sécheresse, le nouveau Sophia Djebel Rose. J’écrivais, lors de la parution des premiers extraits, qu’il était difficile de classer cette œuvre. Près d’un an après sa sortie, et une écoute régulière tout au long de l’année (l’album étant paru en février),  je pourrais sans difficulté écrire exactement la même chose.

L’album oscille entre Dark Folk gothique et musique médiévale, évoquant Malicorne dans le rapport au texte, mais traversée d’intonations moyen-orientales. À cela s’ajoutent des influences drone dans les nappes sonores qui accompagnent le chant, ses élans plus lyriques (sans jamais basculer dans l’envolée), ses déclamations poétiques, le tout en français. Il en résulte un moment hors du temps, où les frontières stylistiques et temporelles se brouillent : une forme de ménestrelle issue d’un ailleurs onirique et sombre, qui exige néanmoins un temps d’apprivoisement, plusieurs écoutes, pour être pleinement absorbé.

Là où Sophia Djebel Rose esquisse un paysage rêveur profondément sombre, le second album de mon classement en serait l’exact envers. Face onirique d’un côté, réalité crue de l’autre. Pile La Nuit Je Vois Tout, pile Bière Noire, projet de Riton La Mort (Sataŋ). Bien que les influences Black Metal soient plus facilement perceptibles ici, l’album revêt avant tout une musicalité punk – un punk poétique, immondément poétique, sombrement poétique, rugueusement poétique, salement poétique. Il rend poétique (vous l’aurez compris) ce qui ne devrait pas l’être : l’odeur acre de la pisse, mais servie dans un verre en cristal brisé. Chant également en français, posé sur des couches de guitares saturées et dissonantes ; un langage à faire pâlir votre prof de littérature comme tonton Gégé bourré aux repas de fêtes.
Un album parfait pour transitionner vers le premier album Metal de mon top et donc, pour moi, le meilleur album Metal de l’année : le dernier Blut Aus Nord. Ethereal Horizons poursuit l’épopée cosmique de l’énigmatique projet, sans pour autant s’inscrire dans la saga Disharmonium. Il explore de nouveaux univers et paysages sonores où s’entremêlent structures organiques et futuristes, donnant naissance à un vaisseau techno-organique conçu pour sonder des ténèbres oniriques.
Cet album ouvre le bal des disques Metal qui m’ont marqué tout au long de l’année, et l’on frappe fort avec les Japonais de Pale. Bien que sorti sous l’étiquette « Post-Black / Blackgaze », l’album se distingue de ses pairs sur de nombreux points. Bien qu’éthéré, Our Hearts In Your Heaven se révèle bien plus brutal – et oui, le terme « frapper fort » n’était pas là par facilité de langage. Une sorte de « Brutal Post-Black », avec des passages Death Metal au chant, mais aussi des incursions Noise dans la musique, qui font de Pale non pas un clone d’Alcest ou d’Asunojokei, mais une nouvelle voix du Post-Black, un genre qui trop souvent se contente de mimer grossièrement ses propres piliers.

J’ai également retrouvé cette volonté de « proposer une nouvelle voix » avec One Of Nine et son nouveau chapitre Dawn Of The Iron Shadow. Après un premier album que j’avais trouvé trop influencé par la scène Black Metal mélodique suédoise, One Of Nine s’offre ici une nouvelle plongée en Terre du Milieu, mais loin du Summoning-like. Même si l’on y retrouve certains éléments – notamment des passages de Black Metal atmosphérique – l’album parvient à s’extraire aussi bien du Dissection-like que du Summoning-like. Plus atmosphérique que le premier, plus mélodique que le second, mais aussi globalement plus raw, avec des influences issues de la scène USBM.
Ce faisant, l’album réussit un véritable tour de force pour moi, qui ne suis que peu sensible à la vague Black mélodique (suédoise ou autre) et à l’USBM en général. Ces influences se combinent pour créer une pièce unique, portée par une esthétique tolkienienne signée Ted Nasmith, connu pour avoir illustré l’œuvre de Tolkien – notamment la première édition illustrée du Silmarillion. Il participa ainsi à façonner l’univers pictural de l’écrivain aux côtés d’Alan Lee, lequel travailla de son côté sur les couvertures des rééditions du Seigneur des Anneaux et du Hobbit.

Continuons dans les surprises. Cette fois-ci, elle n’est pas le fruit d’un groupe que je n’attendais pas – comme ce fut le cas pour One Of Nine (n’ayant pas été particulièrement sensible au premier album, je n’avais pas d’attentes particulières pour le second) – mais d’un projet que je n’attendais plus du tout. Après presque vingt ans depuis Vikingtid og Anarki, le one-man band de Black/Folk Metal SorgSvart signe un retour aussi inattendu que réjouissant.
Bien que prévu cette année en formats physiques, Gardar og Grende est en réalité sorti en décembre dernier et s’inscrit donc naturellement dans ce top, je n’aurais de toute façon pas attendu un an pour l’y intégrer. S’inscrivant pleinement dans la vague norvégienne du genre, et ravissant à ce titre les amateurs de Windir, ce troisième album se distingue toutefois nettement de ses prédécesseurs sortis entre les années 2000 et 2010. Plus maîtrisé, tant dans ses passages Black Metal que dans ses éléments Folk, moins raw dans l’approche sonore, il revient surtout dans un contexte social qui n’a jamais eu autant besoin d’un cri de révolte, d’un cri anarchiste, au sein d’un style trop souvent gangrené par des idéaux national-socialistes.

Cet engagement politique transparaît clairement dans l’urgence punk qui se dégage de l’album, donnant à ce retour tardif une pertinence et une force inattendues.

Plus classique que Pale, le premier album de Phosphorus, intitulé Frail Grasp of Broken Hands, s’inscrit dans la plus pure tradition du Post-Black Metal germanique. Autrement dit, il se place pleinement dans la lignée de ce qu’ont pu proposer Heretoir, Agrypnie, Harakiri for the Sky ou encore Anomalie. En règle générale, je suis davantage amateur de groupes et d’albums singuliers ; pourtant, ici, même si l’on ressent clairement l’influence des formations précitées dans ce premier jet, Phosphorus parvient à affirmer une véritable personnalité.

Là où certains grands noms du genre semblent aujourd’hui emprunter des chemins de traverse qui les éloignent de leur identité Post-Black Metal, l’album de Phosphorus en perpétue au contraire les fondements : des atmosphères naturelles, mystiques, introspectives et romantiques. Il en résulte des paysages qui me touche particulièrement dans la mélancolie qui s’en dégage et que je retrouve ici. 

Continuons à errer dans ces rêves romantiques avec Karévana, qui illustre parfaitement la raison pour laquelle les Tops de Scholomance paraissent en début d’année et non en fin d’année : l’album est en effet sorti un 25 décembre. Nouveau projet de l’artiste japonais O. Misanthropy (Ahpdegma, Kanashimi, ex-Samayoi), avec la participation de Crying Orc (Këkht Aräkh), 夜明けの空へ – To The Dawn Sky, premier album sous ce nom, conjugue le Black Metal d’Ahpdegma à la tristesse intrinsèque de Kanashimi, en particulier celle de son dernier album Yamiuta 闇歌.

Une tristesse inhérente à l’identité du musicien, mais là où le Sturm und Drang et le romantisme européen incarnent une mélancolie violente, passionnée et tournée vers la révolte, celle de Karévana puise davantage dans le Mono no Aware 物の哀れ : une sensibilité à l’impermanence des choses, une mélancolie douce née de la conscience que tout est voué à disparaître. 夜明けの空へ – To The Dawn Sky n’est donc pas l’expression d’une tristesse explosive ou revendicative, mais celle d’une émotion contenue, presque contemplative. Aucune sortie physique n’est annoncée pour le moment ; on espère que Talheim Records ou Zero Dimensional Records se réveilleront pour nous proposer un format physique à la hauteur de la qualité de l’œuvre.

Restons au Japon avec le second album (ou le premier si l’on considère comme un album plutôt qu’un EP) de Gusoh, 青穢. Toujours aussi insaisissable, toujours plus extrême dans ses expérimentations, l’album s’impose comme le plus radical de ce top. Son écoute relève du quitte ou double. Lors de la découverte de en 2022, il m’avait fallu du temps pour réellement l’appréhender ; pour ce second opus, je pensais être prêt. Certes, j’avais une idée plus concrète de ce que proposait Gusoh, mais on n’est jamais véritablement préparé : sa découverte fut presque aussi violente que celle de . Écouter Gusoh, c’est se plonger dans la perte, perte de soi, perte de ses repères. 
 
En parlant de perte de repères, je ne voudrais pas vous perdre à mon tour après cette lecture, et il aurait été dommage de ne pas vous proposer un album de Metal « chinois » oui avec des guillemets car To End All Suffering 灭罪, bien qu’issu de la sphère culturelle chinoise, provient en réalité de Singapour, tout en revendiquant pleinement son identité chinoise. Cette ambiguïté n’est d’ailleurs pas la seule singularité de ce one-man band de Black Metal/Punk. Il s’agit en effet d’un projet d’UnBlack Metal dans un pays à majorité bouddhiste (bien que le christianisme y constitue la seconde religion). Là où ses premières sorties (dont un premier album largement oubliable) peinaient à convaincre, Shaojun propose ici un retour nettement plus inspiré : un UnBlack Metal à l’ancienne, teinté de Punk et de Thrash Metal, mais également traversé d’influences musicales chinoises. Musicalement, on y retrouve enfin des réminiscences d'HolyArrow de la première période, lorsque le projet s’inscrivait encore dans une démarche principalement inspirée de l’histoire ancienne chinoise.

Sur le plan thématique, l’album se distingue par un traitement conjoint de la philosophie chrétienne et du taoïsme, une combinaison qui a traversé et nourri plusieurs mouvements révolutionnaires en Chine, de la dynastie Ming à l’ère républicaine. The Way of Discipleship 信徒之道 rend ainsi hommage aux chrétiens chinois ayant joué un rôle dans les révolutions des dynasties Ming et Qing, notamment Hong Xiuquan, Liang Fa, Sun Yat-Sen ou encore Tay Sek Tin. Ces figures ont contribué à la modernisation de la Chine en s’opposant à l’impérialisme et en intégrant, de manière singulière, des principes chrétiens et taoïstes, influençant durablement la pensée chinoise moderne.

Après avoir écrit ces mots, je dirais qu'il y a bien une idée sous-jacente à tous ces albums, et qui guide mes écoutes comme mes choix pour mes tops, c’est qu’ils ne sont pas « consommables ». Ce ne sont pas des écoutes qui nous laissent, au mieux, indifférents, ou, au pire, oubliables dès que la dernière note meurt dans nos lecteurs. Ils demandent du temps, de l’effort, parfois même une forme d’abandon. Ce sont des albums qui ne cherchent pas à séduire immédiatement, mais qui finissent par s’installer, à hanter, et auxquels on revient.

Si ce classement a un fil rouge, il se trouve peut-être dans cette tension constante entre mélancolie et radicalité, entre héritage et réinvention, entre identité assumée et perte volontaire de repères.


 
L'année 2025 est terminée et, une fois de plus en ce début de nouvelle année, il est l'heure de faire le bilan de l'année écoulée. Et comme d'habitude, l'élaboration de ce top se révèle être un joyeux casse-tête. Et en regardant les albums présents dans ce top, il s'avère que la scène nord-américaine, et tout particulièrement la scène Death Metal canadienne, est en grande forme et pourvoyeuse de sorties de qualité.
Si l'élaboration de mon top fut complexe, il m'était toutefois évident que deux albums se démarquaient nettement à mes yeux (enfin surtout à mes oreilles) des autres sorties de l'année. Le problème, c'est que ces deux albums, bien que tous deux profondément Death Metal, s'avèrent radicalement différents, et tous deux méritent amplement la première place de mon top. C'est sans doute la première fois que je suis à ce point indécis quant à mon album de l'année... Mais puisqu'il faut départager alors, départageons...

Ainsi, la place d'album de l'année échoue à From The Visceral Abyss des Espagnols de Teitanblood. Un Black/Death à l'atmosphère sombre, opaque et suffocante qui entraîne l'auditeur dans une descente vers les abysses chthoniens, vers un absolu désespoir et une folie totale. Tout dans les morceaux composant cet album se veut noir, oppressif et intense. Une réussite complète. À la seconde place, et qui mériterait tout autant la première place que Teitanblood, on trouve le premier album des Canadiens de Hedonist. Rien d'original ici de prime abord avec un Death Metal old-school aux très fortes effluves Bolt Thrower. Pourtant, avec ce Scapulimancy, la formation de Vancouver menée par une vocaliste aux hurlements et au guttural monstrueux assène son Death Metal avec une maîtrise absolue, à coups de riffs tous plus efficaces et dévastateurs les uns que les autres, donnant une furieuse envie de secouer de la tête et de balancer des meubles par la fenêtre. Ni plus ni moins que ma surprise de l'année, et sans doute un de ces albums qui va tourner plus que régulièrement pour les années à venir...

C'est à partir de là que mon top devient plus compliqué à établir, avec des albums de très bonne facture pouvant assez facilement échanger leur place, notamment pour ce qui est du trio constituant la dernière place du podium et la moitié haute de ce top. La dernière place du podium revient à la jeune formation américaine Corpus Offal et son premier album éponyme, né des cendres de Cerebral Rot. Et sans surprises, la qualité de cet album est égale à celle de leur précédent projet, avec son Death Metal gras et lourd au groove imparable. Au pied du podium, on retrouvera les Danois de Phrenelith et leur troisième album Ashen Womb, synthèse de leurs deux précédentes offrandes, à savoir un Death Metal entre groove et lourdeur titanesque, et atmosphère noire et crasseuse. Enfin, pour clore cette première moitié du top, une autre de mes surprises avec le premier album des Québécois de Scorching Tomb. À l'instar de leurs compatriotes de Hedonist, le groupe pratique un Death Metal bourré de riffs ultra accrocheurs, tous plus efficaces les uns que les autres, dans la veine de Frozen Soul et Cannibal Corpse. Pas moyen de ne pas secouer de la tête ici.

Pour la seconde moitié de ce top, les groupes suivants me semblaient assez évidents pour ce qui est de leur présence en son sein. On retrouvera ainsi enfin un album non-Death Metal avec le second album du très jeune one-man band norvégien Gryla, avec un Black Metal assez classique mais rudement efficace et bien exécuté. À ses côtés, les Canadiens (encore) de Disembodiment et leur premier album de Death Metal obscur à la Incantation, les Russes de Pyre qui confirment avec ce troisième album la qualité de leur Death Metal old-school relativement mid-tempos, et Ancient Death avec son Death Metal plus progressif et tortueux, surprenant mais très réussi.

Et c'est là que ça se complique pour clore ce top. Trop de possibilités, de groupes qui mériteraient de figurer ici mais ne le peuvent puisque ne reste plus qu'une seule et unique place. J'aurais pu donner cette place au projet américain One Of Nine et son Black Metal épique et mélodique tolkienien, ou aux Britanniques de Conan avec leur Doom Sludge pachydermique et rudement efficace comme de coutume, mais ce sera finalement aux Finlandais de Sepulchral Curse qu'échoira cette dixième place avec leur Death Metal blackisant, entre riffs écrasants et mélodies enivrantes.

Si, comme d'habitude, je constate que mon top est quasi exclusivement constitué d'albums de Death Metal, qui représentent évidemment la grande majorité de mes écoutes, force est de constater que les groupes français sont absents de mon top, chose particulièrement rare. Je me dois dès lors de mentionner les bons albums des Parisiens de Creeping Fear qui confirment la qualité de leur Death Metal, et le one-man band grenoblois Fäust avec son Black/Death mélodique rappelant les grandes heures de cette éphémère scène suédoise, une touche Heavy en plus.

Il est temps maintenant de se tourner vers 2026 et son lot de sorties qui se profile d'ores et déjà à l'horizon et qui s'annonce comme une année très alléchante... 



C’est parti pour le bilan musical 2025 ! Cette année ne fut pas très riche en sorties pour moi, je n’ai pas diggé les sorties mais les albums de Fusion, Funk et City Pop des 70’s, en ajoutant déménagement et travaux qui m’ont coupé du zine une bonne partie de l’année. Donc pour ce qui est de mon top annuel, pas de nouvel artiste et pas énormément de Metal.

On commence quand même ce top avec une sortie Punk ou plutôt Post-Punk, Synth Punk, avec le nouveau venu de Home Front, un très bon revival direction les années 80. Un album qui accompagne parfaitement mes trajets pédestres au travers des paysages stéphanois.

Pour la seconde sortie de cette année, une OST, celle d’un jeu qui aura marqué cette année 2025 autant par son gameplay, son univers que par sa musique. Après des heures passées dans le monde de Clair Obscur, tu te retrouveras toi aussi à fredonner un air de cette magnifique OST ou encore chanter faux sur « Lumière ».

Quatre ans après, Grey Aura nous livre la seconde partie de « Zwart Vierkant », abstraction, dissonance et avant-gardisme entourent encore une fois le Black Metal des Néerlandais avec brio. Avec encore une fois un artwork magnifique qui colle parfaitement à ce nouvel opus.

Pour la suite, nous partons pour un voyage musical avec la compositrice/trompettiste Yazz Ahmed. Des fresques sonores venues de Perse teintent un Jazz moderne entre nostalgie de son pays natal et hommage à son histoire, ces pêcheurs de perles, mais également aux musiques traditionnelles des percussionnistes bahreïniennes.

Le cinquième est un habitué de mes tops : on retrouve Médine et son nouvel opus, toujours la même verve, un rap engagé, des instrus qui évoluent et toujours une belle balade qui reste. Toujours dans mes playlists, et toujours dans mes concerts annuels préférés. Rendez-vous l’année prochaine pour le prochain album et ses meilleures punchlines antifa.

Entre Death Prog moderne et Post-Metal, voire même Blackgaze, certains diront simplement Deathgaze. Le nouvel album de Kardashev oscille entre riffs agressifs et mélodies éthérées, qui vous plongeront dans un voyage cosmique riche en émotions.

On reste dans les sonorités Post-Black avec le nouvel opus de Ainsoph, cette fois teinté de Post-Punk/Goth Rock, de Post-Hardcore ou même de Dream Pop.

Pour la suite, album dont vous avez dû entendre parler cette année, le dernier Messa qui continue ses explorations stylistiques en teintant sa musique de Coldwave pour ce nouvel opus, sans s’éloigner de son Doom psychédélique et de ses excursions jazzy.

Comme je le disais à l’intro, mes écoutes se sont plus dirigées vers la City Pop et la Fusion ; je ne pouvais donc louper le nouvel opus de Blu-Swing qui nous propose encore une fois un album City Pop/Jazz Pop moderne excellent.

Pour le dernier choix de ce top, j’ai choisi Turnstile. Ce n’est pas leur meilleur opus ; le groupe continue sa transition Pop en se rapprochant des sonorités de The Police et nous offre un album qui se réécoute avec beaucoup de plaisir.

Peut-être plus de nouveautés pour 2026 pour moi si je ne m’engouffre pas dans une nouvelle faille en quête de groove et de lignes de basse 70’s.


Cette année encore sera majoritairement consacré au Dungeon Synth. Et en particulier, je voudrais vous parler de ce projet mystérieux du nom de Dorcas (d'après un personnage féminin important du mythique et méconnu Livre du Nouveau Soleil, écrit par Gene Wolfe) un projet qui a discrètement émergé dans la scène dungeon synth. Ce fut une immense claque. À ma grande joie cet album fut suivi à quelques mois d'écarts par un projet connexe et toujours du même musicien anonyme, ici nommé Deåvasea, dans un album qui inaugure un univers personnel tout à fait inhabituel et très riche, dans une académie énigmatique où des femmes apprennent à rendre leur corps aussi souple que neige. J'ai pu prêter ma voix pour l'un des morceaux et franchement c'est un immense honneur. Cet album est un vrai joyau. Je situe clairement ces deux albums à la première et à la seconde place de mon classement. Difficile de les départager, alors je les ai classé selon l'ordre de découverte. 

Pour commencer l'album Dorcas, qui fait honneur à une féminité lumineuse, presque innocente et pure, est d'une teneur profondément épique assez inhabituelle. C'est un chant de vie, rien de guerrier, de sanglant et rien de monstrueux, c'est tout le contraire, c'est ce que la grâce porte de puissance en elle, c'est ce que l'humanité a de plus beau et que certains humains incarnent. Mais c'est aussi un album nuancé, avec plus de gravité parfois, mais toujours cette douceur qui semble s'envoler en allégeant tout avec elle. J'ai pu échanger avec le musicien et il m'a confié avoir beaucoup d'admiration pour les femmes et pour ce qu'elles arrivaient à supporter d'injustices. Je pense que c'est profondément sain et qu'il y a un avenir ici. À vrai dire je trouve ce projet d'une grande fraîcheur et cette musique c'est comme si je l'attendais avant même d'en connaître l'existence. Il y a quelque chose de vivant, de vitaliste et de presque printanier, que je retrouve dans un film sorti début 2025 tel que Bird. Et c'est ce mouvement, ce souffle que j'ai cherché musicalement en 2025. Je serai un peu plus rapide sur Deåvasea mais c'est juste pour laisser un peu de place aux artistes suivants ! L'album est profondément réjouissant et novateur. Le lore est recherché et atypique, il y a ce souffle puissant aux accents mystiques, énigmatiques et puis, qu'est ce que c'est lumineux ! On sent l'hiver au coin du feu car le winter synth n'est pas bien loin. Et quelle richesse dans les sons et les textures, les samples, les clochettes ! C'est à la fois dense et ça respire complètement, démontrant une grande maîtrise de la création sonore alliée à une sensibilité singulière. Ces morceaux résonnent en moi comme une évidence nouvelle. Je ne saurais que trop vous recommander ce voyage aux confins de l'humanité et de ce qu'elle a de plus extraordinaire à offrir.
J'avais déjà parlé dans un précédent top d'Aura Merlin et c'est avec joie que je place son nouvel opus en 3ème position. Quel talent et quelle personnalité dans ces sons ! Dans la magie enivrant de son troisième album Moon Gates, elle nous plonge entre sombreur nocturne et scintillements d'étoiles ; un Dungeon Synth atypique aux influences Goth, New age et Indus, toujours englobant, délicat et puissant.
Si le mot "entraînant" devait nous emmener en promenade pour une aventure musicale onirique peuplée de dragons, alors je crois qu'il choisirait Suite magique pour OST. Avec ce nouveau Ithildin ne sommes pas très loin du manège d'ombre et de lumière colorées qui, en dansant, nous content une joyeuse histoire de chevaliers rôlistes. C'est fort réjouissant.
Ysopet 3e est un album profondément enchanteur dans la continuité des précédents opus de Descort, mais avec davantage d'ambition encore : on se laisse emporter avec passion dans les nombreux moments épiques qui ponctuent l'album, dans les moments plus tristes aussi. On traverse avec délice de vieilles légendes en des lieux reculés, que la musique nous conte et nous remémore avec une grande puissance évocatrice.
J'ai découvert Kvothe cette année avec La Mélopée du Printemps et quelle douceur, quelle profondeur ! C'est tantôt planant, semblable aux graines du pissenlit qui s'envolent dans un foisonnement incertain. Tantôt c'est sombre comme les profondeurs de la terre d'où semble émerger l'épopée d'une jeune pousse. Il y a un sentiment implacable et tragique qui se mêle à ce lumineux renouveau, comme si chaque naissance portait en germe sa propre mort.
C'est un EP d'une quinzaine de minutes qui aura retenu mon attention cette année, le dénommé Inverted Forest. Décidément j'aime toujours autant Sylfvr. Les thématiques naturelles lui vont bien : c'est un véritable puits de lumière qui filtre à travers la grandiose canopée de cette forêt inversée. Je me laisse toujours aussi volontiers embarquer dans ces nuances sombres et colorées d'une grande richesse émotionnelle, par ces montées en puissance qui explosent. Au fil de l'album une brume se fait sentir, percée çà et là par le rituel éclatant des percussions martiales et de quelques lumineuses mélodies en lead. 
J'ai eu la chance de découvrir la Berceuse des deux mondes de Rien Virgule en live à l'occasion du festival Frissons Acidulés. Et ce fut un très grand moment. Ceux qui sont restés tout du long sous le chapiteau du Cirque Électrique étaient aussi subjugués que moi je crois, à en juger par la connexion que nous partagions tous lors du tonnerre d'applaudissements final. La puissance industrielle, rythmique, la délicatesse et la fragilité la plus intime, la dissonance et l'évidence, les textures granuleuses, évolutives des synthés, tout cela se côtoie et se mêle dans cette énigme musicale totalement singulière, étrange et fascinante. Une grande beauté émane de ces paysages personnels, à la fois durs, froids, menaçants et poétiques, étrangement humains et familiers. Night Caves, de Jolanda Moletta est un album où la voix, entre échos caverneux et chants angéliques tout droit sortis de l'éther, se fait omniprésente et sculpte les mouvements du son. Le timbre est riche et plein, presque addictif, l'ensemble est relativement épuré, mais précis. Il s'en dégage quelque chose de féminin, de très pur, de primitif et mystique. Tout du long de cet album se tisse un subtile envoûtement sonore, lorsque le charme opère.
Je ne pouvais pas passer à côté de ce discret monument. Certes j'y ai participé indirectement puisque j'ai signé l'artwork, mais je me devais de mettre cette précieuse gemme dans mon top 10 de cette année. Il est difficile de trouver les mots, tant cet album me touche et c'est avec beaucoup d'émotion qu'il m'arrive de l'écouter. J'y ressens un élan de liberté, de beauté et de tendresse incommensurables. C'est tantôt délicat, avec une forte charge émotionnelle, tirant souvent vers une très belle mélancolie tantôt entraînant, presque dansant. La profondeur et la légèreté se côtoient avec un grand naturel, sans jamais s'exclure l'une l'autre. Si vous aimez le dungeon synth hivernal et les émotions puissantes, foncez l'écouter !

Voilà une année inédite et très riche en musique qui s'est achevée. Espérons que l'année 2026 nous offre elle aussi ses pépites, ses expérimentations singulières et que le souffle de liberté du Printemps continue de nourrir nos musicien.ne.s.

Messa – The Spin
Prisme – Prisme
Rivers of Nihil – Rivers of Nihil
Alice Cooper – The Revenge of Alice Cooper
Katatonia – Nightmare as Extensions of the Waking State
Tassi – Idamon Novasah-Liva
Paradise Lost – Ascension
Green Carnation – A Dark Poem, Part I: The Shores of Melancholia
Novembers Doom – Major Arcana
Creeper – Sanguivore II: Mistress of Death

J'ai l'impression que l'année 2025 s'est passée comme une flèche, sans que je n'aie le temps d'explorer toutes les merveilles que le milieu de la musique met sur mon chemin.
Pourtant, tous les ans, l'exercice est le même : tirer parmi la pléthore des sorties de l'année une petite sélection pour vous donner une tendance qui, certes, est très personnelle, mais qui montre quand même les grands courants de cette mer insondable.

J'ai décidé de placer The Spin de Messa en première place car, avec cet album, le groupe sort de ses sentiers habituels pour nous offrir un album très dynamique tout en gardant ce côté massif du doom, sans parler des clips que le groupe nous a offerts en les disséminant au fur et à mesure de l'année, de beaux clips aux accents vintage, un bijou pour les yeux et les esgourdes.
En deuxième position, c'est Prisme, le premier album éponyme de Prisme, un des nombreux projets de notre cher Jeff Grimal, l'homme qui ne dort jamais ! C'était inattendu, mais cet album m'est tombé dessus comme ça, avec ses mélodies mystiques et puissantes. L'opération hypnotique auprès des auditeurs a été un franc succès. On en redemande.
S'enchaîne avec un choix de cœur, parce que si je dois rester objective, je trouve cet album légèrement en dessous de The Work (2021, déjà !), mais la recette des Pennsylvaniens fonctionne toujours délicieusement.
À la 4ᵉ position se trouve un autre choix de cœur. Ceci dit, pour moi, c'est mérité : le père Alice nous revient avec un vrai bijou rock & roll, heavy jusque dans l'âme et, paradoxalement, à l'inverse de mon choix n°3, cela fait plaisir d'écouter ces mélodies à l'ère où beaucoup de groupes cherchent à proposer des mélodies hyper complexes. Là, c'est brut, c'est rock & roll à l'ancienne qui sent bon le tabac et le whisky.

Ensuite, viennent Katatonia, qui nous proposent ici un beau Nightmare as Extensions of the Waking State, toujours aussi poétique, aux mélodies hypnotiques et aux riffs lourds comme le ciel du Nord un matin d'hiver. Malgré les changements de line-up, Katatonia prouve qu'ils sont toujours dans le jeu et qu'ils continuent de nous émerveiller avec des œuvres à la fois émouvantes et superbes.
Talonnant Katatonia est Tassi avec, Idamon Novasah-Liva, un album qui nous propose un blackgaze aérien et poétique à souhait. À travers cette saga, Tassi se fait une place dans le paysage du black metal chinois et international ; j'espère qu'il continuera et nous offrira d'autres opus aussi oniriques et d'une qualité incontestable.

Une des sorties qui m'a vraiment fait plaisir en 2025 a été Ascension de Paradise Lost, que j'ai mise à la 7ᵉ place dans ma sélection. Qu'y a-t-il de mieux pour une fan de Paradise Lost que du Paradise Lost pur jus ? Ascension, album qui marque le retour magistral du groupe depuis Obsidian (2020). Avec Ascension, tout y est : riffs hypnotiques, arpèges solennels et passages bien mélodiques à la mode de Paradise Lost. Sans parler des refrains qui font chanter tout le monde en chœur pendant leurs concerts. Bref, une sortie des plus jouissives de l'année 2025.

S'en suivent Green Carnation et Novembers Doom : les uns nous offrent une nouvelle saga avec le très beau A Dark Poem, Part I: The Shores of Melancholia, qui préfigure d'autres magnifiques opus progressifs des Norvégiens. De leur côté, Novembers Doom ne faillit pas à sa réputation avec un Major Arcana mélancolique à souhait, dans la même veine doom/death où le groupe s'est forgé une identité bien à lui ; bien que discrets, les Américains restent une valeur sûre sur la scène doom/death internationale.

Et pour finir, une petite place dans cette sélection pour Creeper. Cela fait quelques années que j'écoute Creeper, un morceau par-ci, un morceau par-là, et à chaque fois, leur musique me met vraiment en joie, car j'adore le côté « dramatique » et « burlesque » de leur musique, qui me fait beaucoup penser aux productions de Meat Loaf que j'adore d'amour. Alors ce Sanguivore II: Mistress of Death, qui tourne autour de l'amour, des vampires, de l'amour vampirique, sous les mélodies énergiques du punk mariées à des éléments résolument gothiques, en fait une potion irrésistible qui nous fait voyager directement vers l'âge d'or du vampire dans la culture populaire, et cela est tellement plaisant pour nos sens. Vraiment !

Clap de fin pour 2025, voyons ce que 2026 nous réserve, je prédis encore une bonne année avec de belles surprises musicales !


Le silence éternel des espaces infinis s'emplit d'une complainte déchirante. Une lugubre mélopée envahit le cosmos, se répand dans le néant telle une incommensurable entité tentaculaire investissant les moindres recoins de l'univers. Vide intersidéral comblé, Labyrinthus Stellarum.

Dans la mélancolie, une complainte. Après le désespoir pointe la lumière. Du chant vient le combat et la libération. Marasme de ténèbres et d’éclats, tentatrice et sauveuse, Isiliel s’impose au monde et triomphe.

Culte, pied de nez, terreur nocturne, boulette, cervelet, réplication, miasme, crochet, ziggurat, bicéphale, pièce, exaltation. Igorrr.

Où se côtoient l’ancien et le nouveau, le vent chemine. Aux confins d’une époque occultée, occulte est le fantôme, au culte s’attache la brise. Soufflée de tout cœur, la bourrasque s’élève et l’art ancestral voit des jours inédits. GostWind se place en porte-parole de ce renouveau.

Comment puis-je vous aider ? Poser une question. Réponse rapide. Attraction du cerveau, facile. Réflexion faite… à ma place. Aspiration des pensées. Vide dans le cœur, haut-le-cœur, nausée. Aphorisme vulgarisé, vulgaire… erroné ? Perdu, hypnotisé. Hypnotic Nausea. Pourtant tout est là, à l’âge du rien.

Une mélodie dévoile un paysage, dessine ses traits, trace ses contours et révèle ses couleurs. La vibration des sons modèle les reliefs, la beauté des notes perle sur la végétation qui s’épanouit. La musique est déesse, créatrice de mondes. D’une pensée murmurée, d’une corde effleurée. Thurnin porte sa volonté, catalyseur prophétique d’une genèse immaculée.

Un soleil rouge se couche, beaucoup de sang a dû couler ce jour. Les pendards ont mordu la poussière, leur sang se mélange à la boue et à la poudre. Une silhouette se détache du crépuscule de l’horizon aride. Dorothy montre la voie.

Attiré par le tumulte et la crasse, ou est-ce par ce point lumineux au bout de cette allée sordide ? La fuite vers l’avant est déjà entamée. Point de retour en arrière. Au Point Mort, frappé de stupeur, de toutes parts. S’effondre la volonté, s’abandonnant au chaos.

Brandissez les lames, croisez le fer et que résonne le métal ! Ces chiens ont semé le vent, ils récoltent l’orage ! Une meute tempétueuse, leur esprit sera marqué de nos crocs. Car nous sommes Hyena.

La folie s’empare des esprits, la rage des cœurs. L’homme est un loup pour l’homme, par nature, et cette nature, il l’alloue à la violence. Inéluctable, c’est la nature humaine, Inhuman Nature. La somme de qui nous sommes, en somme. Sombre mal qui s’expulse et s’exulte sur nos semblables. C’est plus simple.


 1. The Cure - The Head On The Door

Après être descendu dans les tréfonds les plus sombres de l’âme humaine avec Pornography en 1982, The Cure a frôlé l’implosion et n’a pas pu se remettre d’une telle expérience qu’en remettant un peu de soleil dans sa musique. Entre les singles teintés de disco ou de synthpop et les expériences psychédéliques de l’album The Top, la carrière du groupe semblait partir dans toutes les directions, même si la qualité était toujours au rendez-vous. L’absence du bassiste Simon Gallup, colonne vertébrale du son des premiers albums, se faisait par ailleurs ressentir, et son retour annoncé fin 1984 augurait le meilleur pour la suite. Sorti dans la foulée, l’album The Head On The Door est sans doute l’un des plus décisifs de toute la discographie de la bande à Smith, car il est parvenu à un point d’équilibre quasi parfait entre la froideur mélancolique de la trilogie de 80-82 et l’immédiateté pop expérimentée durant la période transitoire 83-84, avec en prime une touche de romantisme qui sera davantage développée sur les disques suivants : le The Cure moderne était né. Rapidement devenu un classique, le disque offre un récital incroyable de mélodies enchanteresses et de lignes vocales rêveuses, et fait partie de ces œuvres qui définissent une époque. Une première place bien méritée.

2. Dire Straits - Brothers In Arms

Un top, c’est toujours subjectif, et celui-là ne fait pas exception. Avec le recul, Brothers In Arms n’est certainement pas le meilleur album de Dire Straits, en particulier quand on le compare à son illustre prédécesseur Love Over Gold. Cependant, ce disque, c’est celui que ma mère écoutait pendant le décès de mon grand-père, un an avant ma naissance, et il est donc arrivé à mes oreilles très tôt dans ma vie, avec une aura tragique dont il ne s’est jamais défait. À la maison, c’était simple : on écoutait la face A, on se délectait du duo explosif avec Sting sur Money For Nothing, de la sensualité saxophonique de "Your Latest Trick" ou de l’entrain rockabilly irrésistible de "Walk Of Life", mais on ne s’aventurait jamais trop loin dans la face B, de peur d’entendre LE morceau, "Brothers In Arms". Car il suffisait de quelques notes pour réactiver la douleur, tous les souvenirs de « jeddi » (papy en algérien), ce grand-père au cœur d’or parti trop tôt pour que je le connaisse, et pourtant tellement présent à travers ma mère. Vous comprendrez qu’on ne peut pas juger objectivement un disque pareil, et s’il n’occupe pas la première place, c’est que The Head On The Door passait autant que lui à la maison.

3. Killing Joke - Night Time

Killing Joke a ceci de particulier qu’il peut s’écouter comme du U2 ou comme du Prong selon les albums. Avec Night Time, on est plutôt dans la première catégorie, une tendance déjà partiellement audible sur Fire Dances en 1983. Avec sa production plus léchée, ses claviers charmeurs et ses mélodies plus pop qu’à l’accoutumée, ce disque a naturellement séduit un public plus large, sans perdre le côté martial et industriel qui caractérise la musique du groupe depuis ses débuts. Si Night Time est surtout connu pour le classique ultime "Love Like Blood", il ne faudrait pas oublier les autres titres, tous très convaincants et mémorables, en particulier Eighties, qui donnera des idées à un certain trio de Seattle quelques années plus tard. Ce disque sera suivi de deux autres encore plus synthpop, qui ne récolteront pas le même succès malgré la grande qualité de leur contenu, avant un retour à des sonorités plus abrasives au tournant des années 90.

4. Amebix - Arise!

En parlant de Killing Joke, si je vous demandais d’imaginer à quoi ressemblerait le barycentre entre la bande à Coleman, Motörhead, Black Sabbath, Crass, Celtic Frost, Napalm Death, Sepultura, Neurosis et Darkthrone, vous penseriez à quoi ? Au cas où vous manqueriez d’inspiration, l’album Arise! d’Amebix vous serait sans doute d’un grand secours. C’est simple, tous les courants extrêmes, metal et punk confondus, un tant soit peu extrêmes sont passés directement ou indirectement par cette case, à se demander pourquoi le disque n’a pas un statut aussi culte que ceux des autres pionniers de la même époque. Comme tout groupe crust punk qui se respecte, Amebix se dissoudra très vite après ce coup de génie, non sans un ultime disque de qualité presque égale en 1987, dans un registre plus motörheadien.

5. Destruction - Infernal Overkill

À l’instar de pas mal de groupes de la scène allemande, Destruction a démarré sa carrière dans un registre plus pré-black metal que réellement thrash. Entre ses riffs glaciaux, son chant éraillé et son ambiance maléfique, Infernal Overkill met clairement un pied en Norvège, presque autant qu’un The Return ou un To Mega Therion, tout en gardant cet irrésistible entrain NWOBHM qui rend chaque composition redoutablement efficace. Contrairement à leurs contemporains Sodom et Kreator, qui pêchaient par amateurisme sur leurs premières sorties, Destruction affiche une maîtrise instrumentale remarquable sur cet album, qui le place clairement en avance sur la majorité de la scène. Par la suite, le groupe naviguera dans des eaux plus techniques, notamment sur le chef-d’œuvre absolu Release From Agony, mais ce premier album conserve une place à part dans sa discographie, un moment charnière qui a contribué à l’émergence du black metal comme genre à part du bloc extrême commun, en plus d’avoir offert quelques-uns des plus grands classiques du metal teuton.

6. Kate Bush - Hounds Of Love

« L’album où il y a "Running Up That Hill" » : même avant que la série Stranger Things offre une seconde jeunesse à ce tube intemporel, Hounds Of Love était déjà souvent résumé de cette façon, et pourtant, le reste du disque vaut clairement l’écoute ! Kate Bush conserve du très expérimental The Dreaming un goût marqué pour les mélodies déroutantes et les textures sonores riches, alternant brillamment entre ambiances celtiques et moments plus orientalisants, le tout gorgé d’orchestrations et d’arrangements de claviers d’une rare élégance. L’album se distingue toutefois de "The Dreaming" en renouant partiellement avec l’immédiateté pop légère des débuts de la chanteuse, ce qui ajoute une juste dose de sucre à des compositions particulièrement complexes et raffinées. Œuvre marquante aussi bien pour Kate Bush que pour la décennie, Hounds Of Love sera suivi par le tout aussi génial The Sensual World en 1989, achevant de faire de l’Anglaise une légende absolue de la musique.

7. The Smiths - Meat Is Murder

Dans une Angleterre dominée par la synthpop, les Smiths détonnaient dès leurs débuts par leur style mêlant jangle pop 60s et punk/rock alternatif de la fin des années 70 et du début des années 80. Après un premier album réussi, le groupe transforme l’essai avec un Meat Is Murder brillant en tout point, réutilisant globalement les mêmes ingrédients que l’éponyme sorti l’année précédente, mais avec une maturité musicale accrue. Entre le chant envoûtant de Morrissey et les airs de guitare à la fois intenses et soyeux de Johnny Marr, l’album frappe très fort et récolte un succès conséquent malgré un style totalement en marge des modes de l’époque. L’apogée arrivera dès l’année suivante avec le monument The Queen Is Dead, véritable point culminant d’une carrière qui aura été courte mais incroyablement prolifique.

8. Slayer - Hell Awaits

Si Show No Mercy restait encore fortement ancré dans la NWOBHM, Hell Awaits représente l’instant exact où Slayer a trouvé son identité. Bien qu’inclus dans la vague thrash, ce disque se rapproche bien plus des courants death et black à venir que de ce que faisaient Metallica ou Anthrax à la même époque, à l’instar des sorties « thrash » européennes ou brésiliennes de la même période. Entre riffs frénétiques, rythmiques effrénées et lignes vocales dévastatrices, Hell Awaits repousse les limites de la brutalité tout en montrant une maturité de composition très avancée, conséquence directe de l’impact de Mercyful Fate sur le groupe à cette époque. Si l’album suivant Reign In Blood, dopé par la production béton de Rick Rubin, récoltera un plus franc succès, il occulte parfois trop souvent son prédécesseur, qui lui est supérieur sur pas mal de points et mériterait donc davantage de reconnaissance.

9. John Mellencamp - Scarecrow

Il y a les carrières qui s’envolent dès le premier album, et celles qui patinent longtemps avant de décoller, et celle de John Mellencamp entre clairement dans la seconde catégorie. Entre 1976 et 1980, l’enfant de l’Indiana a été constamment tiraillé entre sa volonté de jouer du heartland rock à la Bruce Springsteen et la pression des maisons de disques lui sommant de sortir des tubes plus pop. Après s’être enfin trouvé sur American Fool en 1982, Mellencamp a enchaîné avec un Uh-Huh gorgé de classiques l’année suivante, avant de signer ce qui reste l’une de ses œuvres les plus abouties, Scarecrow. Souvent vu comme un petit frère de Born In The U.S.A., non sans une dose de mépris, ce disque n’a pourtant pas à rougir devant son illustre prédécesseur et a offert une belle flopée de classiques restés dans les mémoires. Si Mellencamp n’atteindra plus jamais un tel succès, il continuera de sortir des albums de qualité à intervalles réguliers, jusqu’à se constituer une belle discographie malgré les retards au démarrage.

10. Possessed - Seven Churches

Dans la catégorie des pionniers du metal extrême, impossible de passer à côté de Seven Churches, premier album de Possessed, qui est rapidement devenu un classique. Contrairement à ce que suggère le titre du dernier morceau, Death Metal, l’impact de Seven Churches ne se limite pas à ce genre, même s’il est évident que les Floridiens s’en sont énormément inspirés. S’ils rechignent parfois à l’avouer, les tauliers du black metal scandinave ont tous puisé des idées dans ce disque, qui n’est finalement pas si éloigné de ce que feront Sepultura ou Sarcófago immédiatement après sa sortie. Signalons enfin que cet album a joué un rôle décisif dans la métallisation d’une partie des scènes crust punk à partir de 1986-87, ce qui a abouti à la naissance du grindcore. Il suffit de comparer les versions 1985 (très punk) et 1986 (très grindcore) d’Instinct Of Survival de Napalm Death pour comprendre que l’impact de Seven Churches dépassait largement les frontières du death metal.

 

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