En prenant le train en
ce début d'après-midi du 31 mars, j'étais loin d'imaginer dans
quoi je m'embarquais en réalité. La chance voulut que mon train
vers Paris soit le seul conservé suite au mouvement de grève qui
secoua en cette date notre société. Le Destin. Mais n'oublions pas,
tout a un prix, prix que je paye actuellement en écrivant ces
lignes, bloqué depuis quelques heures en gare de Rennes.
Soyons clair. La soirée
fut digne du nom du groupe qui joua ce soir-là. Elle fut « Sex »,
« Gang », « Children ». « Sex »
d'abord. Pour tuer le temps avant le concert, votre serviteur traîna
ses guêtres dans Pigalle, pointant son nez dans quelques
établissements spécialisés, se payant au passage un bon fou rire
avec un drag queen. « Gang » ensuite. Votre serviteur
profita de son temps libre pour passer prendre nouvelles de la
Galerie Akiza dont il trouva les responsables en pleine préparation
d'exposition. N'hésitez pas à passer voir tout ça, c'est au 3 rue
Tholozé que ça se passe. « Children » pour finir. Votre
serviteur retrouva son âme d'enfant, s'émerveillant tout en
zigzaguant dans les petites rues de Montmartre, des étincelles dans
les yeux.
C'est avec un léger
retard tout relatif que nous entrâmes, moi et Thomas, au Bus
Palladium. Pas de file d'attente et peu de monde dans la salle. Mon
inquiétude fut grande. Celle de mon camarade également. Il imputa
cela au genre batcave si particulier du groupe. Mais à l'heure de la
performance, la salle s'est finalement vite remplie.
Cette performance nous
fut présentée par Chair de Poulpe, grimée pour l'occasion
en une sorte de créature hantée genre Anna Varney de Sopor
Aeternus. Ce démon de la nuit se mit à s'arracher les plumes
puis les griffes puis tout le reste, apparaissant comme un ange aux
attributs de genre féminins et masculins. Le public mit un temps à
réagir avant d'applaudir à tout rompre, ne comprenant pas vraiment
que la performance venait de se terminer. Au moins là, il y avait
quelque chose à voir. Un mélange foutraque de symbolismes, entre
imagerie biblique (chute de l'ange, rédemption, corruption du
sacrée), transgenre et beauté dans horreur. Elle est restée à
demi nue dans le public pendant tout le reste de la soirée sans que
cela n’entraîne le moindre problème, le moindre incident. C'est
aussi ça les soirées goth, un profond respect des libertés
d'expression des uns et des autres.
Les Sex Gang Children
firent les stars. Ils se firent attendre. Les musiciens se mirent
en place, accordèrent leurs instruments, se jetant quelques regards
en coin. Cela allait bientôt commencer. Quelques notes fusèrent et
Andy Sex Gang, jaillit comme un diable sur scène. Il bondit, à
droite. Il bondit à gauche. Le pauvre me fit l'effet d'un vieux
pervers en pardessus à la sortie d'une école, avec ses drôles de
mocassins et son imperméable. Nous fûmes la classe, il délivra la
bonne parole.
Sex Gang Children
c'est une vibration. Le groupe communique une certaine ambiance. Les
musiciens jouent avec vous. Malgré quelques problèmes de voix et de
batterie au début, c'est des paillettes plein les yeux, au sens
littéral du terme, que le vieux groupe batcave balança tout ce
qu'il a à offrir. Ce fut rocailleux et enveloppant, communicatif et
isolant, sombre et coloré. Toute la gamme des émotions possible, à
la sauce post-punk. Cela dénote d'un grand savoir-faire.
Et on ne s'y trompe pas,
le groupe fait depuis longtemps partie de la cour des plus grands. La
musique est une alternance entre des rythmes et des tempos différents
entre chaques chansons, mais également au sein même d'une
composition. On ne s'ennuie donc jamais, pas une seule seconde. Mon
regard se perdit de temps à autre sur la liste des titres prévus et
mon cœur s'angoissa alors de remarquer que le concert passait à une
vitesse hallucinante. J'ai d'ailleurs décidé à ce moment de ne
plus perdre mon regard sur cette maudite feuille. Grand bien m'en a
pris.
La première partie du
concert fut dans une ambiance très psychédélique, hypnotique, je
pousserais même jusqu'à dire transcendantale. Puis dans un second
temps cela s'est fait plus intense, plus animal, le rythme
augmentant, comme les battements d'un cœur en pleine prouesse. Ce
fut, à n'en point douter, sexuel, il n'y a pas d'autres mots. La
formation porte bien son nom. Puis on se détendit, le groupe délivra
quelques pépites plus calmes. Le réconfort après l'effort. Le
guitariste et la bassiste prirent
un grand plaisir à jouer, cela se vit sur leurs expressions
faciales. Je n'ai pas jeté de coup d’œil sur le public à ce
moment-là mais je suis prêt à parier que l'on pouvait retrouver
celle-ci sur l'ensemble des auditeurs. Je considère qu'un concert
est très réussi quand je ferme les yeux automatiquement, enveloppé
dans une sorte de transe incontrôlable, ce qui fut le cas. Sex
Gang Children nous délivra de cette passion communicative en un
final grandiose et hypnotique.
Le public était chaud,
très chaud même. Il en redemanda. Andy revint sur scène quelques
minutes plus tard, un masque de cochon sur le visage, se mettant à
hurler comme un animal que l'on égorge. J'étais à 20 cm de lui. Il
se pencha vers moi tout en continuant ses borborygmes étranges, je
jubilais intérieurement. Et le voilà se jetant de la scène,
voguant dans les vagues que formait cette masse enivrée qu'était
devenu un public conquis. Il interpréta « Sebastian »
au sein d'une foule délirante. Ce public en voulait toujours plus et
c'est au son du martèlement de la scène par les poings de ceux qui
eurent la chance d’êtres en première ligne, votre serviteur y
compris, que Sex Gang Children remit le couvert pour un
deuxième rappel endiablé ! On peut vraiment dire que cette
soirée fut exceptionnelle.
La nuit se poursuivit
avec l'habituelle soirée mix. Je dansai
comme un fou, l'énergie que Sex Gang Children avais mise en
moi devant être évacuée. Le set était vraiment terrible, une
bonne variation entre du bon post-punk/goth, de la synthpop
romantique et de bonnes grosses doses d'indus qui tache. Je ne fut
point déçu. Mais a 4h du matin et sans prévenir, les lumières
s'allumèrent en plein délire, nous brûlant les yeux malgré nos
paupières à demi closes. Tout le monde fut abasourdi, le DJ
également. On nous mit tous simplement dehors sans autre forme de
procès. Sympathique. Ce ne fut pas plus mal au final. Après un
rapide tour dans un bar karaoké, avec du Amy Winehouse dans
les oreilles, c'est une petite troupe d'une quinzaine de fous, tout
de noir vêtus, qui se retrouva pour boire un verre et discuter de
choses et d'autres. J'aime ce genre de fin.
Me voilà donc coincé
en gare de Rennes, à vous raconter tout ça. Une locomotive est en
panne pas loin, et je tue les heures en repensant, nostalgiquement
déjà, à cette soirée. Je suis persuadé qu'elle restera dans les
annales pour longtemps. Je vois des gens qui s'embrassent, je
remarque des gens en habits noirs, j'observe une classe qui traverse
la voiture et je me dis que finalement, à bien y réfléchir, le
monde tourne vraiment autour de cela : « Sex »,
« Gang », « Children ».
Bonjour, et merci beaucoup pour cette chronique!
RépondreSupprimerJe souhaitais juste vous signaler qu'il y a une faute à mon nom (Chair s'écrit sans E à la fin)... vous serait-il possible de la corriger?
Merci à vous! :)
Ça a été modifié =)
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