
02. Torn Apart – 04:40
03. Blasphemies of the Flesh – 03:46
04. Infestation of Evil – 04:57
05. Gentle Exhuming – 02:55
06. Deranged from Blood – 05:07
07. Malignant Epitaph – 03:18
08. Self Dissection – 03:30
09. Death Evocation – 04:35
10. Outro – 01:40
Si, parmi les albums cultes de la scène Death Metal suédoise, on cite volontiers les premiers disques de Entombed, Dismember ou Grave, il en est pourtant un qui fait figure de grand oublié : Dark Recollections de Carnage, sorti fin 1990.
C’est à Stockholm, en 1988, à un moment où la scène Death Metal locale est en pleine effervescence, que Carnage est fondé. Le groupe se construit autour d’un noyau de musiciens comprenant le guitariste Michael Amott (Arch Enemy, Carcass), le bassiste-chanteur Johan Liiva Axelson (Arch Enemy) et le guitariste Johnny Dordevic (Entombed), la batterie revenant à un jeune local dont le talent suffisant lui permet d’obtenir le poste. À cette époque, Carnage joue une musique tenant plus du Grindcore façon Carcass que du Death Metal qui infusera rapidement la musique du groupe.
Deux démos naissent ainsi rapidement en 1989 : The Day Man Lost, balançant un Death/Grind carcassien, crade et direct, puis Infestation of Evil, plus personnelle et marquant l’arrivée de membres du jeune groupe fraîchement splitté Dismember, avec notamment Fred Estby derrière les fûts (producteur et ingénieur de nombreux albums), Matti Kärki au micro et David Blomqvist à la guitare. Leur arrivée donne au groupe un véritable bagage, en particulier grâce à Fred Estby : les compositions deviennent alors plus longues, ambitieuses et surtout plus Death Metal.
Michael Amott, ayant un père anglais, passe souvent ses vacances en Angleterre et côtoie Bill Steer et Jeff Walker de Carcass, ainsi que des membres de Napalm Death lors de ses séjours sur l’île britannique (rien que ça !). Dans le même temps, ces derniers fondent le label Necrosis Records, sous-label de Earache Records, qui produisit entre autres Repulsion et Cadaver, et proposent à Carnage d’enregistrer un album.
C’est ainsi qu’en février 1990, le groupe entre aux Sunlight Studio et rejoint l’ingénieur du son Tomas Skogsberg, succédant à Entombed, qui venait tout juste d’enregistrer son premier album Left Hand Path, monument culte du genre lui aussi.
Dark Recollections, du haut de ses 38 minutes, est enregistré en l’espace de cinq jours, un rythme stressant et épuisant pour de si jeunes musiciens. Faute de préparation – l’album n’étant pas prévu avant la proposition du label – le groupe assemble rapidement neuf morceaux issus des démos de Carnage et de Dismember.
De la démo Infestation of Evil de Carnage sont récupérés les morceaux "Infestation of Evil" et "Torn Apart". Des deux démos de Dismember proviennent : "Death Evocation" issu de Dismembered (1988), ainsi que "Blasphemies of the Flesh", "Deranged from Blood" et "Self Dissection", tirés de la démo Last Blasphemies (1989). Les quatre titres restants sont composés rapidement sur le tas par le groupe.
Malgré le jeune âge des musiciens, Dark Recollections est un album d’excellente facture, bluffant par sa puissance, sa lourdeur et son atmosphère froide et sombre, à l’image du titre éponyme "Dark Recollections" et de l’excellent "Blasphemies of the Flesh". Cette ambiance est renforcée par le guttural gras comme une coulée de goudron de Matti Kärki et par le grain particulièrement rugueux des guitares. La production figure d’ailleurs parmi les meilleures prises de son de Tomas Skogsberg en matière de HM-2 et de Death suédois… si ce n’est la meilleure, à mon humble avis.
Qui plus est, le riffing y est dévastateur, comme sur l’écrasant "Gentle Exhuming" ou le poignant "Deranged from Blood". Et si l’essence même de cet album est profondément Death Metal, il reste çà et là quelques vestiges des débuts du groupe, avec des touches Grindcore disséminées au fil des riffs, ainsi que ce côté tapageur typique de la scène suédoise de cette époque.
Fort d’un riffing aussi tranchant que direct (écoutez "Malignant Epitaph" et "Death Evocation" !) et d’une production remarquable au vu des conditions d’enregistrement, Dark Recollections débarque dans les bacs fin 1990, mais part avec un handicap certain : il souffre de la comparaison malheureuse avec Left Hand Path de Entombed, partageant notamment le même ingénieur du son (et une illustration signée du talentueux Dan Seagrave), alors que ce dernier a déjà frappé de plein fouet la jeune communauté Death Metal.
De plus, sa parution sur Necrosis Records, qui ne dispose pas des capacités de promotion de son parent Earache Records, et sa sortie en split CD aux côtés du médiocre Hallucinating Anxiety des Norvégiens de Cadaver, ne jouent pas en sa faveur… alors qu’il n’a pourtant rien à envier à son prestigieux concurrent.
Malheureusement, l’histoire du groupe prend fin dans la foulée lorsque Jeff Walker, en vacances à Stockholm, propose à Michael Amott de rejoindre Carcass au poste de guitariste. Carcass est alors en pleine transition, passant de petit groupe de Grindcore à formation de Death Metal en pleine professionnalisation, reconnue au Royaume-Uni et prête à conquérir les États-Unis lors de la tournée à venir. Amott ne peut décemment pas laisser passer une telle opportunité et s’envole pour l’Angleterre.
Les membres restants de Carnage retournent alors au sein de Dismember, qui sort peu de temps après, en 1991, un autre monument de la scène Death Metal suédoise : Like an Ever Flowing Stream, dans la continuité directe de Carnage, tant du point de vue musical que du line-up. Preuve que quelque chose de grand était bel et bien né des cendres de l’éphémère mais excellent projet Carnage !

Commentaires
Enregistrer un commentaire