Chronique | Mater Tenebrarum - "In Remembrance Of The Dark Legacy From The Scarlet Appearance"


Mater Tenebrarum - "In Remembrance Of The Dark Legacy From The Scarlet Appearance", 2002

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  Il y a de cela une semaine, nous avons publié sur notre chaîne youtube l'intégralité d'un album dont la plupart d'entre vous n'a sûrement jamais entendu parler. Si pour des raisons logistiques nous n'avons pas eu l'occasion de vous en dire plus sur cette mystérieuse production, il est temps de vous éclairer à son sujet. "In Remembrance Of The Dark Legacy From The Scarlet Appearance" est le premier album de Mater Tenebrarum, side project de Daevhorn (Ave Tenebrae, Maleficentia). C’est une œuvre qui a aujourd’hui plus de dix ans, et dont le contexte mérite d’être évoqué. Parlons donc du parcours de son créateur, avec qui nous nous étions déjà entretenus en novembre dernier au sujet de "Finis Gloriae Mundi", quatrième effort de Maleficentia (Black Metal Symphonique, FRA).


  Nous sommes en octobre 1998. Julien Hovelaque (a.k.a Daevhorn) fonde aux côtés de Sylvain Mallet une formation dont nous vous avons souvent parlé : Ave Tenebrae. Le fruit de leur efforts se met bien vite à mûrir et le quatuor enregistre dès février 1999 une première démo intitulée "Lord of Banshees". Influencés par des formations telles que Death, Emperor, Immortal, Bathory, ou encore Lord Belial, les membres d'Ave Tenebrae commencent donc à forger un style qui leur est propre, marqué par un amour des structures complexes et des textures polyphoniques riches. "A l'Aube du Sacrifice", seconde démo de la formation, voit le jour en septembre 2000. C'est après quelques concerts qu'un passage à vide va apparaître, a cause de problèmes de line-up et de disponibilités. S'il faudra attendre huit longues années pour voir Ave Tenebrae renaître de ses cendres, Daevhorn est loin de se retirer de la scène Black Metal. Nous pourrions même aller jusqu'à dire que ce fut la période la plus productive de sa "carrière". En effet, en mai 2001, il vient succéder Balrog au sein de la formation de Black Metal Symphonique Maleficentia. Et alors que "Under The Banner Of Suffering" s'apprête à sortir en mai 2003 chez Melancholia Records, Daevhorn sort dans l'ombre la première œuvre de son second enfant : "In Remembrance Of The Dark Legacy From The Scarlet Appearance". 


 
 

  La présence d'instruments tels que le hautbois et le clavecin pourrait nous amener à penser que Mater Tenebrarum n'est que le mélange - certes astucieux - de l'univers des deux formations susmentionnées. Bien évidemment, s'il se peut que sa présence au sein de Maleficentia l'ai influencé dans la composition de cet album, on n'y retrouve pas la patte d'Aragoth (fondateur de Maleficentia). Comme nous pouvons le constater sur l'introduction de "Elegn of the Obsidian Sorceress", les motifs dramatiques du clavecin traduisent un amour pour la musique baroque. L'arrivée du Hautbois et du Basson viennent confirmer cette idée et amorcent le début d'un voyage émouvant teinté d'une affliction certaine. Et c'est là une des principales qualités de cet effort : si le ton est grave, les compositions ne tombent jamais dans un pathos excessif et injustifié. 
 Parce qu'elles ne se réduisent pas au simple support rythmique, il serait dommage de négliger l'apport musical des parties de guitares. En effet, ces dernières réussissent à se passer du clavecin et des instruments à vent pour nous proposer des ostinatos venant justifier un style à mi chemin entre le Black Symphonique et le Black Mélodique. C'est d'ailleurs le cas dans "Dark Revelation and Clash with the Blind Prophet", où les trois corps d'instruments ne se mêlent que lorsque le morceau touche à sa fin, laissant à la guitare le temps de s'exprimer par elle même. Si nous pouvons leur reprocher d'avoir un son trop "léger", cela ne nuit nullement à l'écoute de l'opus. De plus, il ne faut pas oublier que "In Remembrance Of The Dark Legacy From The Scarlett Appearance" fête déjà ses 12 ans ! Comment ne pas lui pardonner quelques légère fautes de production ?

  Enfanté dans l'ombre et oublié des plus fins connaisseurs de la scène Black Metal française, ce Mater Tenebrarum a su vieillir comme un bon vin. Bien sûr, certains reprocheront cette bouteille d'avoir un chant trop monotone ; et s'il est vrai que le phrasé de Daevhorn ne surprend pas, ce dernier reste efficace et plaisant. Nous vous conseillons donc d'ouvrir ce magnifique Mater Tenebrarum de 2002, et de vous laisser porter par son arôme. Quittons nous donc sur ces sages paroles extraites de l'Opéra Hamlet :

Ô liqueur enchanteresse,
Verse l'ivresse
Et l'oubli dans mon cœur !

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