Interview de Daevhorn, chanteur, guitariste, et parolier de Maleficentia


Biographie :

Cette beauté, sombre comme le fer,

Est de celles que forge et polit l’Enfer.


Telles étaient les paroles de Charles Baudelaire, en 1857, dans ‘Les Fleurs du Mal’. Et il n’est pas de meilleure citation pour introduire Maleficentia. Née de l’acier et des flammes à l’aube du deuxième millénaire de notre ère, la formation francilienne a su forger en une même lame, un alliage incisif qui a fait ses preuves lors de nombreuses batailles. Alors que la bête a déjà enfanté trois incubes, il sommeille en ses entrailles un quatrième méfait.

Entretenons-nous donc avec Daevhorn, chanteur, guitariste, et parolier de Maleficentia.



Questions :

Waldo.L : Cinq années s’étaient déjà écoulées entre la sortie de « Under the Banner of the Suffering » et celle de « Revelations from the Ancestral Whisper ». Cette même attente s’est manifestement renouvelée avant que l’on puisse entendre dire que vous vous prépariez à entrer en studio. Que s’est-il passé durant ces 5 années pour Maleficentia ?

Bah… On est lent, en fait. On y va vraiment tranquille, quoi. Hormis les problèmes de line up on est toujours à la recherche de quelqu’un, il y a toujours quelqu’un qui manque. C’est un casse-tête, et encore, on a déjà un batteur, ça c’est cool. Ce n’est pas le cas de tous les groupes. On compose lentement. Maleficentia est une sorte de démocratie, on attend que ça plaise à tous les membres, et c’est très long. On n’est vraiment pas rapide, j’ai envie de te dire (rires). A l’époque je disais ‘On mettra pas 5 ans pour sortir un album’… et au final, si. Comme quoi.


N’est-ce pas difficile de garder un public actif avec un tel espacement entre les albums ?

Si. Il y a un petit noyau dur de gens qui se souviennent de nous. C’est cool d’ailleurs. Mais je crois qu’on ne fait pas assez parler de nous. A chaque fois ça fait une grosse pause. Certains chroniqueurs croient même qu’on a splité avant de découvrir qu’on sort un album. Ça nous porte préjudice, oui.


Contrairement aux premiers opus, sortis chez Melancholia Records, ‘Revelations from the ancestral Whisper’ a été entièrement autoproduit. Est-ce que vous avez trouvé un label ? Êtes vous en contact avec une structure qui vous aide à regagner ce public que vous perdez ?

On a rien du tout. On sait que les labels ne nous aideront pas à produire l’album, de toutes façons. On veut démarcher avec l’album enregistré avant de sortir en autoprod’, dans l’espoir de trouver un deal. Surtout pour la distribution et la promotion. On est pas très actifs de ce côté là, et ça coûte super cher. Donc on aimerait bien trouver un label pour cet aspect là et démarcher avec l’album déjà prêt pour les encourager un peu et leur dire ‘il est prêt, reste plus qu’à le sortir’.




En tant que parolier tu sembles présenter un intérêt certain pour l’Histoire. Cette inspiration se réduit-elle à l’écriture des paroles, ou est-elle également moteur de création musicale ?

Alors, sur le prochain album de Maleficentia justement, il n’y a plus aucune référence historique. Ça c’est fait comme ça. Sur ‘Revelations…’ il y en avait presque sur tous les titres. C’était du roman historique. Je partais d’une idée et je brodais autour. Ça n’avait plus rien à voir avec la réalité, mais ça m’amusait beaucoup. Pondre quelque chose d’assez sombre sur un fait historique. Mais oui, il n’y en aura pas dans le prochain album.


Maleficentia est né du désir d’Aragoth (guitariste et compositeur) de se tourner vers un style plus symphonique. Si le départ d’Arpad (claviers) ne vous a pas empêché de continuer à vous produire sur scène à l’aide de samples, a-t-il eu des conséquences sur la composition de ce quatrième opus ?

Le départ d’Arpad nous a ouvert d’autres horizons. On utilise des samples, et du coup on a plus de synthé fixe. Là il y aura plus de sons différents. Ce ne sera pas non plus du Bal-Sagoth, hein (rires). De toutes façons ce n’était pas Arpad qui écrivait les claviers, mais Aragoth. Il n’y aura pas de différence au niveau des nappes. On ne va pas perdre le côté symphonique de Maleficentia. Ça ne venait pas du claviériste de toutes façons, il était juste là pour la scène.

Que peux-tu nous dévoiler de plus sur cet album ? Quel titre lui avez-vous donné ?

Oui on a un titre : ‘Finis Gloriae Mundi’. L’album va traiter de mort, de désespoir, d’angoisse… de la platitude de tout. Le plat absolu.

Même s’il n’y aura plus de faits historique, il avait sur Revelations ce besoin d’illustrer un personnage. Si vous vous éloignez de toute marque historique, allez-vous tout de même mettre en scène des personnages fictifs, ou bien démarcher de manière purement poétique ?

Les titres sont généralement traités à la première personne. A part sur un morceau. J’ai lu les chants de Maldoror, et ça m’a vachement bouleversé. Je fais donc un clin d’œil à cette œuvre. C’est vrai qu’il y a une alternance entre personnage acteur et spectateur, mais jamais au sein d’un même titre. Pas de personnages inventés non plus. C’est vrai qu’hormis les références historiques j’avais inventé pas mal d’histoires. Ça reviendra peut-être.

Vous avez su vous illustrer à chaque nouvelle sortie avec des artworks très travaillés, et qui ne manquent pas d’attirer l’attention. Avez-vous déjà réalisé la pochette du quatrième opus ? Quels motifs vont venir orner cette dernière ?

On n’a aucune idée. On n’en a pas vraiment parlé. Les thèmes des paroles sont assez abstraits et ça va être vachement dur à illustrer. On ne veut pas forcément s’impliquer là dedans. Comme je te l’ai dit on veut démarcher avec l’album enregistré, et les maisons de disques aiment bien avoir leur mot à dire sur l’artwork. On ne veut pas dépenser notre énergie et notre argent avant d’avoir trouvé un label. On va attendre les retours des labels avant d’y réfléchir. Et a priori on ne bossera pas avec le même infographiste que sur les derniers albums.

Je me demandais, pourquoi ‘Maleficentia’ ? Si le terme signifie ‘Malfaisance’ en latin, est-ce là la seule raison qui vous a poussé à choisir ce nom ? Que représente ‘Maleficentia’ sur le plan conceptuel ? Si je ne me trompe pas, vous y avez consacré une chanson dans ‘Under The Banner of The Suffering’ …

Alors déjà, quand je suis arrivé la formation portait déjà ce nom. Je suis un peu mal placé pour en parler. Avant ils avaient appelés ça ‘Magnificentia’, la grandeur. Ils on voulut faire quelque chose de plus ‘dark’. Ça c’est transformé comme ça. En ce qui concerne le morceau, les paroles ont été écrites par Balrog. Il avait inventé une espèce de succube mort-vivante. Quelque chose de complètement fou. Mère de l’antéchrist en plus (rires). Une histoire comme j’ai pu en écrire après sur ‘Revelations...’, inventée de toute pièce.





Il y avait donc une certaine volonté de créer une mythologie propre à Maleficentia ?

Oui, je pense que c’est ce que voulait faire Balrog.

Est-ce que cette idée se retrouvera dans le prochain opus ?

Non, non. Je n’en ai pas envie. Ça ne m’inspire pas du tout.

Lors de vos dernières prestations, vous avez joué deux morceaux en exclusivité, qui seront sur le nouvel album : ‘Let the Vultures sings my Empire’ et ‘Toward the Crimson Ruins’. Quelles thématiques abordent ces deux chansons ?

Alors, c’est très abstrait encore une fois. Sur ‘Vultures’, on part d’un personnage spectateur. Il dicte au monde la façon dont il doit tourner. C’est une liste de dictats en fait. ‘Towards the Crimson ruins’ a changé de titre depuis. Elle s’appelle ‘Finis Gloriae Mundi’, qui est une œuvre d’alchimie de Fulcanelli. Mais ça n’a pas de rapport. C’était juste le titre que je trouvais cool (rires). Ici, c’est ce dont je te parlais tout à l’heure, la marche inexorable vers le néant, la fin de tout.


En parlant de concerts, avez-vous déjà prévu des dates pour défendre votre quatrième effort ?

Non. Là on se concentre à fond sur l’album. On rentre en studio dans 3 semaines, maintenant. On n’a pas le temps de répéter pour un concert. On bosse que les morceaux de l’album. On les re-règle, on ajuste les voix. Je bosse encore mes placements. Il y a encore des ombres de doutes. Les transitions entre les morceaux aussi, c’est en cours de réglage. On y pensera quand on sortira de studio, début janvier.


Comme dans la plupart des groupes de Black Metal, les musiciens qui forment Maleficientia ont officié (ou officient toujours) dans d’autres projets. Dans ton cas, on peut citer ‘Ave Tenebrae’, où tu as le même poste que dans Maleficentia. Penchons nous donc un instant sur ton expérience personnelle.

Je n’ai pu m’empêcher de constater que le nom de Constantin figure à la fois dans le dernier Maleficentia en date, tout comme dans ‘Les chants de Mnemosyne’ d’Ave Tenebrae, sorti cette même année. Bien que tu aies choisi le français pour t’exprimer dans ton projet personnel, peut-on avancer qu’il y a un lien thématique fort entre les deux formations ?
Ah ! Mince ! (rires)
En fait, pour moi, Constantin c’est tout ce que j’abhorre. Le christianisme est parti de lui. Il ne l’a pas inventé, mais c’est à cause de lui qu’on est chrétiens maintenant. C’est lui qui a répandu la maladie devant tout le monde. C’est vraiment l’être abhorré pour moi. Un symbole.
Niveau thématique, je suis toujours influencé par ce que je lis et ce que je pense, donc on peut retrouver des choses, oui. Le morceau de Maleficentia sur Constantin parle de sa dernière victoire (cf. In the Shadow of the Labarum). Il est donc personnage central. Dans le cas d’Ave Tenebrae (cf. Les chants de Mnemosyne) c’est juste un clin d’œil. ‘La Catin de Constantin’, une image pour désigner l’Eglise.


Etant donné que les deux formations partagent le même parolier, et que chacune d’entre elle à une identité propre, as-tu déjà envisagé de faire un split ?

Non, jamais. Je n’ai jamais pensé à faire un split.


Lors de mes recherches, j’ai aussi entendu parler d’un autre de tes projets dans une interview datant de 2004 : ‘Mater Tenebrarum’. Je n’en ai trouvé aucune trace si ce n’est le nom. Où en est ce dernier ? Est-ce un projet avorté ? Quelle en était (ou en est) la principale ligne directrice ?

C’est un projet qui est en long sommeil. En léthargie même. J’avais sorti une démo-album que Melancholia Records voulait sortir, mais finalement non. Ils voulaient que je refasse les grattes et je n’étais pas d’accord. J’en suis encore fier. C’était une espèce de Black Metal mid-tempo avec une section baroque, j’avais chopé du basson, du haut bois, des trucs comme ça. J’ai un album prêt à enregistrer depuis une dizaine d’années et qui est à l’état de maquette depuis 10 ans. Mais faudrait que je le sorte, ouais. Ça me tient à cœur. 


Intervieweur : Waldo.L




Contact presse : managemaleficentia@facebook.com

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