3 mai 2016

Live Report | Sex Gang Children @ Bus Palladium, 31 mars 2016



En prenant le train en ce début d'après-midi du 31 mars, j'étais loin d'imaginer dans quoi je m'embarquais en réalité. La chance voulut que mon train vers Paris soit le seul conservé suite au mouvement de grève qui secoua en cette date notre société. Le Destin. Mais n'oublions pas, tout a un prix, prix que je paye actuellement en écrivant ces lignes, bloqué depuis quelques heures en gare de Rennes.


Soyons clair. La soirée fut digne du nom du groupe qui joua ce soir-là. Elle fut « Sex », « Gang », « Children ». « Sex » d'abord. Pour tuer le temps avant le concert, votre serviteur traîna ses guêtres dans Pigalle, pointant son nez dans quelques établissements spécialisés, se payant au passage un bon fou rire avec un drag queen. « Gang » ensuite. Votre serviteur profita de son temps libre pour passer prendre nouvelles de la Galerie Akiza dont il trouva les responsables en pleine préparation d'exposition. N'hésitez pas à passer voir tout ça, c'est au 3 rue Tholozé que ça se passe. « Children » pour finir. Votre serviteur retrouva son âme d'enfant, s'émerveillant tout en zigzaguant dans les petites rues de Montmartre, des étincelles dans les yeux.

C'est avec un léger retard tout relatif que nous entrâmes, moi et Thomas, au Bus Palladium. Pas de file d'attente et peu de monde dans la salle. Mon inquiétude fut grande. Celle de mon camarade également. Il imputa cela au genre batcave si particulier du groupe. Mais à l'heure de la performance, la salle s'est finalement vite remplie.




Cette performance nous fut présentée par Chair de Poulpe, grimée pour l'occasion en une sorte de créature hantée genre Anna Varney de Sopor Aeternus. Ce démon de la nuit se mit à s'arracher les plumes puis les griffes puis tout le reste, apparaissant comme un ange aux attributs de genre féminins et masculins. Le public mit un temps à réagir avant d'applaudir à tout rompre, ne comprenant pas vraiment que la performance venait de se terminer. Au moins là, il y avait quelque chose à voir. Un mélange foutraque de symbolismes, entre imagerie biblique (chute de l'ange, rédemption, corruption du sacrée), transgenre et beauté dans horreur. Elle est restée à demi nue dans le public pendant tout le reste de la soirée sans que cela n’entraîne le moindre problème, le moindre incident. C'est aussi ça les soirées goth, un profond respect des libertés d'expression des uns et des autres.




Les Sex Gang Children firent les stars. Ils se firent attendre. Les musiciens se mirent en place, accordèrent leurs instruments, se jetant quelques regards en coin. Cela allait bientôt commencer. Quelques notes fusèrent et Andy Sex Gang, jaillit comme un diable sur scène. Il bondit, à droite. Il bondit à gauche. Le pauvre me fit l'effet d'un vieux pervers en pardessus à la sortie d'une école, avec ses drôles de mocassins et son imperméable. Nous fûmes la classe, il délivra la bonne parole.




Sex Gang Children c'est une vibration. Le groupe communique une certaine ambiance. Les musiciens jouent avec vous. Malgré quelques problèmes de voix et de batterie au début, c'est des paillettes plein les yeux, au sens littéral du terme, que le vieux groupe batcave balança tout ce qu'il a à offrir. Ce fut rocailleux et enveloppant, communicatif et isolant, sombre et coloré. Toute la gamme des émotions possible, à la sauce post-punk. Cela dénote d'un grand savoir-faire.



Et on ne s'y trompe pas, le groupe fait depuis longtemps partie de la cour des plus grands. La musique est une alternance entre des rythmes et des tempos différents entre chaques chansons, mais également au sein même d'une composition. On ne s'ennuie donc jamais, pas une seule seconde. Mon regard se perdit de temps à autre sur la liste des titres prévus et mon cœur s'angoissa alors de remarquer que le concert passait à une vitesse hallucinante. J'ai d'ailleurs décidé à ce moment de ne plus perdre mon regard sur cette maudite feuille. Grand bien m'en a pris.



La première partie du concert fut dans une ambiance très psychédélique, hypnotique, je pousserais même jusqu'à dire transcendantale. Puis dans un second temps cela s'est fait plus intense, plus animal, le rythme augmentant, comme les battements d'un cœur en pleine prouesse. Ce fut, à n'en point douter, sexuel, il n'y a pas d'autres mots. La formation porte bien son nom. Puis on se détendit, le groupe délivra quelques pépites plus calmes. Le réconfort après l'effort. Le guitariste et la bassiste prirent un grand plaisir à jouer, cela se vit sur leurs expressions faciales. Je n'ai pas jeté de coup d’œil sur le public à ce moment-là mais je suis prêt à parier que l'on pouvait retrouver celle-ci sur l'ensemble des auditeurs. Je considère qu'un concert est très réussi quand je ferme les yeux automatiquement, enveloppé dans une sorte de transe incontrôlable, ce qui fut le cas. Sex Gang Children nous délivra de cette passion communicative en un final grandiose et hypnotique.




Le public était chaud, très chaud même. Il en redemanda. Andy revint sur scène quelques minutes plus tard, un masque de cochon sur le visage, se mettant à hurler comme un animal que l'on égorge. J'étais à 20 cm de lui. Il se pencha vers moi tout en continuant ses borborygmes étranges, je jubilais intérieurement. Et le voilà se jetant de la scène, voguant dans les vagues que formait cette masse enivrée qu'était devenu un public conquis. Il interpréta « Sebastian » au sein d'une foule délirante. Ce public en voulait toujours plus et c'est au son du martèlement de la scène par les poings de ceux qui eurent la chance d’êtres en première ligne, votre serviteur y compris, que Sex Gang Children remit le couvert pour un deuxième rappel endiablé ! On peut vraiment dire que cette soirée fut exceptionnelle.



La nuit se poursuivit avec l'habituelle soirée mix. Je dansai comme un fou, l'énergie que Sex Gang Children avais mise en moi devant être évacuée. Le set était vraiment terrible, une bonne variation entre du bon post-punk/goth, de la synthpop romantique et de bonnes grosses doses d'indus qui tache. Je ne fut point déçu. Mais a 4h du matin et sans prévenir, les lumières s'allumèrent en plein délire, nous brûlant les yeux malgré nos paupières à demi closes. Tout le monde fut abasourdi, le DJ également. On nous mit tous simplement dehors sans autre forme de procès. Sympathique. Ce ne fut pas plus mal au final. Après un rapide tour dans un bar karaoké, avec du Amy Winehouse dans les oreilles, c'est une petite troupe d'une quinzaine de fous, tout de noir vêtus, qui se retrouva pour boire un verre et discuter de choses et d'autres. J'aime ce genre de fin.

Me voilà donc coincé en gare de Rennes, à vous raconter tout ça. Une locomotive est en panne pas loin, et je tue les heures en repensant, nostalgiquement déjà, à cette soirée. Je suis persuadé qu'elle restera dans les annales pour longtemps. Je vois des gens qui s'embrassent, je remarque des gens en habits noirs, j'observe une classe qui traverse la voiture et je me dis que finalement, à bien y réfléchir, le monde tourne vraiment autour de cela : « Sex », « Gang », « Children ».





Report : Aladiah
Photos : Unkle Z. Photography


2 commentaires:

  1. Bonjour, et merci beaucoup pour cette chronique!
    Je souhaitais juste vous signaler qu'il y a une faute à mon nom (Chair s'écrit sans E à la fin)... vous serait-il possible de la corriger?
    Merci à vous! :)

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