Chronique | A FOREST OF STARS - Stack Overflow in Corpse Pile Interface (Album, 2026)

 
A Forest of Stars - Stack Overflow in Corpse Pile Interface (Album, 2026)

Tracklist :

01. Ascension of the Clowns - 09:05
02. Street Level Vertigo - 11:43
03. Mechanically Separated Logic - 10:13
04. Roots Circle Usurpers - 10:03
05. Sway, Draped in Vague - 17:01
06. Not Drinking Water - 15:25

Streaming intégral :

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En faisant dialoguer les codes du black metal avec le rock progressif, le folk britannique, la musique de chambre et une théâtralité héritée autant du romantisme victorien que de la littérature gothique, A Forest of Stars s’est forgé une identité sans équivalent dans le paysage du metal extrême. Album après album, le collectif de Leeds n’a cessé d’enrichir son langage musical où se mêlent fureur black metal, instrumentation acoustique, récits hallucinés et compositions labyrinthiques, explorant les affres de l’esprit humain à travers un imaginaire décadent profondément ancré dans le XIXème siècle.

Pourtant, après Grave Mounds and Grave Mistakes (2018), le groupe a disparu pendant près de huit ans. Dans plusieurs entretiens récents, les musiciens ont révélé avoir entièrement composé un successeur avant de l’abandonner, estimant qu’il ne correspondait plus à leur vision. Ce n’est qu’en repartant entièrement de zéro qu’a émergé Stack Overflow in Corpse Pile Interface, sixième album qui constitue moins une évolution qu’une réinvention.

Car ce nouveau départ s’accompagne d’un déplacement radical de l’imaginaire du groupe. Les spectres du romantisme victorien cèdent la place aux hantises contemporaines : saturation informationnelle, dépendance aux technologies numériques, épuisement psychique et désastre écologique. Le titre de l’album lui-même résume cette idée : en détournant le terme informatique « Stack overflow », le groupe évoque un esprit arrivé à saturation. Les systèmes informatiques reposent désormais sur une pile de cadavres : ceux des existences broyées par les logiques industrielles, technologiques et économiques qui structurent notre monde.

L’ouverture, « Ascension of the Clowns », expose d’emblée cette nouvelle orientation. Les clowns, ce sont les nouveaux maîtres du spectacle politique et médiatique, qui « danse[nt] le jitterbug pendant que les bombes tombent ». Des dirigeants aussi sinistres que ridicules, dont l’incompétence n’a d’égale que l’influence et dont le vacarme médiatique l’emporte sur toute forme de pensée critique. Dans un flux ininterrompu d’informations et de sollicitations, le grotesque gouverne désormais le tragique d’individus qui ne parviennent plus à distinguer le réel du spectacle.

« Mechanically Separated Logic » accumule quant à lui des images de déchets, de tuyauteries obstruées, de mécanismes grippés. Cette imagerie scatologique suggère une civilisation condamnée à vivre au milieu des déchets qu’elle produit, déchets matériels autant qu’idéologiques, vecteurs de notre aliénation mentale. La matière sonore visqueuse des guitares se superpose à la mélancolie du violon de Katheryne, des lignes mélodiques d’une beauté fragile, comme les derniers vestiges d’une humanité dont les corps comme les idées finissent réduits à des résidus.

Car la musicalité instrumentale épouse parfaitement celle des mots. Les changements constants de rythme empêchent toute stabilité, car notre conscience est constamment submergée par des flux contradictoires. Les longues compositions ne suivent jamais une structure conventionnelle, passant d’explosions black metal à des respirations presque pastorales où les instruments acoustiques suspendent momentanément le chaos, comme dans la merveilleuse introduction contemplative de « Roots Circle Usurpers ».

Ces accalmies ne procurent jamais de réconfort, mais nous enlisent dans un silence inquiétant qui précède une nouvelle catastrophe. La voix de Mister Curse passe de la déclamation quasi shakespearienne au spoken word halluciné, avant d’exploser en hurlements black metal écorchés. Katheryne répond par une voix claire, laquelle vient renforcer la mélancolie qui émane des compositions, accentuant le sentiment de perte qui traverse l’ensemble de l’album.

Avec ce nouvel opus, A Forest of Stars confirme son statut d’anomalie précieuse dans le paysage du metal extrême. Véritable élégie inspirée de notre univers numérique, Stack Overflow in Corpse Pile Interface est une œuvre exigeante et foisonnante qui dresse le portrait surréaliste de nos esprits malades. La folie romantique des débuts s’est transformée en chronique lucide de notre horreur contemporaine. 
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Tom

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