Evol - Dreamquest (Album, 1996)
Tracklist :
01. Dreamquest - 02:44
02. Sad Doom of a Dark Soul - 02:40
03. Sona-Nyl - 03:26
04. Flying with the Night-Gaunts - 03:30
05. Celephaïs - 04:22
06. The Ancient King of Ice - 05:05
07. Sarkomand - 02:38
08. Darkmere - 02:37
09. Ulthar - 02:53
10. Dark Stairs of R'lyeh - 07:12
11. Cathuria - 03:27
12. The Black Crystal of Astar - 10:25
13. ...verso la città del tramonto - 07:42
02. Sad Doom of a Dark Soul - 02:40
03. Sona-Nyl - 03:26
04. Flying with the Night-Gaunts - 03:30
05. Celephaïs - 04:22
06. The Ancient King of Ice - 05:05
07. Sarkomand - 02:38
08. Darkmere - 02:37
09. Ulthar - 02:53
10. Dark Stairs of R'lyeh - 07:12
11. Cathuria - 03:27
12. The Black Crystal of Astar - 10:25
13. ...verso la città del tramonto - 07:42
Streaming intégral :
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Parfois, nous découvrons l’histoire d’un groupe bien après la découverte même dudit groupe, son histoire, mais aussi sa réception par le public, surtout si ce dernier s’est séparé bien des années avant notre découverte de celui-ci ou même du style dans lequel il s’inscrit. C’est mon cas avec Evol, qui s’est séparé en 2000, et leur fameux — oui, on dit les termes ici — Dreamquest, sorti en 1996. J’avais donc cinq ans et étais bien loin de m’intéresser au Black Metal, ou même au Metal. Il faudra attendre les années 2010 pour que l’album atterrisse entre mes mains, lors de mes pérégrinations dans les obscurités du Black Metal médiéval, qui m’auront notamment fait découvrir le premier Darkenhöld, A Passage to the Towers…, aux côtés de Godkiller, Summoning, Pazuzu, Mortemia, mais aussi de leurs compatriotes italiens de Nazgûl.
Accaparé par ces nombreuses découvertes — et bien d’autres —, n’étant à ce moment-là ni sur les réseaux sociaux ni sur les forums, je me plongeais chaque jour dans ces atmosphères médiévales qui me faisaient voyager, occultant de fait les réactions autour d’Evol. Puis, lorsque je commençai à côtoyer la scène Black Metal niçoise, parlant pour la première fois de mes goûts en matière de Black Metal — particulièrement médiéval, puisque mes premiers concerts dans le style furent ceux de Darkenhöld —, j’appris qu’Evol traînait une réputation de groupe « kitsch » et pas « trve », souvent moqué pour des raisons qui m’échappaient complètement et qui continuent même aujourd’hui de m’échapper. L’idée d’une chronique pour redorer leur blason m’a souvent traversé l’esprit, mais elle n’a jamais été concrétisée, jusqu’à aujourd’hui, alors que le groupe semble retrouver ses lettres de noblesse, y compris auprès de certains de ses détracteurs de l’époque.
Bien qu’ayant découvert Dreamquest en même temps que leurs autres albums, j’ai choisi ici ce dernier. Sans aucun doute celui qui m’a le plus intrigué lors de ma découverte, notamment avec cette pochette aux tons bleu et rose qui me rappelle les jaquettes des jeux vidéo des années 1980 ainsi que la pochette de Minas Morgul de Summoning. Elle retranscrit parfaitement, pour moi, l’atmosphère très gothique et médiévale qui se dégage de cet album dès son introduction, avec ses claviers très « Castlevania » et cette voix d’outre-tombe qui semble nous accueillir dans un nouveau RPG en pixel art. L’ensemble de l’album s’inscrit dans cet imaginaire Castlevania / RPG, une forme de Black Metal très narratif où les claviers, oscillant entre influences classique, baroque et musique de jeux vidéo, sont soutenus par les flûtes de Lord of Sorrow, pour une plongée dans un univers médiéval fantastique où l’ombre de Lovecraft plane.
Les titres laissent planer l’horreur, l’angoisse derrière chaque couloir de ce château où les Grands Anciens ont pris la place de Dracula. Ce ne sont pas seulement les titres en eux-mêmes qui « laissent planer » cette atmosphère, mais bien tout l’album. Que ce soit "Sona-Nyl", "Celephaïs" ou encore "Sarkomand", nombreux sont les morceaux uniquement instrumentaux, accompagnés de samples de loups mais aussi de mer, comme une parenthèse onirique qui n’est pas sans rappeler les OST des J-RPG que sont Final Fantasy ou Dragon Quest. Evol nous laisse respirer, nous laisse nous immerger dans son univers, avant de revenir sur des titres plus sombres, plus Black Metal, sans jamais oublier l’onirisme symbolisé par la voix éthérée de Princess of Disease, qui contraste fortement avec celle de Prince of Agony.
Certes, les voix ne sont pas toujours justes, au même titre que celle de Quorthon dans Bathory. Pour autant, comme cette dernière, elles me touchent toujours, elles m’emportent sans autre forme de procès. Oui, elles ne sont pas parfaites, mais elles sont emplies de singularité et d’émotions qui me font largement passer la « justesse » au second plan. D’autant plus qu’elles arrivent toujours à s’adapter aux différents titres, les plus intimistes et doux comme les plus épiques. Dreamquest, comme son nom l’indique, nous entraîne ainsi dans une véritable quête à travers les couloirs labyrinthiques de ce château. Une dimension épique qui me rappelle bien davantage le Heavy Metal old-school d’Helloween, sur Keeper of the Seven Keys ou Walls of Jericho, que le Black Metal théâtral et « powerisant » de formations comme Bal-Sagoth auquel les italiens ont souvent été rapprochés, notamment parce qu’ils puisent eux aussi dans une esthétique symphonique et Dark Fantasy.
Ressorti en 2008, puis en 2019, 2020 et une nouvelle fois en 2026, Dreamquest témoigne à lui seul du retour en grâce d’Evol. Cette succession de rééditions est d’ailleurs assez symptomatique de la manière dont le public considère aujourd’hui le groupe. Critiqué à ses débuts pour son aspect jugé « kitsch », Evol bénéficie désormais d’un contexte culturel bien plus favorable à son esthétique. L’important retour du Dungeon Synth ces dernières années, dont les sonorités et les imaginaires ont largement contribué à réhabiliter des artistes autrefois considérés comme marginaux, y participe évidemment. Mais cette évolution dépasse le seul cadre du Metal, l’imaginaire médiéval et fantastique ne se limite plus à ses références européennes historiques. Il s’est également largement diffusé à travers la fantasy japonaise et la culture jeux-vidéos, de Final Fantasy et Dragon Quest à Fire Emblem, puis plus récemment Dark Souls et Elden Ring. Autant d’univers qui ont contribué à rendre familière, voire parfaitement acceptable, une esthétique qui pouvait autrefois sembler particulièrement kitsch ou naïve.
Evol est ainsi progressivement passé du statut de curiosité écoutée lorsque personne ne regarde à celui de groupe culte. Mais cette reconnaissance ne signifie pas nécessairement que son esthétique et son identité premières soient désormais pleinement assumées. La dernière réédition est justement révélatrice de cette évolution puisqu’elle propose de reprendre et de retravailler l’ensemble des artworks des albums d’Evol. Si celui de Dreamquest s’en sort à peu près, il perd malgré tout une partie de cette atmosphère « old-school » qui participait pleinement à son identité. Celui de The Saga of the Horned King me semble encore plus problématique abandonnant presque totalement cet aspect naïf, premier degré et jusqu’au-boutiste propre à l’Evol des années 1990 pour lui substituer une esthétique beaucoup plus « sérieuse ».
Comme si, maintenant qu’Evol est devenu un groupe culte, il fallait nécessairement le rendre plus propre, plus maîtrisé, plus conforme aux codes esthétiques auxquels on associe aujourd’hui le Black Metal et l’imaginaire médiéval. Comme si cette reconnaissance obligeait à effacer les tâtonnements, les maladresses et même une certaine naïveté qui constituaient pourtant une part essentielle de ce qui faisait d’Evol… Evol.
Pour autant, lorsque je parle de « naïveté », je ne veux évidemment pas dire que la musique d’Evol devait ou devrait être écoutée au second degré — ce n’a jamais été mon cas. Ce qui m’intéresse justement chez Evol, c’est qu’il n’a jamais eu besoin d’être parfait. Le Black Metal n’a pas besoin de l’être non plus. Cette esthétique imparfaite, parfois tâtonnante, qui ne maîtrise pas nécessairement tous les codes du genre ou de l’imaginaire médiéval, participe de son identité et lui donne une singularité comparable à celle que l’on peut retrouver chez Blood Fire Death ou Blood and Ice de Bathory.
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Morgan

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