Chronique | IMMOLATION - Descent (Album, 2025)

 Immolation - Descent (Album, 2026)
 
Tracklist :

01. These Vengeful Winds - 04:04
02. The Ephemeral Curse - 03:57
03. God's Last Breath - 04:22
04. Adversary - 03:17
05. Attrition - 04:44
06. Bend Towards The Dark - 03:56
07. Host - 04:12
08. False Ascent - 03:49
09. Banished - 03:17
10. Descent - 05:57
 
Streaming intégral : 
 
____________________________
 
Depuis près de quarante ans, le quatuor de death metal new-yorkais Immolation avance sans jamais dévier de son axe. Descent, leur douzième offrande sortie le 10 avril 2026, s’impose comme une nouvelle strate, particulièrement aboutie, de leur cathédrale profane.

Immolation n’a jamais été un groupe de rupture, et Descent ne prétend pas en être une. Mais là où le massif Acts of God (2022) déployait une certaine ampleur, ce nouvel opus, plus ramassé, en comprime la substance jusqu’à la suffocation. L’art du groupe atteint ici une forme d’épure et de fluidité, rendue particulièrement intelligible par la production puissante de Zack Ohren, qui collabore avec le groupe depuis 2010 et la sortie de Majesty and Decay.

La pochette du disque, une fois encore signée par l’omniprésent Eliran Kantor, entre en résonance avec les thèmes abordés dans les paroles, centrées sur le déclin engendré par les déchirements que la foi et les autorités religieuses infligent à l’humanité.

Depuis dix ans, la formation est restée inchangée. On y retrouve le chanteur et bassiste Ross Dolan ainsi que le guitariste Bob Vigna, tous deux membres fondateurs et principaux compositeurs. Ils sont accompagnés du batteur Steve Shalaty, présent depuis 2003 et ayant participé à sept albums, ainsi que d’Alex Bouks, second guitariste et dernier arrivé dans le groupe avant la sortie du très réussi Atonement en 2017.

L’album s’ouvre par une courte et spectrale introduction acoustique, avant que « These Vengeful Winds » ne frappe par sa frontalité cinglante, véritable déferlante infernale et tonitruante. « The Ephemeral Curse » prolonge cet élan. En ce début d’album, les repères familiers des auditeurs du groupe surgissent immédiatement : riffing majestueux et dissonant, structures instables sans être illisibles, sans oublier ces leads décharnés qui semblent vaciller sur eux-mêmes. Mais tout s’enchaîne plus vite que dans l’album précédent. Assurément, Descent se révèle l’un des albums les plus directs de la formation américaine.

Cette immédiateté n’abolit en rien la complexité. L’intense et frénétique « Adversary », qui n’en est pas moins riche en rebondissements, en offre une parfaite illustration. Tandis que le sol se dérobe sous nos pieds, les graves déclamations prophétiques de Ross Dolan sont prononcées avec une telle autorité et une telle dévotion qu’elles agissent comme une ligne directrice dans cet univers en perpétuelle décomposition. Son phrasé, à juste titre réputé pour la netteté de son articulation, s’impose comme un guide austère et crépusculaire.

Dans ce monde tourmenté, le ralentissement est un outil de tension supplémentaire. C’est le cas dans un morceau comme « Attrition », particulièrement groovy et lugubre, qui porte sur les guerres territoriales insensées que l’humanité répète sans cesse, quel qu’en soit le prix. On retrouve cette pesanteur dans « God’s Last Breath », dont la construction évoque les développements funèbres du morceau-titre de Close To A World Below (2000), l’un de leurs chefs d’œuvre qui a marqué de son empreinte toute la suite de leur discographie. Les mid-tempos se font particulièrement écrasants, comme dans la majestueuse montée en puissance de « Bend Towards the Dark ».

L’une des forces d’Immolation est de naviguer avec cohérence entre passages atmosphériques sombres, obsédants, et assauts furieux. Des titres comme « Host » nous font perdre nos repères et nous plongent dans l’inconfort. Les musiciens excellent à bâtir des structures mouvantes, toutes en variations rythmiques, sans jamais se priver d’éruptions de violence, comme sur « False Ascent ». Cette ascension illusoire, fondée sur la manipulation et l’écrasement des hommes, érige un royaume de sang voué à devenir le tombeau de ses bâtisseurs comme de ses sujets.

Avec « Banished », le groupe ouvre une poche d’air vicié qui renforce encore le climat oppressant du disque. Cette piste, d’un calme malsain suintant la désolation et le désespoir, nous mène inexorablement vers le coup de grâce : le morceau-titre. « Descent », le titre le plus long de l’album, démarre en trombe, se mue en marche pesante, puis s’emballe de nouveau avant de s’enfoncer dans les abîmes, porté par une mélodie sombre aux allures de procession funèbre. En guise de fin, un lead de guitare s’étire longuement, comme une plaie qui refuse de se refermer.

Infatigable, Immolation sculpte dans la noirceur abyssale qu’il a lui-même façonnée. Sans aucun temps faible, Descent impose sa rigueur doctrinale dans une fidélité absolue à son esthétique de la chute. 
____________________________
Tom  
 

Commentaires