Chronique | THURNIN - Harmr (Album, 2025)



Thurnin - Harmr (Album, 2025)

Tracklist :

01. Mana - 05:37
02. Gefera - 10:41
03. Arcturus - 05:41
04. Heortece - 03:02
05. Eitr - 05:48
06. Fylgja - 06:58
07. Folkvangr - 04:30

Streaming intégral :


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Mais pourquoi ai-je mis autant de temps à parler de cet album ?

Peut-être parce que j’ai passé tellement de temps à l’écouter, le ressentir, le vivre. Dans des contextes chaque fois différents : en lisant, en roulant, en jardinant, en créant.

Il est devenu un compagnon qui m’extrait de l’espace où je suis et du temps.

Sa musique n’est pas contemplative au sens commun. Elle n’est pas un simple support. Elle élève, accompagne, voire guide dans une démarche d’évasion.

On ne s’en extrait pas : on s’y immisce, on s’y loge.

Chaque mélodie est si belle, si ciselée et imbriquée qu’écouter ce disque, c’est s’y abandonner. On ne saurait le mettre en fond pour s’en servir. C’est le contraire qui se passera.

Dès le bien nommé “Mana” (les adeptes des grandes heures de Squaresoft feront le lien qui s’impose), c’est une porte sur un autre monde qui s’ouvre. Les morceaux s’enchaînent alors et nous voilà au milieu de “Gefera”, en savourant les résolutions, les constructions, sans s’apercevoir que dix minutes sont passées et qu’on a changé de piste.

Car leurs enchaînements sont aussi naturels que le scénario d’un ruisseau. Le cours d’eau suit son chemin à travers le changement des décors qui l’entourent.

C’est ainsi que l’album file selon sa temporalité, sans pouvoir l’arrêter, en s’y glissant.

Les mélodies construisent des dialogues avec des réponses lorsque les strates d’instruments se superposent, l’une reprenant la main, comme une peinture qui se déroulerait et dévoilerait son histoire au fil de nos pas.

En plus des mélodies, Thurnin offre avec cet album une construction sonore épatante. Pleine d’espace, avec une architecture propre : une cathédrale végétale dont la canopée serait la nef.

Et c’est ce qui participe à cette sensation quasi physique d’évasion. On ressent cet espace, il nous transporte dans ses merveilles.

On se rappellera les plus beaux passages acoustiques d’Empyrium, les variations ruisselantes de Vàli, les échappées de Wolcensmen et les subtilités de Tenhi.

Stop pour les références, de peur qu’elles n’effacent la singularité de Harmr.

Car Thurnin peint avec sa propre couleur, ne fait pas dans la réplique des modèles. Le son est différent, les mélodies ont un apaisement qui tient de la renonciation, la mélancolie douce et légère relève de l’acceptation (j’ai pensé au ton du jeu Arise), le thème du deuil habite l’album, vu que ce serait une traduction possible du mot Harmr.

Les mots habillent les émotions.

Point de folklore. Thurnin ne semble pas parler à l’Homme tout en s’adressant à lui.

Harmr propose un ailleurs, un temps, voire un monde.

Certains y projetteront leurs propres fantaisies (ou fantasy, la grande, car oui on s’y croirait, et ce dès la sublime pochette), et ce sera le meilleur cadeau qu’un auditeur puisse faire en retour à une si belle offrande.

Merci à toi, Jurre Timmer, en attendant patiemment la suite, le temps qu’il faudra.

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Bar Clau

 

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