Chronique & Exclu | RÅTTEN - La Longue Marche (Album, 2024)


Råtten - La Longue Marche (Album, 2024)

Tracklist :

01. Les Cris de la Meute
02. La Mort et l'Absolu
03. Danse Macabre
04. La Longue Marche
05. Entre Deux Fosses
06. Les Heures Sombres
07. Faiseuse d'Anges

Extrait "Entre Deux Fosses" :

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"Les cris de la Meute" résonnent dans l'obscurité, dissonants et lourds, annonçant l'avènement de La Longue Marche, du groupe de Black Metal français, Råtten. Black Metal certes, mais dès ce premier titre, les sudistes nous font savoir qu’il ne s’agira pas de rêveries forestières enneigées ; la meute n'est pas une légion lupine, mais plutôt une cohorte humaine misérable. La crasse sera Punk, et nous tracerons notre chemin dans les méandres de l’anxiété et des pensées morbides.

L'enchaînement brutal de "Mort et l'Absolu" ne fait que renforcer cette sensation. La violence écrasante du Punk se dissipe au profit d’une dimension presque Sludge, mais teintée de tortures sonores. Après nous avoir détruits (avec le Punk), écrasés et embourbés (avec le Sludge), Råtten nous embarque dans sa "Danse Macabre". De Marduk à Celtic Frost, voire même Theatres des Vampires, l’esthétique lugubre de la Danse Macabre n'en finit pas d'inspirer le Black Metal, le Metal (et la Neo Folk) en général. Dans La Longue Marche, la "Danse Macabre" de Råtten surgit comme une pièce centrale, un crescendo de violence qui résonne et dessine une figure sépulcrale, convoquant rois et paysans, riches et pauvres, dans une procession sinistre, soulignant l'égalité inévitable face à la Mort, de préférence brutale. Le chemin continue de se dessiner, car après la mort, vient "La Longue Marche", celle qui nous amènera vers le royaume des Morts. Une marche plus calme, la souffrance est intériorisée, elle devient une introspection aux frontières du Post-Black, avec des guitares plus claires et éthérées. Mais le monde des vivants semble ne pas en avoir fini avec nos âmes. Alors que le morceau se clôture sur un cri d’agonie en français, on se retrouve transporté avec "Entre deux Fosses" dans un vieux salon occultiste du XIXe siècle, où l'on cherchait à éveiller d'anciens dieux sur un fond d'anciens enregistrements.

Continuer, continuer, encore et encore, "Les Heures Sombres" condensent tous les éléments dévoilés et invoqués jusqu'à présent par Råtten, faisant de La Longue Marche une lourde symphonie dissonante. Puis vient "Faiseuse d'Anges", porteuse d’une douceur saturée, une chute où l'on se résigne à la mort, mais étrangement apaisée. Le titre semble entièrement instrumental et évoque un dernier adieu, avec des notes funèbres de claviers, de violon et d'orgue sur le crépitement de vieux vinyles. Pour autant, comme toute chute, elle a une fin. Le renouveau surgit avec force après le silence, une violence destructrice, une renaissance post-chute. Le chant, la haine destructrice, tout contribue à cette résurgence. Ce dernier élément impose à mon imaginaire celle de "La Fin de Satan" de Victor Hugo où l’auteur explore les thèmes de la rébellion, de la chute et de la rédemption à travers des récits mythologiques et bibliques. L'aspect punk des débuts de l'album peut être assimilé à la révolte de Satan contre la tyrannie divine, une expression brute de la colère et de la rébellion. Cependant, la progression de l'album, marquée par des éléments dissonants et une sombre symphonie, évoque la tragédie de ce choix. La comparaison avec la chute de Satan devient ainsi un fil conducteur, où la meute humaine, les heures sombres, la danse macabre, et la longue marche sont autant d'étapes sur le chemin de la rédemption ou de la damnation, à l’image de la créature de la pochette qui semble s’extraire d’un monde et de son ancienne condition physique.

La musique de Råtten, tout comme la plume de Victor Hugo, explore les méandres de la nature humaine, la dualité du bien et du mal, la révolte et la rédemption. La Longue Marche devient alors une traversée à la fois angoissante et libératrice, où la violence côtoie la douceur, et où la chute peut conduire à une renaissance inattendue.
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Morgan

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