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Chronique | ZEAL AND ARDOR – Stranger Fruit (Album, 2018)


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Zeal And Ardor - Stranger Fruit (Album, 2018)

Tracklist:

01. Intro 
02. Gravedigger's Chant 
03. Servants 
04. Don't You Dare 
05. Fire Of Motion 
06. The Hermit 
07. Row Row 
08. Ship On Fire 
09. Waste 
10. You Ain't Coming Back 
11. The Fool 
12. We Can't Be Found 
13. Stranger Fruit 
14. Solve 
15. Coagula 
16. Built On Ashes

Streaming intégral:


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« Black bodies swinging in the southern breeze / Strange fruit hanging from the poplar trees» chantait Nina Simone en 1954. Les fruits étranges pendant aux peupliers, se balançant dans le vent du sud de l’Amérique, n’étaient qu’une métaphore de plus des assassinats de noirs perpétrés par le tristement célèbre Ku Klux Klan, connu pour pendre les noirs américains aux arbres.

Il n’est donc pas anodin que le nouvel album de Zeal & Ardor se nomme Stranger Fruit. À la sortie de Devil Is Fine en 2016, Manuel Gagneux -l’homme derrière le projet- avait marqué les esprits parfois trop fermés des amateurs de metal avec son savant mélange de black metal, negro spiritual, blues et chants d’esclaves. Devil Is Fine posait la question suivante, qui était le fil conducteur du projet : « Si les esclaves s’étaient rebellés contre le christianisme imposé par leurs ravisseurs et s’étaient tournés vers le satanisme, qu’en aurait-il été de la musique qu’ils auraient faite ? ». Devil is Fine, bizarrerie tenant tout autant des meilleurs riffs de black metal que des chants les plus touchants de negro spiritual, apportait un début de réponse, mais souffrait d’un manque de cohésion globale rendant parfois l’écoute difficile.

Plus précis, plus complexe, plus intéressant, Stranger Fruit est l’album des « plus ». Manuel Gagneux a fait gagner à son groupe une majesté à la fois musicale et spirituelle, que n’aurait pas reniée nombre de groupes de black metal atmosphérique. "Gravedigger’s Chant", morceau d’ouverture de l’album, reprend les bases musicales du groupe. Un piano de bar qu’on croirait sorti d’une salle de concert de jazz s’aligne sur des accords de guitares au son quelque peu boueux, tandis que Gagneux scande sa complainte avec émotion et puissance, apportant au morceau un aspect mystique et plus mature. L’inspiration du gospel est bien plus assumée que sur le précédent album, et la voix de Gagneux semble plus assuré, plus maîtrisée. "You Ain’t Coming Back" est l’un des moments forts de l’album, où Gagneux abandonne un chant qui reste très « métal » pour s’aventurer pleinement dans les terres du chant blues et gospel, ce qu’il réussit avec brio. L’utilisation quasi systématique de chœurs donne également une profondeur et une dimension organique à la musique, qui semble par moment sortir des gorges d’une centaine d’esclaves chantant de concert leur spleen, impression qui colle très bien à l’univers musical du groupe, et qui se retrouve notamment sur le morceau "Stranger Fruit", dont l’ambiance sombre et plombante est accentuée par les chœurs éthérés et les notes de pianos.

L’assemblage musical derrière la voix mérite qu’on s’y intéresse. Zeal & Ardor s’inspire autant des riffs de black metal de la deuxième vague Norvégienne que des arpèges des bluesman américains, et s’autorise régulièrement quelques digressions dans des terres musicales un peu plus éloignées, notamment sur des morceaux tels que "We Can’t Be Found" qui sonne pour le coup très death metal avec son ambiance écrasante. L’intégration de samples à quelques moments bien choisis renforce également le concept de l’album, et le travail sur les morceaux instrumentaux est moins redondant que sur la précédente sortie du groupe. Toutefois, si l’on peut louer l’inventivité de morceaux tels que "Solve" avec ses synthétiseurs planants, ou la manière dont la section rythmique est capable de surprendre l’auditeur d’un morceau à l’autre avec des enchainements blast-beat/hardcore/blues, on peut souligner l’un des points faibles de l’album : pour peu qu’on prête attention aux structures de chaque morceau, on peut parfois ressentir une certaine redondance passé le premier effet de surprise. Peut-être qu’un album moins long aurait pu éviter ce petit sentiment qu’après avoir trouvé une formule qui marche, Manuel Gagneux se contente de la répéter sur 17 titres, avec plus ou moins de fulgurances.

Si toute la première partie de l’album est excellente, il devient difficile de conserver une attention et d’être surpris à nouveau passé "The Fool", car l’album se transforme à ce moment en exercice de style plus qu’en album de musique. On quitte quelque peu les terres de la musicalité pour embrasser celles de l’expérimentation, que ce soit avec brio comme sur "Coagula" ou avec moins de succès sur un morceau comme "The Fool" qui justement sonne un peu trop forcé en matière d’expérimentation, et moins à sa place que ne pouvaient l’être les interludes sur Devil Is Fine.

Malgré tout, Manuel Gagneux montre avec cet album son dévouement à vouloir relier la musique à une culture en particulier, en l’occurrence celle des noirs américains. Avec sophistication et un sérieux penchant pour le cassage de codes -quitte a parfois se perdre dans l’expérimentation-, Zeal & Ardor livre avec Stranger Fruit un album globalement solide, qui plaira aux fans de la première heure et aux amateurs de fusion, mais qui risque toutefois, si le groupe ne parvient pas a dépasser ses limites en matière de cohérence et de régularité dans la qualité de ses morceaux, de sonner comme un énième « groupe d’avant-garde » pour une bonne partie des auditeurs. Bon, mais sans être aussi mémorable que Devil Is FineStranger Fruit demandera sûrement plusieurs écoutes pour être apprécié a sa juste valeur, là ou son prédécesseur parvenait à être captivant dès le premier morceau.

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Pierre-Elie
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