Chronique illustrée | Délétère - Les Heures de la Peste (album, 2015)


Délétère - Les Heures de la Peste (2015)

Tracklist

01 - Matines - Portepeste     06:23
02 - Laudes - Credo II     07 :23
03 - Prime - Exitiabilis Venatus     04:03
04 - Tierce - Aux Thaumaturges égarés, une étoil...     07:20
05 - Sexte - Une Charogne Couronnée de Fumier     08:02
06 - None - Le Lait de l'Essaim     04:31
07 - Vêpres - Architectes de la Peste     06:17
08 - Complies - Une garce Véniale en Majesté     05:52

Extrait


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Suprême purulence divine

Le Québec, célèbre dans le milieu pour sa scène Black Metal à toute épreuve, originale, inventive, noire et passionnée, ne cesse de faire découvrir à ceux qui voudraient bien les entendre des nouvelles recrues tout aussi hargneuses que leurs aînés. Après deux démos restées dans le plus grand secret, Délétère sort enfin son premier album, une ode à la pestilence dans tous ces états mais où les vers qui recouvrent les carcasses ne choisissent de grignoter que les morceaux les plus goûteux. D'une austérité grisante et grisâtre, la pochette rappelle ces gravures des temps anciens, morbides et délicieusement figuratives, un ange déchu venu collecter les conséquences du ravage pestilentiel.

On peut dire que la musique de Délétère est très accrocheuse, voire aguichante, en ce sens que le groupe ne se prive pas d'utiliser des riffs très mélodiques et n'a pas peur de les inscrire dans une longueur qui leur permet de provoquer une sorte d'apaisement, comme si la répétition n'avait pour but que de faire ressentir une satisfaction cachée. On se prend à écouter les attaques et les retours des guitares dans une boucle mélodique, utilisée à la perfection dans "Laudes Credo II", un cercle perpétuel où se mêle fascination et désarroi, les guitares infatigables acceptant leur besogne avec une sensualité mécanique. De manière générale, les titres sont plutôt longs, raccordant avec ce besoin de souligner le temps qui passe, neutre, implacable et puissant. Même si "Prime" n'est pas à proprement parler long, le changement de rythme opéré par la batterie et les guitares vers le milieu du titre l'harmonise avec le reste de l'album, toujours en association avec ce désir d'élasticité du temps pour plus d'impact sensoriel sur la durée.

Alors que le groupe affirme pleinement son appartenance au Black Metal le plus traditionnellement orchestré, ce qui fait le sel de la déviance dans une régularité accablante ce sont bien les petites touches de Melodic et de Symphonic, que ce soit avec les cœurs dans "Laudes - Credo II" , les pincements de guitares et le clavier dans "Sexte" ou la dissolution des guitares par rapport à la batterie dans "None", qui parsèment une avancée agressive et filandreuse de la musique . Délétère se refuse à la simple expression sommaire d'un emportement fiévreux, préférant recourir à un petit mélange profitable de sonorités divergentes.



Album empreint d'une atmosphère que l'on retrouve assez souvent dans ce genre de Black francophone type, "Les Heures de la Peste" adopte une approche organique et putréfiant de son rapport à la souffrance, aidée par une saturation de tous les diables qui rappelle les jeunes années de Peste Noire. Les morceaux "Sexte" et "Vêpres" dégoulinent, provoquent le rythme, la batterie ne recherche pas le mélodieux, laissant cette basse tâche aux guitares et au clavier très timide en fond mais qui pourtant donne ce caractère agréable et désinvolte à cette dépravation, presque sympathique. L'imposition des guitares comme éléments centraux qui reviennent à questionner la nature abrupte de ce Black Metal. "Vèpres" et "Complies" se dotent pour le coup, grâce à elles, d'un infini retournement de perception de la musique, tantôt moment décadent entre le chant et la batterie, tantôt extase volage avec ces légers accords mélodiques insoumis. Les morceaux ne cessent de flancher du côté enchanteur du mal-être. Délétère se délecte de la corruption qui parsème cet album, le hurlement de Thorleïf n'en finissant pas de créer de la profondeur vis-à-vis de la synergie des instruments et une dimension complaisante du chagrin. "Matines", au son du cri "portepeste", touche à quelque chose de très contrasté, un hurlement de supplicié qui regorge de joie.

Malgré son traitement de prime abord ordinaire, vu et revu de nombreuses fois, "Les Heures de la Peste" à ce quelque chose d'intriguant, un sentiment de satisfaction extraordinairement bien perceptible. Les deux membres de Délétère prennent un malin plaisir à rendre noble une épidémie qui ravage le cœur des hommes. Un album qui prend réellement plusieurs écoutes pour bien discerner toutes les couches qui le composent.

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Kalhan



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