24 janvier 2018

Chronique | Egoprisme – Among Noise (Album, 2018)




Tracklist :

1 – En Secret
2 – Étandard
3 – Le Vertige (feat. Boris Völt)
4 – Call Of Duty
5 – I Am The Sun (feat. Rula El Bahr)
6 – The Dark One
7 – Among Noise (feat. Rula El Bahr)
8 – Fast Fashion
9 – Only Remains
10 – Twisting
11 – La Plage (feat. Rula El Bahr)
12 – Nothing At All
13 – À Tour De Rôle
14 – Here For The Thrills
15 – Back From An Endless Night

Extrait en écoute :


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C'est au commencement du monde, dans la cité du ponant, perdu entre le vent, le crachin et l'iode, qu'a pris forme le projet de Jean-Marc le Droff : Egoprisme.

Le sieur, peu habitué aux sonorités coldwave, darkwave et associées, s'est nourri, de par ses rencontres, ses voyages, ses écoutes, de tout le courant post-punk. Boulimique de connaissances et de rapports sociaux, il a construit en quelques années un projet phare de la scène « goth » bretonne, mélangeant habilement les synthétiseurs et les rythmes dansants. De l'électro-coldwave, de la synthpop léchée, de la dark disco endiablée avec des pointes de Jad Wio, Jacno, Daniel Darc, mais aussi Donna Summer ou même Jean Michel Jarre. Du moins c'est ce qu'en était ressorti de ma critique de la démo éponyme, à l'époque.

Après être passé chez Beko Disques et TONN Recordings, c'est chez Manic Depression que se tourne Jean-Marc. Autant dire qu'on augmente d'un niveau. C'est donc ce 15 janvier qu'est sorti Among Noise, le tout premier album de l'artiste sous le nom d'Egoprisme. Alors est-ce que le projet a évolué après trois EP maîtrisés ? Et bien c'est ce que nous allons écouter.

Premier passage. Je trouve l'album très monolithique, surtout avec ses 15 pistes. Attention, dans certains contextes, cela pourrait être une mauvaise chose. Pas ici. Non. Ici nous somme en face d'un joyau brut que nous allons tailler par nos réécoutes successives. Et Dieu seul sait combien il y en a eu pour ma part. Le mastering aux petits oignons de Christophe Galès y est sûrement pour quelque chose. J'en suis ressorti avec une certitude : cet album est fait pour danser.

Cela se retrouve également au niveau de la pochette très minimaliste. Logo, nom de l'artiste, titre de l’œuvre. Noir sur fond blanc. Une fresque de style Bauhaus à l'intérieur, une œuvre de Jean-Baptiste Stéphan. Tranchante.

Structurellement, on trouve sur l'album des titres issus des précédents EP comme "Here For The Thrills" (EP#01), "En Secret", "La Plage", "I Am The Sun" (EP#02), "Étendard" (Once You Get There) entre autres classiques, mais aussi "Call Of Duty", "The Dark One" "Back From An Endless Night", ainsi que de nouvelles compositions. Enfin, nouvelles pour celles et ceux qui, contrairement à moi, n'ont pas tourné dans tous les concerts donnés par Jean-Marc.

On entre donc directement et sans amorce dans le vif du sujet avec "En Secret" et "Étendard", qui annoncent la couleur et la recette : boîtes à rythmes minimalistes, séquenceurs, basse dans un registre haut, arpégiateur omniprésent, nappe de synthétiseur, guitare.

La première partie du disque file de cette manière. Une première collaboration avec Boris Völt de Mode In Gliany sur "Le Vertige", une chanson d'une rare poésie. Peu étonnant quand on prête une oreille attentive aux œuvres du rennais, puis une pause avec "Call Of Duty".

On reprend en beauté avec le rythmé et coloré "I Am The Sun", deuxième collaboration de l'album, avec l'artiste performeuse Rula El Bahr cette fois, qui apparaît également sur les titres "Among Noise" et "La Plage". Ces trois chansons sont, à mon goût, les meilleurs titres de l'album. Serait-ce grâce à la voix de Rula ? S'il y a corrélation, pas sûr qu'il y ait causalité. Personnellement c'est le côté Depeche Mode, Clan Of Xymox qui me plaît. Pas forcément original, mais diablement efficace.

Nous nous sommes bien amusés pour le moment, nous avons bougé nos petits corps et nous avons le sourire aux lèvres. C'est alors que vient le raz-de-marée. "Among Noise" ne ressemble à rien d'autre entendu pour le moment. Le titre, qui a donné son nom à l'album, est bien plus rapide et surtout bien plus sombre que les précédents. Du moins en matière de musicalité. Paradoxe étrange, là où les paroles sont plus profondes, la musique se fait plus légère, et là où les paroles se font plus superficielles, c'est la musique qui coule dans un gouffre de ténèbres. Comme si Egoprisme recherchait une sorte d'équilibre hydrostatique...

"Among Noise" est le premier pivot de l'album. Car si on avait pu écouter la première partie du disque de manière peut-être un peu distraite, impossible maintenant de décrocher les oreilles. Le cerveau comme aspiré dans une spirale. "Fast Fashion", "Only Remains" et "Twisting" sonnent comme plus mûres, plus griffues, comme cherchant à nous arracher quelque chose. On ressent le vertige annoncé précédemment, une mise en abyme.

Deuxième pivot de l'album : "La Plage". Si de prime abord cette chanson, sonnant un peu plus pop et dansante, peut paraître anecdotique, elle recèle une double face qui se révèle terrifiante quand on a la clef de lecture. Je vous laisse le soin d'en trouver le sens.

Une fois compris, Among Noise n'a plus eu du tout la même saveur. Bien loin de ce premier entrain que j'ai eu à la l'écoute initiale, la deuxième vague m'a percuté comme une lame de fond. Du coup rien d'étonnant à ce que la piste suivante se nomme "Nothing At All". Un titre qui se répercute sur l'ensemble de l’œuvre à contrecoup, qui résonne et parle forcément aux plus corbeaux des auditeurs d'Egoprisme. Même chose pour "À Tour De Rôle", grave, qui laisse une impression amère de désespoir mêlée de colère et d'impuissance.

"Here For The Thrills" et "Back From An Endless Night", compositions plus douces, aériennes et fluides, marquent la fin de l'errance. Adieu aux corps mouvants, la prise de conscience est maintenant totale. On redescend sur terre, avec l'envie encore plus forte de replonger dans le bain, entraînés malgré nous dans un cycle sans fin.

Cet album est comme un triptyque, un film, avec son introduction, son déroulement, son dénouement. Que nous nous attardions sur les paroles ou non, nous aurons dansé. Car au milieu de tout ce fatras qu'est la société actuelle, avec ses vices et ses conflits, ses codes et ses compulsions, il est salvateur de lâcher prise. Nous nous fondons dans la masse car nous ne sommes rien. Peut-être qu'il est là le véritable message d'Among Noise : dans un monde qui vacille, s'élever au-dessus du bruit.

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