3 janvier 2018

Aladiah : TOP 10 - 2017


Ça y est, nous voici à l'heure tant attendue du bilan. Alors que dire de cette année 2017 ? Et bien ce fut une des meilleures années de ma vie, sur les plans socio-affectifs et musicaux. Premièrement une année riche en découvertes, avec une percée des scènes post-punk russe et italienne. Une année pleine de concerts fameux, (Marquis de Sade, Lebanon Hanover, Egoprisme, Frustration, Clan Of Xymox, Follow Me Not, Poison Point, Plomb, Prince Harry, Fotocrime et j'en oublie et des meilleurs). La remontée des vieux groupes phares de la sous-culture comme Depeche Mode, Trisomie 21 ou Jesus And Mary Chain. Et enfin, mon entrée dans la danse avec ma participation derrière les platines à la soirée Shadowplay, avec mon ami PatientZero et la première pierre de mon projet musical chez Cyanur Prod.

Comme à toutes les fins d'années depuis trois ans déjà, il me faut faire le top de mes sorties préférées. D'habitude le trac provient de la peur du manque... Cette année c'est le problème inverse. C'est avec d'une centaine d'album studios, de lives, d'EP, de démos, de singles et de compilations avec lesquelles je dois jongler. Faire un top avec cela c'est comme vouloir trier ses épisodes de Doctor Who favoris. Il y a tellement de Docteurs, de compagnons, de showrunners, de scénaristes, d'épisodes différents et ayant chacun eut leurs fulgurances, que la tache est improbablement dure. Autant dire qu'il m'a fallu une bonne dose de courage et surtout faire le choix de ne pas me concentrer uniquement sur les albums studio, n'en déplaise à mon fort intérieur et aux lecteurs en quête de bizarreries.

Commençons donc par le bas avec les albums de la déception. Il s'agit d'une part de Spirit de Depeche Mode qui, au moment d'écrire ces lignes, ne m'a tellement pas parlé que je suis absolument incapable d'en faire la description, même en quelques lignes. Banal, sans saveur particulière, malheureusement oubliable. D'autre part, Moby & The Void Pacific Choir et leur More Songs About Apocalyspe, que j'ai trouvé beaucoup moins inspiré que leur premier album, qui était mon numéro un de l'année précédente. Acceptable, mais moins énervé. Punk désenchanté. Hormis ces fausses notes, je n'ai aucune écoute qui ne m'a déplu. Je suis plutôt bon publique certes.

Poursuivons ensuite par les mentions honorables, les albums qui ne sont pas dans ce top mais qui auraient mérité d'y avoir une place. Jusqu'à la dernière seconde mon classement a fluctué. Coldwave, shoegaze, minimal, goth rock, ambient, il y a de tout. Voici la liste :

Chelsea Wolfe - Hiss Spun
Stockhaussen - Signos
Police Des Mœurs - Dédales
Hante - Between Hope & Danger
Dark Door - Inferno
The Devil & The Universe - : WALPERN - R E D U X :
Double Echo - Period Rooms
Silent Runners - The Directory
Autobahn - The Moral Crossing
Trisomie 21 - Elegance never dies
The Raudive - Future Transmissions
Babel 17 - Process
Then Comes Silence - Blood
Paradox Obscur - Artifact
Antipole - Northern Flux
The Postmodernism Forms - Urge
Commis Voyageur - Le Passé Du Commis Voyageur
Sadness Isolation - Tragic
The Spiritual Bat - Your Own World - And The Vision Of Sound
The B​.​H​.​D - Black Devotion
Sidewalks And Skeletons - The Void
The Witch Will Die Tomorrow - Man Who Never Cares
Dancing In My Dreams - A letter, never sent
Knight of Swords - Indelible
Cruz De Navajas - Dominación
Zola Jesus - Okovi
Supernova 1006 - Unique World
M!R!M - Iuvenis
Drab Majesty - The Demonstration
None - Poison
Virgin in Veil - Twisted Thrills
Selfishadows - Recalling
Mala Herba - S/T
Velvet Kills - Mischievous Urges
The Shyness of Stranger - Time
Ouverture - Screaming Silence
Mark of the Sphinx - Buried
Ghost Twin - Plastic Heart
Inkubus Sukkubus - Belas Knap
Mephisto Walz - Scoundrel
SlowdiveS/T
ChromeTechromancy

Désolé pour ceux que j'ai oubliés ou que je n'ai pas écouté. Entrons maintenant dans le vif du sujet avec V de The Horrors à la dixième place. Un cinquième album attendu au vu de la déception du précédent. Le groupe de shoegaze goth rock anglais nous propose là un disque teinté de sonorités électroniques angoissantes, nous enfermant dans une ambiance glacée, lugubre et dansante.

En parlant shoegaze, c'est avec celui de Jessica93 et son Guilty Species que nous continuons ce top. Neuvième place pour un album moins brut de décoffrage que ses prédécesseurs, dans ses sons, mais pas dans son ambiance qui reste définitivement enragée. En quelques années Jessica93 c'est fait une place au sein du post-punk français, en y mettant son petit grain de sel grunge.

On retourne en Angleterre avec la formation goth rock Terminal Gods. Le groupe nous propose un premier album, Meridian, peut-être moins percutant que ses EP et autres singles, mais qui a le mérite d'être mâtiné d'une coldwave travaillée, sans mettre au placard son rock gothique dansant caractéristique.

Poursuivons avec de la coldwave bien de chez nous, avec d'une part la formation du sud Finistère Follow Me Not, qui nous a dévoilé cette année un If The Sky Remains qui sonne comme l'album de la maturité. Son plus travaillé, ambiance bien mieux posée, et une basse sur le titre « Deny It », qui vous fera sautiller sur place. Une très bonne surprise. De l'autre bord on retrouve la célèbre formation parisienne de Soror Dolorosa avec son album Apollo, riche, là encore, d'une coldwave enivrante et d'un goth rock en toute sensibilité. Un album bien plus abordable que ses prédécesseurs, plus pop diront les mauvaises langues.

La petite touche synthpop de mon classement. Si j'ai fait mes adieux à Depeche Mode cette année, autant dire par contre que j'ai accueilli The Punishment of Luxury d'Orchestral Manoeuvres In The Dark à bras ouverts. Rien à voir avec certains penchants BDSM, c'est le son de cet album, résolument tourné vers les racines du groupe, qui m'a enchanté. On y retrouve une ambiance kraftwerkienne assumée (ce qui est totalement logique, la bande n'ayant jamais caché son admiration pour la formation allemande ainsi que pour Doctor Who... Tiens donc!). Écoutez le titre « Isotype » et vous comprendrez ce que je veux dire.

Ratant d'une marche le podium, ce qui ne veut plus rien dire à un stade où je change continuellement d'idée sur mon classement, voici un de mes plus gros coup de cœur de cette année : Hexagram de Lapis Exilis. Un projet obscur de post-punk, coldwave, dark ambient de toute beauté. Un artwork, qui attrape tout de suite le regard et une musique en finesse. Un album qui s'ouvre sur une piste ambient qui pose le premier jalon d'une coldwave mesurée, choquée de temps en temps par des sonorités électroniques venues d'une autre dimension. Je ne saurais dire combien de fois j'ai écouté ce disque, mais à chaque fois c'était un voyage vers un ailleurs froid, sombre, reposant, magique.

En troisième position Relatives In Descent de Protomartyr. La formation de Detroit nous propose là un album de post-punk old school sentant bon le Television, le Magazine, le Talking Heads, le The Raincoats. Post-punk, coldwave et expérimentations dansantes sont au programme. Mais pas de chansons fleuves d'une dizaine de minutes. Non, ici on table sur du trois, quatre maximum en moyenne. Efficace. Juste «douze variations sur le thème de l'impénétrabilité de la nature intrinsèque de la Vérité et l'effroi existentiel qu'il en résulte, à une époque où le parti-pris des médias et la désinformation sont devenus une réalité quotidienne ». Rien que ça.

Comment aurai-je pu passer sous silence Spleen XXX ? Mais qu'est-ce que Spleen XXX me demandez vous ? Il s'agit d'un supergroupe (dans tous les sens du terme), regroupant des membres, entre autres, de Rosa+Crvx, Love In Cage, Morphoex et de NKRT. Une formation totalement rouennaise pour un album, Poems Of Charles Baudelaire, d'une beauté rare. Dès les premiers accords le ton est donné : lugubre, froid, angoissé, en transe, bizarre. « Le beau est toujours bizarre » disait Baudelaire. Il avait raison. Impossible de passer à côté. Pour le coup le projet mérite sa deuxième place. Il méritait la première même. Mais cette année c'est un autre artiste qui m'a projeté dans l'espace. Ou plutôt dans les abysses.

Tango Mangalore. Le seul nom est évocateur. Une espèce de danse macabre et endiablée. Tango Mangalore est le projet d'un seul homme. Un marin grec qui retranscrit en musique et en vidéo ses angoisses et ses peurs lors de ses traversés du grand large. Dear Shore célèbre les profondeurs de l'océan, les vagues, les rivages, les ports, leurs rades cradingues et les filles de joie qui les occupent, les marins ivres d'alcool et d'aventures. Sa musique, entre ritournelles de boîte à musique morbide, synth-punk percutante, dark minimal angoissante, nous transporte dans un univers fait de monstres et de cauchemars, dans un jeu d'attirance/répulsion cynique entre la mer et ses sujets, fait de haine et d'amour. Un malaise constant de bizarreries et de légendes maritimes. Et c'est tout ce délire là, en tant que brestois peut-être, qui m'a non seulement séduit, mais qui m'a pris aux tripes dès la première écoute. Mention spéciale pour les titres « Cry Madame », « Mort Marin » et « Mementum ».


Voilà. L'année s'achève là et s'en va se renouveler une fois encore. Ce n'est pas le changement mais bien le renouvellement la clef de tout. Dans Doctor Who, le Docteur change de peau mais reste fondamentalement le même, et bien le post-punk c'est ça. On refait encore et encore, on déconstruit et on reconstruit sur les cadavres du passé. Cela donne une cohérence aux scènes qui la compose tout en permettant à tout un chacun de s'y exprimer totalement, de manière originale ou non, expérimentalement ou non. Ce qui explique sa longévité. 2017 fut l'année de ce renouvellement, pour moi, mes projets, mon entourage, mes écoutes, mes goûts. J'ai fait peau neuve. Et je nous souhaite encore à toutes et à tous des années aussi belles et riches que celle-ci.

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