3 septembre 2017

Chronique | CATACOMBS ENSHADOWED - Curse Of Dark Centuries (Album, 2017)


Catacombs Enshadowed - "Curse Of Dark Centuries" (Album, 2017)

Tracklist :

01. Hymne an den Schrecken der Nacht
02. Darkness Stirs the Windswept Woodland
03. Spawned in Verminous Crypts
04. Summoned by Lunar Spells
05. The Baleful Keep, Enwreathed by Mournmists
06. Wampyric Awakening (Beneath the Bloodmoon)
07. A Specter Wanders the Blighted Forest

Extrait en écoute :

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Alors. Pour la première fois ici je m'apprête à chroniquer autre chose que du black metal, et d'une certaine façon ce sur quoi je vais écrire n'en est peut être pas si éloigné que ça. Le Dungeon Synth tout comme le genre évoqué plus haut s'accordent parfaitement avec ma sensibilité musicale et m'invitent souvent à stimuler mon imagination.

Le projet sur lequel je m'apprête, je l'avoue, à épandre mon extase s'appelle Catacombs Enshadowed et vient de sortir à un nombre limité d'exemplaires la K7 de son premier album du nom de ''Curse Of Dark Centuries''. Celui ci se veut un hommage au dungeon synth dit « old-school » et le projet se veut ainsi inspiré par l'esprit et les thématiques récurrentes du black metal des années 90, c'est à dire l'imagerie funèbre, vampirique, liturgique, occulte, mais aussi résolument médiévale et poétique. Cette merveille de l'underground sort en toute majesté chez Dark Age Productions, petit label américain fondé en 1994 et ayant proposé des projets secondaires d'artistes de la scène black metal de cette période (comme Cernunnos Woods ou Akhkharu) jusqu'en 1998. Le label refait surface en 2016 pour proposer de nouveaux artistes dans un esprit similaire à celui du passé, et c'est donc là que commence l'aventure de Catacombs Enshadowed. L'artwork de la tape, que je m'étais empressé de commander, est une gravure hautement détaillée et témoignant d'un raffinement assez génial. Normal me diriez-vous, car nous contemplons ici une oeuvre de Gustave Doré s'intitulant Le Chat Botté et le Château et réalisée en 1862 à Paris par le graveur Héliodore Pisan (bien que la composition originale soit de Doré) pour illustrer une édition des Contes de Perrault. Cette gravure ci met par ailleurs en scène le Chat Botté en contrebas du château, accompagné de plusieurs personnages, cependant l'illustration de ''Curse of Dark Centuries'' se focalise sur le formidable château de type renaissance à la formidable architecture d'où transparaît une aura irréelle et comme une atmosphère profondément … adaptée ?

La cérémonie s'ouvre sur 'Hymn an den Schrecken den Nacht' (la version traduite du germanique s'entend par 'L'Hymne aux Horreurs de la Nuit') comportant de graves chœurs masculins ponctués de percussions résonnantes, puis rejointes par une mélodie d'orgue et d'instruments à cordes. C'est alors que viennent les sons de cloches et qu'une ambiance de plus en plus monastique se développe, jusqu'au retentissement d'incantations sur un fond d'orage pluvieux. Tous les ingrédients sont présents et savoureux dans leurs ténèbres, nous n'avons pas été trompés sur la marchandise, il s'agît bien là de dungeon synth sinistre et sépulcral à souhait.

Après ce morceau relativement court et pouvant finalement être considéré comme une intro, c'est un morceau beaucoup plus long qui prend place dans la nef avec 'Darkness Stirs The Windswept Woodland' soit 'L'obscurité agite la venteuse forêt', dont le nom seul nous transporte à lui même dans un univers tant bien hostile que merveilleusement attirant. Le vent soufflant et hurlant sur un rythme régulier de percussions portées par la malveillance d'un enchaînement de notes au synthé, lesquelles se terminent par la note suppliciée d'un piano violenté et autres sons de cloches. Quelques spectres viennent susurrer à nos oreilles des propos incompréhensibles chargés d'une souffrance palpable, accablant notre âme de leur tourment. Après un moment, on viendra à se perdre dans des notes éthérées dans leurs propres ténèbres et résonnant par delà les arbres tourmentés par le vent.

Et ce bourdonnement, ce fracas céleste qui retentit, c'est le tonnerre et l’oppression d'un lieu suintant l'humidité glaciale des lieux souterrains avec 'Spawned in Verminous Crypts'. J'entends des chuchotements, des gouttes tombant du plafond à intervalles réguliers, du clavier aux accents horrifiques m'avertissant que quelque est en train de prendre forme dans ce lieu rance qu'est cette crypte insalubre, prenez garde et flippez bien ...

Au sommet d'une colline surplombant notre fief et allongés au sol, vous êtes paralysés par l’obscure beauté d'une pleine lune, tandis qu'un de vos domestiques joue un air dramatique de piano incantatoire car il s'agît là de 'Summoned by Lunar Spells' (Soit 'Invoqué par des sortilèges lunaires'). L'ambiance me rappellera fortement celle dont on pouvait avoir l'expérience sur un disque tel que ''The First Spell'' par les norvégiens de Gehenna en 1994. Et cela est par ailleurs valable pour plusieurs morceaux de l'album.

J'adore aussi 'The Baleful Keep, Enwreathed by Mournmists' qui est encore un morceau très imagé par son seul nom dont la traduction pourrait ressembler à 'Le sinistre donjon, enveloppé par les funestes brumes' ou plus littéralement encore 'les brumes du deuil'. Nous entendons une calèche tirée par des chevaux sur une route pavée, il fait de toute évidence nuit et les chevaux sont nerveux : sls soufflent des naseaux. Rapidement on entend les pas feutrés d'un homme marchand sur un plancher … Sur fond de vent soufflant, des notes funèbres sont jouées sur un orgue, puis des chœurs lointains font leur entrée, c'est une véritable cérémonie funèbre qui s'opère dans ce sinistre donjon, il est temps de se laisser posséder par cette sorcellerie et d'aller voir par vous même ce qui s'y déroule, si vous l'osez.

Les vampires sortent de leur torpeur enfin, et pour parfaire la scène ils répondent même à l'appel de la lune de sang avec cet avant dernier (long) morceau nommé 'Wampyric Awakening (Beneath the Bloodmoon)'. L' introduction de 3 minutes environ réalisée au clavicorde nous emmènera doucement au moment fatidique, c'est à dire le réveil du vampire .. les chœurs s'intensifient et le clavicorde retentit de manière sinistre. Des bruits de pas sur fond d'occultes percussions lointaines se fond entendre, et on entend comme le bruit métallique que ferait une serrure qu'on essaie de forcer, de plus, quelque chose .. ou quelqu'un semble vouloir sortir d'une boîte en bois .. un cercueil peut-être ? Une fois la créature libérée, les chœurs s'envolent à nouveau puis se font de plus en plus lointains, jusqu'à se perdre sur l'horizon éclairé d'une rougeoyante lueur astrale.

Ce n'est pas tout à fait terminé. Un spectre errant, alors jusque-là oublié apparaît à travers les troncs d'arbres morts et la brume glaciale et humide, je le suis du regard pendant quelques minutes, son souffle résonnant dans toute la vallée .. S’entend au loin une mélodie et le clocher d'un village voisin. Au final, il s'éloigne, je le perds de vue … et il est temps de rentrer et d'achever la rédaction de cette chronique.

Il s'agit là d'un extrait seulement de ce qu'il est possible d'expérimenter avec cet album qui se définirait selon mes mots comme une « fabuleuse perle » pour le moins que vous soyez aisément ensorcelés par les thématiques évoquées. Dans tout les cas, il est important de s'abandonner à cette œuvre voire même de se mettre en condition pour l'écouter. La musique est ici envoûtante par sa répétitivité et ses petites subtilités dissimulées à chaque instant, les chœurs et le souffle du vent reviennent souvent et donnent en partie vie à une atmosphère tourmentée et funèbre dans sa majesté. On appréciera les sonorités de clavicorde ou de « harpsichord » (difficile de savoir, je ne suis pas vraiment, là ..), cet instrument apparu probablement au cours du XIVème siècle au Moyen-Age et utilisé notamment au cours de la renaissance. 'Curse of Dark Centuries' se définit alors comme une musique extrêmement imagée, déjà par le titre des morceaux qui posent un décor et un cadre puis ensuite par notre imagination sollicitée par la musique. Ainsi, à l'image d'un certain nombre de projets de black atmosphérique qui me font le même effet, la musique de Catacombs Enshadowed a le pouvoir de soustraire l'auditeur à sa morne réalité pour en rejoindre une autre, mais cette fois ci envoûtante et mystérieuse. Il faut dire que c'est un peu l'essence même du dungeon synth, après tout. 

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