Interview | SEKTARISM (Funeral/Doom/Drone Metal - France) - Septembre 2019


Plutôt qu’une interview classique répondant au simple jeu du question/réponse, je me suis entretenu avec Berzerk de Malhkebre (de chez Battlesk’rs) au sujet de Sektarism afin de mieux cerner la bête.
Cette interview s’apparente plus à une tribune libre au sujet de l’entité que d’un entretien classique.

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Ave Berzerk. Sektarism est apparu sur le devant de la scène en 2005 et a sorti sa première demo L’offrande qui fût une réelle surprise tant l’intensité qui s’en dégageait était prenante. Je fus surpris de te voir officier dans ce style plus 'doom' que ce qu’offrait Malhkebre. Comment vous est venue l’idée/envie de créer Sektarism ?

C’est assez simple en fait, ça nous est venu en discutant avec Messiatanik Armrek, on avait un besoin de lâcher prise et d’aller encore plus loin dans notre démarche de recherche d’absolu et on trouvait que les principes académiques qui peuvent régir le black et le death ne nous permettaient pas de nous exprimer librement et on avait encore beaucoup de choses à vider et à extérioriser. 
On était fan de certains groupes de Funeral Doom/Drone d’Indus ou de power/electronics qui ont une approche plus extrême que certains groupes de Black et on s’est retrouvé avec une pulsion qu’il fallait absolument assouvir. 
En gros entre le début de la discussion et les premiers riffs il ne s’est écoulé que 4/5 heures, on était tranquillement chez moi un soir en train de discuter autour d’un verre et petit à petit ce besoin et cette pulsion se sont retrouvés, ça a encore plus renforcé l’urgence de lancer ce projet. J’ai donc téléphoné à Tenebras de Nuit Noire, même si vu de l’extérieur n’y a pas beaucoup de liens artistiques entre nos projets,  il a toutefois une passion totale quand il s’engage dans un projet. En quelques minutes je lui ai expliqué mes idées et  on s’est retrouvé dans son studio situé dans sa cave à faire résonner les premiers accords de Sektarism.

Moi ce qui m’a toujours marqué chez vous lors de vos prestations lives, c’est qu’il y a cette approche Funeral Doom dans votre musique mais qui est toujours accompagnée de ce feeling Black Metal. Vous offrez des rituels plus Black que les groupes de Black Metal eux-mêmes.

Je prends ça comme une réussite, c’est bien que notre démarche ne soit pas vaine. Nous ce qui nous anime ce n’est pas d’avoir un son particulier, quel que ce soit le groupe dans lequel on évolue, c’est l’impulsion qui nous anime par rapport à ces entités, c’est pour ça qu’elles sont réunies sous un même collectif si on veut vulgariser l’approche, les apôtres de l’ignominie. Toutefois, on ne fait pas du Funeral Doom/Drone pour se dire qu’on va faire ce genre, on a avant tout un besoin qui est viscéral au fin fond de nous-même, on a un message à exprimer avec une fin qui est la même quels que soient l’orientation musicale et le vecteur musical.


Justement, en parlant des shows, vous avez une approche du live qui peut s’apparenter à une cérémonie (sans les clichés modernes). J’aurai aimé savoir si tu avais une méthode particulière pour te mettre en condition afin de t’immerger pleinement dans ton univers ?

Autant que possible c’est quelque chose qui est requis effectivement, pour moi (je préfère parler en mon nom) c’est quelque chose de fondamental. C’est d’ailleurs pour ça que dès que j’arrive sur un emplacement d’une cérémonie, je fais tout le tour pour voir comment je peux m’approprier les lieux et voir dans quel état d’esprit je peux aborder la scène, car la scène est un cheminement global, il y a aussi l’avant-scène et l’après-scène. Donc j’ai un besoin personnel de me recueillir et de me mettre en condition, on a également un besoin pour avoir une osmose et une synergie par rapport à nous tous de pouvoir se recueillir et de se retrouver tous ensemble en amont.

Petit aparté de Berzerk en amont de cette question :

J’utilise le terme souvent de cérémonie car j’estime que le terme de concert est trop réducteur et que les termes à la mode tels que rituel etc…. sont devenus trop pompeux. Je trouve toutefois qu’aujourd’hui nous sommes dans une scène où il y a beaucoup de fioritures, de termes alambiqués pour des dires des choses simples pour juste créer une frontière, un sentiment d’identité occulte ou comme quoi il y a quelque chose d’atypique et qui n’est pas accessible pour tous. Ce n’est pas la démarche de Sektarism contrairement à ce que pourrait renvoyer le nom. Notre démarche est avant tout de faire quelque chose avec sincérité et c’est encore plus problématique dans une scène qui utilise tous ces termes pour masquer leur incompétence, leur non dévotion.  
C’est pour ça que nous avons une démarche collective, j’ai aussi ma démarche individuelle avant la scène, sur scène, après la scène, même dans ma vie de tous les jours. Ce qui fera la différence, c’est ce que tu verras dans nos yeux, y voir la force intérieure qui en découle, c’est la seule chose qui fait que tu pourras aller au fin fond de notre âme et juger de nos convictions. 
Tu ne peux pas acheter ça avec des artifices. Parler de ça est un cri de guerre face à toutes ces fausses personnes qui se créent une vie et un sentiment de supériorité dans leur art alors qu’ils ne font qu’essayer de tromper les personnes, ce qui ne marche pas quand tes proches/public te voient lors de tes prestations lives.


À partir de l’album La Mort de l’Infidèle, je trouve que Sektarism opère une certaine évolution, une musique plus tribale, avec une mise en avant du chant et de votre production. Qu’est ce qui a provoqué cette évolution ?

Mon sentiment ça a évolué sur l’œuvre d’avant avec la collaboration avec Darvulia, c’est à partir de cet enregistrement-là, on a ouvert notre cercle de compétence et on a fait appel à Xort du Drundenhaus Studio. On y a passé de longues journées coupés du monde à nous retrouver, et c’est ce qui diffère de ce que l’on faisait avant, c’est-à-dire : complètement autonome, forcément entre  le fait d’être en dévotion totale dans l’exécution de ton art et du message que l’on a mais aussi d’être aux commandes de la production sur les aspects techniques pour pouvoir finalement retranscrire ce qui va se passer dans une salle où quatre ou cinq personnes jouent ensemble, mais aussi de par notre matériel on avait une double casquette qui nous limitait. Mais là, être en résidence et en autarcie totale, de nous affranchir de toutes ces contraintes techniques, nous a permis de repousser les limites.
05. Sur cet album (La Mort de l’Infidèle), il y a un autre point, c’est le seul qui soit en couleur, ce qui m’a surpris. Existe-t-il une raison particulière ?

Oui, le fil conducteur de cette œuvre est le feu, qui fait aussi le lien plus avec un ensemble d’éléments qu’on utilise sur scène. Nous on est pas là pour utiliser des toges achetées dans un magasin de déguisement, tout est fait en lin, on a une démarche qui est très poussée là-dessus, on est très connecté avec ces éléments. L’idée derrière cet artwork (malgré les contraintes financières) était de représenter tout ça.

Musicalement, j’ai noté une différence entre l’exécution de vos titres en live et sur cd. C’est moi qui délire ou je suis dans le vrai ?

Non non tu ne délires pas, c’est quelque chose qui, je ne sais pas pourquoi, peut être est-ce une erreur en terme d’humilité pour le coup, que l’on a jamais mis en avant toutefois l’ensemble de Sektarism n’est qu’improvisation. Tout ce que l’on a fait en studio, on ne le fait qu’une seule fois, ce que l’on a fait à un moment donné on ne peut pas le refaire, tout se passe en fonction de la connexion des personnes qui nous entourent, du lieu où l’on se trouve, c’est ce qui influence complètement notre état d’esprit. 
Les textes eux ne sont pas improvisés. Toutefois la manière dont ce texte est proclamé n’est pas pressenti à l’avance, l’ordre dans les phrases c’est la même chose, tout peut être changé, avec de nouvelles phrases, ça m’est arrivé d’avoir des textes qui sont mis sur des structures d’autres morceaux, la seule chose qui est la fondation, ce sont les textes qui servent de combustible et également des structures de guitares que l’on retrouve sur chaque morceau.

Vos cérémonies sont intenses, tant par ce que vous dégagez au public, mais aussi entre vous avec des actes de violences. Comme les religieux utilisant la flagellation, permettant de mieux extérioriser une catharsis/dévotion non ?

Je n’ai pas la réponse en fait, car ça vient de la même démarche que le reste, on est guidés par des besoins, on le fait à but cathartique, que certains le fassent par expiation, par masochisme, par humilité, ce sont des démarches individuelles qui alimentent un seul collectif. Il n’y a pas de volonté d’obliger certaines personnes/énergies d’aller dans un sens ou dans un autre. 
C’est une volonté de se retrouver pour faire voir qu’il n’y a pas qu’une seule voix vers l’épanouissement, qu’il n’y a pas qu’une seule direction, qu’on n’est pas obligé d’évoluer dans un monde exclusivement matérialiste, que tout peut être remis en cause, ce que certains appellent ténèbres, pour nous c’est notre lumière et on n’est pas là dans une idée autre que faire voir qu’il subsiste différents chemins et que dans tous les cas on s’opposera en faux et nous serons toujours là soit pour en ouvrir d’autres soit pour montrer qu’il en existe d’autres.


Justement, vos sorties montrent à travers leurs thématiques qu’il existe différents chemins car celles-ci traitent de différents sujets et de différentes manières. Dans l’écriture des textes, est-ce le même processus de spontanéité ?

On essaie de ne pas sombrer dans un dogme qui serait totalement anti-dogmatique. Aujourd’hui c’est l’improvisation qui fait foi, ce n’est pas pour autant qu’un jour on ne travaillera pas ou que ça ne m’est pas arrivé de travailler sur certaines thématiques, comme pour La mort de l’Infidèle il y a une volonté pour diverses raisons d’aborder la thématique du feu. 
Sur Mort Divine, il y avait clairement une volonté d’évoquer la maladie et la sorcellerie. C’est là que l’on s’est rendu compte qu’il y avait énormément de lien avec notre société, l’histoire des maladies au sens large et de l’occultisme que l’on s’est dit que ça avait une cohérence totale de faire quelque chose avec Darvulia, ça nous tenait à cœur depuis pas mal de temps. 
Pour la suite qui ne va pas tarder, ça ne suit pas de chemin directeur, ça m’arrive d’avoir des textes, des phrases qui viennent spontanément où je me rends compte à la fin de la thématique abordée de ce que ça peut donner, comme sur 'Oderint dum metuant' qui est sur Fils de Dieu où là ça a été complètement improvisé, comme un jet, comme un besoin, à la limite je ne suis qu’un vaisseau et ne suis pas responsable du choix forcément.

Au niveau du line-up, vous n’avez eu qu’une évolution au niveau du poste de bassiste, la base reste la même depuis ses débuts. Comment tu expliques que seul ce poste ne soit pas fixe ? 

Je l’explique par le fait que l’ensemble de nos groupes demandent un investissement total, on ne peut travailler qu’avec des frères. De ce fait je ne peux pas t’en dire beaucoup plus car début septembre, nos cérémonies marqueront une étape par rapport à tout ça. Ce que je te propose, c’est de venir nous voir pour voir tous les changements qui sont en cours.

Merci à toi pour ce temps accordé et la liberté dont tu as fait preuve dans tes propos.





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Questions : KhxS.



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