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Live report | WANG WEN @ Glazart, Paris 02/02/2018


Le rendez-vous avait lieu le 2 février dernier, au Glazart (et non pas au Batofar comme prévu, ce dernier étant inaccessible à cause la crue de la Seine) : les figures de proue du post-rock chinois Wang Wen se produisaient à Paris. Pas de première partie, pas de fioritures, cette soirée était uniquement la leur - mais aussi celle des amateurs de musique que compte la dispora chinoise de la capitale, comme d'habitude très fortement représentée dans le public. On ne le dira jamais assez : il est pourtant bien dommage que Wang Wen ne soit encore parvenu qu'à si peu d'oreilles étrangères à la scène chinoise. Du bruit blanc difforme qui accompagne l'arrivée des musiciens sur les planches émerge peu à peu un post-rock expérimental, qui ne cessera de nous surprendre tout au long de l'heure et demie passée avec le groupe. 

Le sextuor nous fait vite comprendre que sa musique s'affranchit souvent des longues mélodies bien identifiables que l'on a pourtant l'habitude d'entendre dans le post-rock. Ici, les thèmes ne s'élèvent qu'occasionnellement du fond d'arpèges lentes et des sons ambiants, simplement relevés de quelques touches impressionnistes déposées par le clavier et les cuivres. Les progressions des morceaux sont loin de n'être que d'écrasants crescendi : les petites boucles qui tournent sur elles-même, typiques du genre, se font bien plus discrètes dans la musique de Wang Wen. Elles sont morcelées, incertaines, et ne constituent pas le squelette entier des titres. Le tout forme un paysage souple et malléable, d'où le groupe fait jaillir un nombre étonnant d'atmosphères imprévisibles. L'évident soin que porte le groupe à la structure de ses morceaux brouille peu à peu la frontière entre le post-rock et une sorte de rock progressif. 

Cette comparaison le rappelle bien : les atmosphères tranquilles proposées par Wang Wen, charmeuses en début de concert, ne suffisent pas à occuper éternellement l'esprit du spectateur. Alors même que l'ennui menace de pointer le bout de son nez déboule un événement digne de ce nom : "Lost in the 21st Century", extrait du dernier album Sweet Home, Go!. En plein milieu du titre, le tuba s'empare d'un riff, court, dynamique, soutenu par la basse. Les têtes et les épaules du public, surprises, commencent à battre la mesure avec entêtement. Ce motif donne l'élan à une montée de guitare et de clavier absolument imparable, redoutablement directe et efficace, bref : hautement improbable dans une musique à l'origine si planante. Après ces quelques minutes si convaincantes, l'enthousiasme monte franchement d'un cran dans la salle. 


À un stade où il semble devenir compliqué de continuer à aborder ce concert comme s'il s'agissait d'une performance de post-rock, Wang Wen nous ramène un peu en arrière avec "Lonely God", qui date de 2012, sur l'album 0.7. Le groupe revient alors jouer sur des codes plus standards, avec une musique assez sereine malgré son lot de dissonances feutrées. Les lignes mélodiques reviennent au premier plan, et nous ramènent sur des terres plus rassurantes. 

Cependant, même sur ce genre de titre, les chinois gardent une force bien particulière, qui les différencie immanquablement de toutes les formations cousines : la présence des cuivres. Le souffleur, gardien de la trompette et du tuba, métamorphose totalement le profil sonore du groupe. Depuis la dernière prestation parisienne du groupe, qui date de 2015, le rôle de ce musicien a été nettement renforcé. Il est de mieux en mieux intégré aux compositions, que ce soit par l'insertion de nouvelles mélodies ou de légers détails d'ambiance. De plus, il ajoute à ce délicieux effet qui croit au fil du concert, à savoir une impression que les instruments et les sonorités se mélangent progressivement. Les multiples sons chauds, ronds et longs qui s'entremêlent dans les enceintes sont parfois difficiles à distinguer les uns des autres, ce qui participe à la formation d'un fond sonore tout de velours, où l'auditeur perd ses repères, et se laisse aisément surprendre par l'émergence de nouvelles sonorités. 

Wang Wen entretient de toute façon cet étonnement permanent, comme en témoigne le nouveau morceau - encore anonyme - joué en fin de set. Ce titre est en effet largement soutenu par un son d'orgue tournoyant des plus satisfaisants, ce qui n'avait encore jamais été entendu chez la formation. Ce type de surprise, combiné notamment à l'irruption de screams rageurs sur "Eight Layers of Hell", achève de donner toutes ses couleurs à l'immense palette des chinois. 

Ce dernier exemple fait se poser, une fois de plus, la question du genre de Wang Wen. Il reste malgré tout difficile de les extraire totalement de la famille du post-rock, avec qui ils partagent les lentes progressions et le sentiment hypnotique qui les accompagne, ou encore certains modes de jeu très typiques : rappelons que le leader de Wang Wen joue de sa guitare avec un archer. Le groupe ne se contente toutefois jamais des codes du genre, et en étend sans cesse la portée. Il s'en sert comme une base, constamment enrichie par les nouvelles voies empruntées. Le post-rock est le port d'attache originel de Wang Wen, ce qui ne les empêche pas de voguer en permanence sur des mers inexplorées.

Vous êtes donc tous chaudement invités à ne pas rater le prochain passage des chinois en France. Certes, vous ne comprendrez pas grand chose à ce que vous racontera le frontman, dont l'anglais bien faible laisse entre les morceaux rapidement la place à sa langue maternelle (de toute façon comprise par les trois quarts de la salle), mais vous ressortirez avec la satisfaction d'avoir découvert un groupe qui veut toujours en faire davantage que ce qu'on lui demande. 

Marion


Tracklist :
Reset 
Netherworld Water 
Lost in the 21st Century 
Sweet Home 
Lonely God 
Eight Layer of Hell 
Nouvelle chanson 
(Encore) 
Welcome to Utopia

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