10 février 2018

Chronique | MOURNING FOREST - De la Vermine (Album, 2010)



Mourning Forest - De la Vermine (Album, 2018) 

 Tracklist 

 01. Intro 
 02. Lamentations d'un pendu 
 03. A travers les Yeux du Vide 
 04. Cortège funèbre 
 05. A Dead Sun 
 06. Nourrir les Corbeaux 
 07. Entre Terre et Poussière 
 08. Sombre Charognard 
 09. Outro 

Extrait en écoute 


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Le black metal français n'a jamais été aussi foisonnant que ces vingt dernières années. L'occasion de se pencher sur des labels peu connus qui permettent de découvrir de beaux espoirs. Le second album du groupe Mourning Forest, De la Vermine, signé chez Hass Weg Productions est sorti en 2010. Le groupe toulousain a auparavant sorti en 2009 Au cœur de l'ombre

L'artwork est directement inspiré des Ars Moriendi de l'époque médiévale. Cet opus d'une cinquantaine de minutes nous plonge dans un Moyen Âge teinté de sorcellerie, de crasse et de désolation. 

Passé l'intro, le premier morceau « Lamentations d'un Pendu » nous plonge directement dans un black metal mélancolique avec une mélodie entêtante qui vient contrebalancer des blasts énergiques. Le chant de Balkor est assez traditionnel et écorché ; on pourra lui reprocher de rester monocorde tout au long de l'album. On sent très clairement l'influence des prédécesseurs de la scène black française comme Sacrificia Mortuorum, Sombre Chemin ou encore Seigneur Voland. Preuve en est, le morceau « Nourrir les corbeaux » rappelle énormément « Et autres germes de pourriture... » de Seigneur Voland dans la construction et les rythmiques. 

« Entre Terre et Poussière » se révèle être particulièrement efficace tout en gardant un côté authentique et cru du Black old-school. Le groupe arrive à mélanger subtilement les émotions et la violence, grâce à des compositions équilibrées et classiques. La production est plutôt de bonne qualité ; pour un groupe de black traditionnel, un effort notable a été fait sur le mixage, le résultat final ne donne pas l'impression d'un énième groupe inaudible enregistré au fond de la cave. 

On notera également la qualité des textes, écrits en français, à l'exception du morceau « A Dead Sun ». Ce dernier reste sans doute le plus énergique de tout l'album, à ce point qu'on peut se surprendre à headbanger sur fond d’Apocalypse. 

Les thèmes évoqués par Mourning Forest sont le froid, la mort, la maladie, la désolation et la pourriture qui émanent de cette époque malade. La mort rôde à chaque instant, dans les esprits (le Diable) comme dans les faits (la Peste). Le morceau « A travers les yeux du Vide » ravira sûrement chaque fan de Baudelaire qui sommeille en nous. 

L'album se clôture avec « Outro », un morceau instrumental d'à peine 2 minutes sur fond de guitare, de gouttes d'eau et de couinements de rats. Les effets de ce morceau final auraient à mon goût mérité d'être utilisés tout au long de l'album, histoire de mieux s'immerger dans cette ambiance de cachot humide. 

Bien que la plupart des mélodies soient accrocheuses et efficaces, De la Vermine reste un peu prisonnier de ce côté lancinant (avec des morceaux d'une durée moyenne de 7 minutes) et manque d'une touche personnelle qui empêche Mourning Forest de se démarquer clairement de ses aînés des années 90. Cela ne révolutionne certes pas le genre mais l'album reste tout de même fort plaisant et permet d'assurer la relève dans la scène black underground française, en attendant peut-être la sortie d'un nouvel opus prochainement. 

Les émotions fortes qui se dégagent de l'album sont la mélancolie et le désespoir, reconnaissables par des tremolo omniprésents. La misanthropie, ce dégoût palpable de l'humanité est rappelé par un vocabulaire qui évoque la constante décrépitude de l'homme (vermine, charogne, créature). L'homme est une créature de Dieu, non libre et condamnée à mourir dans le dénuement, la crasse et la maladie. Les seuls survivants ne sont que des cadavres ambulants, des êtres en putréfaction qui tiennent compagnie à des corbeaux et des rats. La mort se cache dans tous les détails, elle devient indissociable de la Peste qui emporte tout sur son passage ; voilà ce que j'arrive à ressentir avec De la Vermine. Le groupe réussit son pari de rester fidèle au concept de son album. 

 M
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