28 janvier 2018

Chronique | DirtyCreed - Bleeding Isle (Album, 2017)


Tracklist

01. Riverside
02. Race the Sun
03. Hysteria
04. Quantum
05. The Architect
06. Scarborough Fair
07. 92
08. Now I Know What We Saw Was Just Silence
09. A Black Reply
10. Toward the Failing Sun


Extrait en écoute



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DirtyCreed est le projet solo de Filth (Jiangnan Zhang) de ObscureDream, groupe de black metal chinois. Bleeding Isle est le second album du groupe (après une longue absence depuis 2012) signé chez Pest Productions, label chinois de metal extrême mais également de Neofolk/Ambient. On a affaire ici à du Neofolk mélancolique à souhait.  
L'album commence avec «  Riverside  », qui reste sans doute ma chanson préférée de l'album. La voix de Jiangnan Zhang est caverneuse à souhait mais jamais plaintive et nous entraîne dans sa chute fatale. En cela, elle ne ressemble à aucune autre. On retrouve donc le combo guitare sèche/piano pour l'accompagner. Voici un extrait des paroles :    

« It's not the right time   
Maybe   
Cross the river   
I'll arrive   
This conclusion    

Symmetric time   
Sleep like the dead   
Is a better way to forget   
Hear the sound drifting »   

Là où le DSBM nous enfonce habituellement dans la noirceur la plus totale, la puissance du Neofolk arrive à sublimer la souffrance. La mélancolie présente tout au long nous prend aux tripes et le désespoir est bien palpable. Aucune issue n'est proposée, à part peut-être le mince espoir d'une traversée de l'océan. Les paroles se focalisent surtout sur la fuite en avant et le peu d'espoir qui se profile à l'horizon.   

« Hysteria » est quant à lui un morceau qui va crescendo avec une voix chuchotée. Le piano devient plus nerveux, violent tout en restant maîtrisé. Ce n'est sans doute pas le morceau le plus marquant de l'album, mais il est à son image, épuré et chargé d'émotions.   

On notera également la surprenante reprise de "Scarborough Fair", ballade anglaise du XIXème siècle reprise par maints artistes au fil du temps (surtout popularisée par Simon & Garfunkel), qui sonne là comme un véritable hymne Dark Folk et s'intègre parfaitement à l'ensemble. D'apparence légère, cette ballade se retrouve ici emprunte d'une gravité sans nom.  

«  The Architect  », autre chanson phare qui se démarque de l'album par ses boucles de piano successives est absolument sublime, on se laisse submerger par un flot d'émotions, c'est l'océan de cette île qui nous emporte. Le refrain est lancinant, on le retient tout de suite. Sans être pop, les mélodies sont agréables et faciles à retenir.   

« 92 » est une piste purement instrumentale, elle intervient au bon moment dans l'album, histoire de prolonger cette sensation de mal-être. L'alternance entre la délicatesse du violon et la fragilité du piano annonce que la chute n'est jamais très loin.    
À noter que les deux morceaux instrumentaux que sont « 92 » et « Toward the Failing Sun » ponctuent l'album et permettent de souligner une évolution. En effet, au fil des morceaux, la musique devient plus épurée, pour conclure l'album uniquement sur des notes de piano, de façon à s'enfoncer un peu plus vers les profondeurs en silence.   

Le titre de l'album est donc à l'image de cette œuvre et surtout une personnification de son créateur, un individu recroquevillé sur lui-même, en pleine souffrance. Le concept de l'album invite surtout à l'introspection, à l'étude de la souffrance de son moi intérieur et dégage aussi une sorte de romantisme noir.   
Dans l'ensemble, l'album est homogène, les mélodies sont simples (sans être simplistes), et efficaces. On peut le ranger volontiers aux côtés de RomeDarkwood ou Death in June. Ne connaissant pas ce projet à la base, je dois dire que je suis agréablement surprise du résultat, l'absence de 5 ans entre les deux albums fut salvatrice et a donné lieu à cet album abouti et maîtrisé. J'aurais cependant apprécié de retrouver dans cet album la présence d'instruments traditionnels chinois, qui aurait pu apporter une dimension plus personnelle au projet.  

Avec ce projet solo, DirtyCreed s'aventure sur d'autres terres que celles du metal extrême pour n'en garder que des émotions brutes. À écouter au bord de la mer, près d'une falaise, par temps gris et pluvieux. 

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M

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