7 décembre 2017

Live Report | ZIHENG WANG (王子衡), RUÒ TÁN (若潭), SCATTERED PURGATORY (破地獄), LI JIANHONG (李劍鴻) et IZ @ Pékin, 28/11/17


Veille de départ, le meilleur moment pour se perdre dans les ruelles pékinoises et aller à un concert de Noise. Le concert a lieu dans une petite salle, qui fait aussi bar, disquaire, vidéo club et propose une mini bibliothèque, le tout perdu dans le renfoncement d'une cour.
L'affiche de ce soir annonce du Free Jazz / Noise avec Ziheng Wang (王子衡), du Drone Metal / Noise / Tribal avec Ruò Tán (若潭), du Krautrock / Drone Metal taïwanais avec Scattered Purgatory (破地獄) de la Noise / Improvisation avec le guitariste Li Jianhong (李劍鴻) et de la musique Noise industrielle avec IZ.

Le temps de montrer mon billet, je me fais tamponner la main à l'encre invisible. Les allées et venues du public décourageront d'ailleurs assez vite la personne qui vérifie à la lumière noire chaque entrée. La salle se remplit petit-à-petit, ça va du blackeux au sweat Lifelover au Jazz Man sorti du siècle dernier.


 Ziheng Wang (王子衡)

Le concert commence avec Ziheng Wang (王子衡), un saxophoniste solitaire qui va se lancer dans une improvisation de près d'une demi-heure. Les lumières dorées accompagnent l'instrument. Le musicien alterne moments Noise limites Harsh Noise avec des temps lents et mélancoliques qui ne dénoteraient pas d'un répertoire classique. Le Free Jazz de Ziheng Wang (王子衡) est un voyage entre des paysages sonores d'une extrême douceur à une extrême violence sonore.

La prestation s'arrête avant la lassitude de ses jams improvisés, et on espère le voir monter sur scène accompagner certains des artistes suivants. Un moment qui arrivera en cette fin de soirée.





Li Jianhong ( 李劍鴻)

S'en suis non pas Ruò Tán (若潭) comme annoncé sur l'affiche, mais le guitariste Li Jianhong ( 李劍鴻) qui monte sur scène, ce dernier devant partir plus tôt que prévu. Si vous suivez mes voyages dans l'underground chinois vous avez pu lire ma chronique de son album « 1969 ». Le musicien est un pionnier de la scène expérimentale noise chinoise, c'est donc dix ans d'expérience et d'expérimentation qui s'offrent à nous. Li Jianhong ( 李劍鴻) se lance lui aussi dans une prestation improvisée, mais s'éloigne des chemins Jazz précédemment explorés. Ses notes peignent une ambiance psychédélique et délicate qui invitent à la contemplation. Cette atmosphère explorent autant les cieux éthérés que des moments noirs et introspectifs typés Dark Ambient.

La soirée s'installe au son des notes qui deviennent de plus en plus noires et obscures...




 Ruò Tán (若潭)

Sur l'écran est projeté l'artwork en noir et blanc de Stone, le second album de Ruò Tán (若潭). Il représente une impression de pierre sur papier, le symbole est librement inspiré des symboles chinois archaïques. Si sur album Ruò Tán s'occupe de tous les instruments, sur scène il est avec une table de mixage où sont samplés les différents instruments classique du Metal. Sur scène reste les instruments tribals et chamaniques chinois. Un micro est aussi disposé, et sur la table de mixage se trouvent des ossements d’animaux et des instruments. La prestation commence sur des percussions et un léger tintement de bol tibétain. Il jouera l'album en intégralité en changeant quelques passages, plus longs, languissants et bruitistes. La musique est un mélange de Black Metal, Drone et de musique tribale inspirée des rituels chamaniques du Nord de l'Asie. Les moments Dark Ambient oscillent avec des passages Noise plus nerveux. Les atmosphères Black Metal sont là aussi, remixées en live pour s'approcher de la Noise. Des bruits naturels de vent se font entendre. L'atmosphère se fait ritualiste, le chant s’élève, lugubre, l'inspiration d'Enemite (怨- Enmity) se retrouve. Les lumières vacillent, le bleu qu'elles projettent est froid. La performance durera une trentaine de minute sans interruption, Ruò Tán utilisant à la fois la table de mixage et les instruments disposés devant lui.




Scattered Purgatory (破地獄)

La suite nous vient de Taïwan avec Scattered Purgatory (破地獄). Après un premier opus 稗海遺考 qui m'avait transcendé, un second album introuvable et un troisième opus qui m'avait plutôt laissé dubitatif, j'en attendais beaucoup. Le duo projette des images de leur nouvel et quatrième album, ​Sua​-​Hiam​-​Zun ( 山險峻). On retrouve un claviériste et un bassiste, les premières notes sont éthérées. Le côté tribal des premiers opus est atténué, l'esprit Krautrock est encore là mais la démarche est plus ambiancé. Je découvre le nouvel album devant moi, plus doux et onirique. Les lumières se font plus tamisées, une atmosphère nocturne nous enveloppe. Scattered Purgatory (破地獄) joue entre ambiance Noise et psychédélique, le tout dans une démarche Drone, le bassiste alternant entre son instrument et la table de mixage.

Le duo est à découvrir autant sur scène que sur album, leur musique arrivant à créer un moment intimiste de rêverie dans une salle autant que chez soi.





IZ

Si dans les années 90's la neige de ta télé pouvait faire de la Noise industrielle, ça donnerait IZ. Le duo s'installe avec une machine à percussions qui se rapproche plus du ventilateur que de la batterie. Ça va être violent et le sol va littéralement trembler sous les coups donnés sur la machine. La basse est une version Harsh Noise de Motörhead. Cette violence devient une forme de catharsis après une date aussi contemplative.

Une conclusion qui aurait pu être parfaite, mais qui est une fausse conclusion.





Au lieu de commencer à désinstaller, on voit arriver tous les autres musiciens avec leur matériel. Ziheng Wang (王子衡), Scattered Purgatory (破地獄) et Ruò Tán (若潭) arrivent sur scène et ils commencent à se lancer dans une improvisation. Une improvisation qui durera plus de 45 minutes. Les moments de pure création seront parfois long.. trop longs, mais d'autres vraiment prenants, comme le passage où Ruò Tán (若潭) jouera sur des ambiances tribales et les percussions reprises par la machine de IZ qui leur offraient une dimension et une puissance nouvelle. Il est assez compliqué de s'arrêter sur tel ou tel moment tant une telle performance est dense au niveau émotionnel et musical. Les interactions sont riches entres les musiciens et les murs de sons écrasants, physiquement. Le public se fait de plus en plus clairsemé, l'instant ne semble jamais vouloir se finir.





Il est une heure du matin passée quand le set prend fin. Il est temps de retourner dans le froid urbain. On quitte la ruelle, et une vielle femme fait brûler du bois au milieu de la rue. Une image qui illustre toute cette soirée à elle seule. Demain même heure on foulera de nouveau les terres européennes. Jusqu'à la prochaine fois...

Auteur: Morgan
Photos: Eléna P.

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