26 juillet 2017

Chronique | ACEDIA MUNDI - Speculum Humanae Salvationis (album, 2017)


Acedia Mundi  - Speculum Humanae Salvationis

Tracklist:

01. Spreading Venom in the Hearts of Children
02. Ab-Jection
03. Deconstructing My Soul
04. The Saddist Is The Saddest
05. From Sodom To Magog
06. Ceux qui Marchent
07. Nos Qui Non Electi Sumus...
08. ... Sumus Fex Dei



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Acedia Mundi est un projet fondé en 2013 mais qui n'est réellement sorti de l'ombre qu'en 2016. Les musiciens annoncent un premier album nommé Speculum Humanae Salvationis la même année, un format CD chez Throats Productions et une édition cassette désormais épuisée chez Narbentage. Le groupe nous vient de la scène parisienne et délivre un Black Metal moderne et malsain, dont l'aspect technique sert l'énergie crasse et l'aura macabre que les Parisiens veulent donner à leur musique. 


Les thématiques qui alimentent les visuels signés Pontifex Maximus ainsi que les textes éloignent l'album des idéologies et discours habituels qu'on trouve fréquemment dans le Metal extrême. On constate en effet souvent que l'aspect transgressif du satanisme est épuisé depuis un certain temps et ne demande plus aucune implication de la part de nombreux auditeurs. Critiques de ce fâcheux manque d'inspiration, Acedia Mundi dissèquent la détresse et les affres de la nature humaine, ses penchants autodestructeurs et immoraux sous un prisme de nature plus psychanalytique, entre débauche, bestialité et surréalisme. Le fait d'avoir choisi un visuel pour chaque format permet d'insister sur cet aspect de leur univers, celui des bas-fonds de notre condition, du rejet de soi aux cellules d'internement psychiatrique.

Dans cet esprit, la pochette du CD représente une étrange créature cyclopéenne difforme au regard à la fois intimidant et calculateur, peut être le reflet symbolique de celui qui la contemple. Celui de la cassette est beaucoup plus explicite puisqu'il met en scène un rituel d'automutilation: le constat demeure le même, une démence omniprésente. 

Dans le domaine proprement musical, Speculum Humanae Salviationis s'avère également rafraichissant, et recèle un certain nombre de surprises. On note une complexité rythmique dont les ruptures de tempos nous prennent au dépourvu. À travers un véritable mur  saturé de dissonances en tout genre typiques du Black Metal le plus moderne, l'auditeur navigue aisément entre la fureur et un apaisement relatif, se laissant aller à de véritables orgies de lourdeur dont l'album est parsemé. Cela montre une bonne maitrise technique de la part du quartette, capable de décliner ses talents sans nous infliger un catalogue d'influences comme c'est souvent le cas dans les premiers albums. Speculum Humanae Salviationis bénéficie en effet de compositions bien ficelées: le groupe ne fait pas dans l'originalité la plus folle mais a tout de même de très bonnes idées à proposer en un tout cohérent. 'From Sodom To Magog' est l'une des illustrations les plus convaincantes selon moi de cette identité du groupe, à cheval entre un Black Metal brutal et une patte plus expérimentale alliée à une appétence pour les sonorités agonisantes et malsaines, qui atteignent leur paroxysme dans la dernière partie du morceau. 

L'introduction rassemble à elle toute seule les éléments composant ce premier effort studio, les arpèges dissonants faisant place au chaos et aux chants aliénés par des psychoses. Acedia Mundi ne rechigne pas à incorporer des mélodies diffuses, accrocheuses et tragiques à la fois comme sur l'excellente piste intitulée "Nos Qui Non Electi Sumus...". Au milieu de tout cet acharnement de démence et de cruauté, le groupe dresse un sombre portrait de notre condition à travers  des textes déclamés en anglais, en latin et en français. 'Ceux qui Marchent' m'a particulièrement marqué ne serait-ce que pour la beauté de ses paroles et la sincérité qui se dégage de la manière dont elles sont hurlées. 

Speculum Humanae Salvationis est un album que l'on peut aisément qualifier de mature, ne sacrifiant pas l'intensité et l'efficacité aux expérimentations et au chaos, malgré d'incessantes variations. On ne demande qu'à entendre la suite, et à voir le groupe faire ses premiers pas en live.

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T.

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