25 juin 2017

GHOSTEMANE, le prodige du rap extrême.


Cas complexe que celui de Ghostemane. Jusqu'ici on a vu un sacré paquet de mecs qui puisaient leurs influences de partout, Ghostemane fait évidemment de même, mais en sélectionnant le plus sombre qui soit. Venant de l'Horrorcore (nous en reparlerons) mais plus que ça, du Black Metal, le gus se présente avec des t-shirt DeicideBathoryGhostBurzum, Full Of Hell et autre. Et ses influences, au contraire de ce cher Elmo pour qui les influences extrêmes ne ressortent que très peu, sont très marquées dans ses musiques, c'est ce qui rend le bonhomme intéressant.

Replaçons un peu les choses tout de même. Ghostemane, n'a pas percé en solitaire, mais bien en trio, avec un projet (maintenant relativement connu) d'Horrorcore nommé SchemaPosse. A l'époque accompagné de JGRXXN et de l'excellent LiL Peep (dont malheureusement nous ne parlerons pas dans cet article, je vous laisse aller chercher), c'était un rap très anxiogène, très sombre et occulte qui était proposé. 

Maiiiiis tout comme son acolyte LiL PeepGhostemane se sépare (début 2016) de SchemaPosse pour consacrer tout son temps à son projet solo (même si il semblerait que JGRXXN ne soit pas si gentil que ça et que ce fut une des raisons de leur séparation). Faut dire que, rien que cette année (2016), le mec a quand même sorti 2 EP et 3 albums. Également relativement important à savoir, il fait tout lui même, et ça inclut évidemment la prod.


(Dessin de N.M)


C'est ça qui est fort chez Ghostemane en fait.
Au contraire de mecs comme Bones ou $uicideboy$ qui (la plupart du temps) utilisent des prods de beatmakers externes à leur projet, lui fait tout lui même, et arrive du coup bien mieux à faire ressortir toutes ses influences. Et ça marche aussi pour son esthétique, qui pour le coup, correspond à 300 % à celle du Black Metal. Des logos/titres plus qu'inspirés de l'imagerie de Darkthrone jusqu'au clip ritualiste, c'est un univers très très sombre que dépeint Eric (de son petit nom).

Le souci avec ce cher Ghostemane c'est que chaque production est intéressante, et que parler de toutes ses sorties en détail me prendrait beaucoup trop de papier. On va plutôt tenter de faire un tour global en s'arrêtant sur un album complet, puis quelques titres en particulier. Sachez juste que le gus a du matos sous le coude, et que vous aurez quelques heures d'écoute avant d'arriver au bout de toutes ses sorties.

Plagues (2016) :


Tracklist:

01. Intro.Discourse
02. Plagues
03. Until The Light Takes Us
04. Lady Madini
05. Axis
06. Andromeda
07. GodHead
08. Rapture
09. Cult Of Thoth
10. Wishers Lose Copper Dreamers Lose Everything 
11. Euronymous
12. PLague DrMask II
13. Wretched ft. Rozz Dyliams 


Ce qu'il vous faut déjà savoir sur Ghostemane, c'est qu'il a un style de chant très particulier. Alors bien sûr on aura du rap plutôt « typique » qui me rappelle beaucoup la voix parfois rampante de $crim , mais aussi beaucoup de chant (souvent en backing vocals) extrême. Mais ce qui est réellement exclusif chez Ghostemane c'est cette espèce de rap crié, bien aigu, une sorte de chant lyrique mais très très bien maîtrisé, qui peut néanmoins rebuter un peu au premier abord. Il y a un côté très malsain dans ce chant qu'il utilise une grande partie du temps, ça colle totalement aux prods occultes qu'il nous pond sur chaque titre.

Parlons en de ces prods. J'en ai déjà un peu parlé avant, mais c'est lui qui fait toutes ses instrus (sauf pour certains tapes où c'est un autre Beatmaker qui fait le tout), et il y plonge ainsi ses influences. Des parties inattendues grindcore/black metal (Je sais pas trop comment classer ces écarts dans ses musiques, c'est extrême et bruitiste) qu'on retrouvera dans « Axis », aux touches horrorcore plus que nettes qui ponctuent la totalité de ses titres avec une intensité particulière à chaque fois, Ghostemane fait un condensé des styles les plus horrifiques/extrêmes dans leurs imageries pour pondre un cloudrap/phonk/horrorcore/jesaispasquoi vraiment particulier.

Et ce qui est encore plus intéressant, c'est de s'intéresser à la manière dont il fait varier cet univers sur les différents titres. On pourra notamment aborder la track "Euronymous" plutôt adaptée au sujet de ce dossier. C'est relativement flagrant, le titre est un hommage a Euronymous de Mayhem (un des groupes les plus célèbres de la première vague de Black Metal Norvégien, pour ceux qui seraient un peu perdus). Cet hommage ce manifeste dans le clip par du corpsepaint et des scènes rituelles, on parle d'anté-christ, de « satanic worship » et autre incendies d'église… et aussi une outro Black/Noise mélangée a un beat hypnotique, le tout sublimé par un travail sur les voix absolument dingue. Tout comme $uicideboy$ (pour ne citer qu'eux), le gus pratique les clips épileptiques, avec de multiples images enchaînées rapidement, et également des changements de couleurs aussi aléatoires qu'hypnotique, le tout produisant un clip aussi sombre qu'étrange.

 

Dans un tout autre style mais du même niveau de noirceur, on a « Plague DrMask II » et son côté gangsta année 90 bien old school, agrémenté d'un « PUT EM IN A HOLE IN THE GROUND » violent et de ses basses écrasantes. J'avais également cité « Axis » qui m'avait marqué pour les deux parties grind/black inattendues, et surtout "Andromeda" pour son schéma musical plutôt étrange mais très efficace. Les trois quarts du titre sont relativement calmes, avec un chant grave, de lentes mais très lourdes basses, et les mêmes paroles répétées jusqu'au bridge « This World is a school, no one expects to stay in school forever ». C'est ici que commence réellement le titre, avec ce rap chanté puissant et occulte, et une outro au chant extrême encore une fois très maîtrisée.

« Sever the limbs off my torso and burn what remains 


Shouts out to Coheed I would not be alive if I gave in to one of the times that I wanted to be 6 feet deep beneath all of our feet 
I've given up on giving up I found a reason to be in hopes you will deify me 
I'm sick of writing I would rather be in Andromeda that way it would take a billion years for you to find me


Candle wax burns on her back in the shape of a pentacle »

 Un titre dur à décrire, à l'ambiance plutôt triste malgré ce côté ésotérique omniprésent.






Le reste des titres dont je n'ai pas parlé sont également très intéressants, poussant parfois le son vers le tribal (« Godhead », pour ne citer que celle ci). On sent une volonté profonde d’expérimentation chez Ghostemane, et ce aussi bien dans son esthétique que dans ses productions musicales. On notera aussi un excellent feat avec Rozz Dyliams sur « Wretched ». Toujours plus vers l'extrême et le malsain, c'est précisément ce qu'on cherche ici, et les multiples influences d'Eric seront ici utilisées à cette fin.

Avant de terminer ce petit article sur ce cher Ghostemane, je tiens à aborder rapidement quelques titres extérieurs à Plagues. « Leprosy » par exemple, encore un hommage plus qu'évident (à Chuck Schuldiner, de Death), avec cet espèce de percussion « exotique » complètement pétée qui donne au titre une tournure tribale marquante. Également un flow monstrueux sur la deuxième partie du titre, toujours avec ces basses hypnotiques. En troisième et dernier hommage il y a aussi le titre « Venom », avec une fois de plus un flow juste incroyable avec ce rap chanté très particulier. 


Je finirai par parler de « Seppuku », parce que pour le coup c'est un titre très particulier. Non seulement on y retrouve $crim et Ruby ($uicideboy$) pour un feat absolument démoniaque niveau Cloud Rap,mais on a aussi JGRXXN en outro avec un verset particulièrement typé horrorcore. Bon, évidemment, un retrouve un Ruby absolument dingue, avec des lyrics particulièrement gores et occultes, « copié » par $crim qui aligne lui aussi un flow remarquable. Ghostemane finira le tout par une envolée superbe, débitant à une vitesse impressionnante, sublimant un enchaînement de voix occultes très puissant. La collaboration de ces 3 artistes (4 avec le hook de JGRXXN) a vraiment produit ce qui doit être un des titres les plus sombres et perchés du genre, sans aucun doute le premier à checker pour vraiment découvrir le monde musical de Ghostemane.


Concluons. Quand j'ai découvert $uicideboy$, j'étais un peu impressionné de voir à quel point le rap pouvait pencher dans l'extrême. Mais alors quand j'ai découvert Ghostemane, c'était un tout autre cataclysme.

Plus que de puiser de "simples" influences dans le punk comme Ruby, Ghostemane mélange carrément Cloud Rap et Black Metal pour nous proposer une des musiques les plus malsaines (en tout cas aux sonorités électroniques) que je connaisse. Son univers est sombre, teinté d'occultisme, de parties metal extrême, de basses écrasantes et de sons toujours plus hypnotiques. J'ai carrément envie de me dire "mais c'est génial, ce mec à tout compris". Mais pour aller encore plus loin dans le concept, il manque de sévères parties bien extrêmes, réellement Black Metal, que ce soit aussi bien en sample qu'en composition totale.



Rendre le style encore plus incisif, encore plus jusqu'au-bout-iste, c'est ce qui manque pour moi à Eric aujourd'hui. Néanmoins, ce ne sont que de légères critiques. Ce qui est sûr c'est qu'il n'a sûrement jamais pris de meilleure décision que de se lancer dans un projet solo, se faisant aujourd'hui connaitre aussi bien dans la scène recluse du Cloud Rap que dans les sphères de la musique extrême. De toute façon, il ne s'arrêtera pas de produire de si tôt, il y'a d'ailleurs d'or et déjà plusieurs EP et albums annoncés, alors on espère réellement que Ghostemane s'enfoncera dans l'expérimental, encore plus qu'il ne l'est aujourd'hui.

DopeLord

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