18 juin 2017

Chronique | $UICIDEBOY$ - "Eternal Grey" (Album, 2016)



$uicideboy$ - "Eternal Grey" (2016)

Tracklist :

01 - BREAKDALAW2K16 (feat. Pouya)
02 - Say Cheese And Die
03 - Eclipse
04 - Chariot Of Fire
05 - I Want To Believe
06 - Uglier (feat. Da$h)
07 - Water $uicide (feat. Chris Travis)
08 - Elysian Fields
09 - 275 $uicide (feat. Yung Simmie)
10 - Lucky Me
11 - It's Hard To Win When You Always Lose
12 - O Pana!
13 - Ultimate $uicide (feat. Denzel Curry) 
14 - Leave Your Things Behind II 


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Bon. Alors oui, je sais, j'ai déjà looonguement abordé les deux énergumènes de la Nouvelle Orléans dans un précédent dossier et j'avais également grandement parlé de leur tendance à l'expérimentation extrême. Et ce aussi bien au niveau de l’esthétique que musicalement, les deux allant souvent ensemble pour Ruby et $crim.


Mais si je reparle d'eux c'est pour une raison bien précise et bien dans le cadre de cette chronique. Ayant déjà longuement annoncé une sortie pour le 11 septembre (« Grey Day » comme ils l'appellent. Ils ont évidemment bien choisi leur jour), les deux cousins nous ont lâché une espèce de bombe comme ça, pour la 6ème fois cette année. Après le très bon Radical $uicide en juillet, c'est donc en septembre qu'est sorti Eternal Grey.

D'apparence, c'est un album assez commun dans leur disco, avec une couverture en « collage » en noir et blanc, un truc très épuré et sobre, avec les deux chanteurs et des éléments assez habituels à leur univers. Sur ça, y'a rien à dire, c'est la marque de fabrique une fois de plus.

Mais alors musicalement.. Le duo prend une toute autre envolée. On commencera avec un timide "BREAKDALAW2K16" (feat. Pouya), mais on se retrouve très vite dans des titres incroyablement extrêmes sortis de nulle part. C'est ici la principale force d'Eternal Grey par rapport aux 29 mixtapes qui l'ont précédé. C'est un « game changer », un album qui marque un sérieux tournant dans tout ce qui est expérimentation extrême de la carrière de $uicideboy$, et avec une répercussion potentiellement plus étendue sur le genre entier. 
 Et je ne parle pas que du fait qu'ils utilisent des voix typées extrêmes sur plusieurs titres comme "Ultimate $uicide" ou le (déjà) très fameux "I Want To Believe". L'extrême, l'avant-gardisme du truc, on le trouve partout. Des prods encore plus angoissantes et soignées que d'habitude aux délire vocaux totalement aléatoires (mais efficace) de Ruby, les mecs développent tout au long de cet opus une musique d'un nouveau style. Doit-on appeler ça « Shadow Rap » comme ils le font eux-mêmes ? Ou bien une autre appellation du type « trillwave », qui est aussi régulièrement utilisée ?

Quoiqu'il en soit, les mecs fixent clairement leur ligne musicale. Mais attardons nous sur quelques morceaux importants de cette tape. Alors évidemment, "I Want To Believe". Comme tout le monde, j'ai été très très étonné à la première écoute de ce titre pour le coup très singulier. Au beat déjà très énervé et aux basses juste pachydermiques, les couplets des deux cousins sont séparés en deux parties bien distinctes. Un cours texte en voix claire, et une grosse partie du texte en scream très très puissant. Même Scrim en chant extrême, c'est la première fois de toute la disco (à moins d'un oubli) que j’entend ça, et malgré une technique plus timide qu'un Ruby déchaîné, $crim suit sans peine son cousin.

Est aussi à noter l'excellente "O Pana!" et son clip direct mais singulier. En dehors du fond vert qui part dans tous les sens, c'est surtout l'attitude adoptée par les deux cousins qui est importante, qui caractérise vraiment le duo. Une volonté jusqu'au-boutiste, enchaînant toutes sortes de drogues, faisant régner une déchéance ambiante dans une musique déjà très percutante. Et à cela suivra évidemment la prod entraînante avec son violon linéaire mais parfaitement approprié à cette idée de dépravation, mais aussi le flow toujours bien précis de Ruby accompagné de basses qui se font plus discrètes que sur certains titres.




Mais le plus gros titre pour moi sur cet album, c'est clairement « Chariot Of Fire » et ce pour une raison bien précise : LE COUPLET DE RUBY (et oui). Bon, il est cependant utile de dire un mot de l'espèce de prod (une fois de plus) démentielle, avec encore des violons désaccordés, mais surtout ces cris et chœurs prenant, qui ponctuent toute la musique. Puis vient Ruby, son couplet et ses techniques vocales infinies. On passera de cris lyriques aléatoire à screams extrêmse, en n'oubliant pas certaines phases plus « débiles » ou « enfantines » qui ajoutent encore une fois à la technique de Ruby cette qualités indéniables : quoi qu'il tente, le mec donne une cohésion impressionnante à l'ordre des vocaux utilisés. A écouter, encore et encore, niveau expérimentation vocale, y'a aucun autre titre qui n'arrive ne serait-ce qu'au doigt de pied de « Chariot Of Fire ».

Je finirai sur le fameux feat qui a fait énormément de bruit avant que l'album sorte. Premier preview de cet opus, « Ultimate $uicide » en feat avec Denzel Curry, servait surtout de préparation pour ce qui allait arriver avec l'album entier. On part avec un Ruby très extrême encore une fois, exécutant une sorte de crescendo jusqu'au « scream extrême », sur un beat typé trap avec encore une fois des basses incroyables. Evidemment c'est Curry qu'on attendait sur cette track, et lui et son flow survolté ne déçoivent pas, une fois de plus.

Eternal Grey est un opus incroyablement compliqué à décrire. "Extrêmement" (c'est le cas de le dire) novateur, percutant et toujours plus enragé dans leur volonté de pousser leur délire au maximum, les deux rejetons de la Nouvelle Orléans livrent avec cet album une véritable pépite d'expérimentation. La suite, on la connait déjà, un plus lumineux "I No Longer Feel The Razor Guarding My Heels III", une nouvelle et excellente collaboration avec Germ, mais également 5 nouveaux opus pour la Kill Yourself Saga. Les $uicideboy$ travaillent d'arrache pied pour nourrir ce besoin d’extrémisme, d'avant-gardisme, se propulsant tout en haut de la scène au même titre que l'excellent Bones. Leur ascension vers les précurseurs du style est achevée, maintenant reste à savoir jusqu'où cette ascension ira, et surtout jusqu'à quel moment est ce que l'expérimentation va rester aussi bien maîtrisée. Mais je ne m'inquiète pas trop, Ruby et $crim ont sûrement de quoi pousser plus loin, explorant les abysses sombres et étroites du (Cloud) Rap, un genre que j'aurais personnellement jamais pensé possible de s'enterrer aussi profondément dans les musiques extrêmes.

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Dopelord 
 
  




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