28 juin 2017

Chronique | TOTER FISCH - "Yemaya" (Album, 2017)


Toter Fisch - Yemaya (Album, 2017)

01. Prologue
02. Rise The Black Flag
03. Back To Nassau
04. Another Sunset
05. Waiting For The End
06. Maelstrum
07. The Legend
08. Mami Wata
09. Cursed
10. Undead Crew
11. Dancing In The Fog
12. Epilogue

Extrait en écoute :



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Aujourd'hui, parler de Pirate Metal est un non sens puisque ce terme désigne non pas un style de musique mais bien une thématique abordée. Si les pionniers du genre, Alestorm, sont revendiqués comme tel, il serait particulièrement réducteur de qualifier un groupe selon ses sujets favoris. Avec Toter Fisch, (comprenez 'Poisson Mort' en allemand, et si vous ne voyez toujours pas, regardez mieux le logo!) nous ne sommes donc pas en présence de Pirate Metal, mais bien d'une musique hybride, mélange entre Death Metal (avec notamment le chant), un côté Folk renforcé par l'utilisation d'un accordéon acoustique (et non pas samplé) et d'orchestrations, le tout saupoudré de touches de Black Metal qui rappelleront Finntroll dans l'esthétique. Vous l'aurez compris, difficile d'associer le groupe à un courant, mais c'est justement tout l'intérêt. Les différents membres de la formation ont su mettre en commun leurs univers musicaux pour enrichir les compositions et ainsi apporter une diversité sonore dans leurs compositions. 

L'heure est venue de mettre de côté vos a priori sur l'aspect "pouet pouet" de tout ce qui parle de piraterie. Toter Fisch est là pour nous le prouver. Car bien loin de la chopine de bière, des gonzesses dénudées et des thématiques bien lourdes et beaufs trop souvent abordées, le groupe a d'ores et déjà fait ses preuves avec un premier EP, "Blood, Rum & Piracy", sorti en 2015 et sur lequel nous avions déjà porté notre attention (retrouvez l'article à ce sujet ici). Celui-ci fut suivi d'un EP 100% acoustique en 2016, "Bottom Up Treasure". Début 2017, le navire des Français refait surface avec cette fois un long-format intitulé "Yemaya".

Yemaya est d'ailleurs mise en avant dès la pochette. Le nom réfère à une divinité aquatique dans la croyance religieuse Yoruba, une religion africaine. Aussi nommée Mami Wata dans le culte africain Vodoun, ce personnage est majoritairement représenté comme une belle femme puissante et généralement accompagnée d'un serpent. Certaines représentations la mettent également en valeur sous la forme d'une sirène. Elle est connue pour attirer les marins vers son royaume paradisiaque dans lequel ceux-ci s'assagissent et acquièrent une nouvelle spiritualité plus riche. Sa légende comporte beaucoup de similitudes avec Calypso, nymphe aquatique de la mythologie Grecque. Pour rejoindre le thème de la piraterie, Yemaya est représentée sous forme humaine dans le deuxième et troisième film de la série "Pirate des Caraïbes", au travers du personnage de Tia Dalma. 

Pour revenir sur la pochette et la partie physique du produit, on sera très agréablement surpris par le soin accordé à la finition. L'album est présenté sous la forme d'un digipack bien fini avec un livret de pas moins de 16 pages, illustré de photos et de textes. Pour une première production, l'attention apportée aux détails n'est pas systématique, elle est donc à relever ici !

Musicalement, on note une véritable progression tout au long de l'album, étroitement liée aux paroles. Car le travail d'imprégnation dans l'univers maritime ne se limite pas qu'au thème. "Yemana", c'est une épopée complète, conté d'un bout à l'autre de l'album. L'unité structurelle créé par le développement d'une histoire autour de laquelle vont s'agencer différentes ambiances musicales est un véritable atout dans cet album. On ressent une recherche de cohésion et un travail autour du concept qui amène à un rendu raccord de bout en bout. 

Si on observe "Yemana" de bout en bout, on note une véritable production dans la musicalité : les débuts sont très festifs, rappelant l'univers de 'Nassau', alors capitale de la piraterie. S'ensuit avec le début de l'épopée une progression vers une musique plus violente, et un style Death Metal bien plus prononcé, illustrant parfaitement les différentes épreuves et combats des héros de l'histoire. Enfin, les dernières pistes de l'album amènent à une musique plus sombre et mélancolique, se concluant sur un prologue qui s'achève avec douceur et sobriété, sans aucunement brusquer l'auditeur vers une fin bâclée. 

La qualité musicale est au rendez-vous, la musique au service du texte, l'expression musicale d'une histoire. On pourrait presque dire que l'épopée est contée sous deux langages différents, par le chant, et par l'instrumental. 

Un grand bravo à la formation Tourangelle pour (enfin) proposer un album de musique Folk véritablement travaillé et avec une musicalité de qualité, surplombée d'une histoire cohérente. Un excellent cru pour 2017, et un must-have pour les inconditionnels du genre.

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W.G.


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