26 juin 2017

Chronique | NOKTURNAL MORTUM - "Verity" (Album, 2017)


Nokturnal Mortum - "Verity" (Album, 2017)

Tracklist: 

1.   I’ll meet you in ancient darkness (intro)
2.   Molfa
3.   With Chort in my Bosom
4.   Spruce Elder
5.   Song of the Snowstorm
6.   Wolfish Berries
7.   In the Boat with Fools
8.   Wild Weregild
9.   Lira
10. Black Honey
11. Night of the Gods
12. Where do the Wreaths Float Down the River ? (outro)

Extrait en écoute:



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Huit ans, c’est le temps qu’il aura fallu aux Ukrainiens de Nokturnal Mortum, dont la réputation dans le milieu du Black Metal n’est plus à faire, pour enfanter la suite du fameux "Voice of Steel". 
 A l’origine prévu pour « cet hiver » (qui fut fort long comme dirait l’autre), l’album tant attendu sort finalement courant mai 2017. C’est avec une fébrilité non dissimulée que j’attendais ce moment, et il faut dire que je n’ai pas été déçu.


L'album nous est livré dans un somptueux Digibook, dont l’artwork principal a été peint par Necrolord, géniteur d’une bonne partie des tueries visuelles du Black Metal des 20 dernières années,  contenant les paroles de l’album en Anglais et en Ukrainien, le tout agrémenté de photos du groupe et de peintures de fort bon aloi.

Après le virage folklorique entamé avec "Weltanschauung" et les influences à la fois épiques et progressives de Voice of Steel, qu’est-ce que ce "Verity" tant désiré a à nous proposer ?

L’album débute par la traditionnelle intro au cor, qui suit le groupe depuis le controversé mais non moins truculent "Nechrist", sorti en 1999.  "Verity" se poursuit avec le morceau 'Molfa' et sa ligne de guitare hypnotisante cédant rapidement la place à une mélodie mid tempo agrémentée de flute et de bandura qui reste cependant d’une lourdeur pachydermique et tambourinante.  Passages folkloriques mystiques, chant hargneux et habité, rythmiques destructrices mais aussi passages lancinants et atmosphériques agrémentés de solos se succèdent au cours de ce morceau d’introduction somme toute éclectique qui nous montre que Nokturnal Mortum sait encore faire du Nokturnal Mortum, et bien plus encore comme va nous le montrer l’ensemble de cet album qui approche des soixante-dix minutes.

Alors oui, l’album est peut-être moins « catchy » et accessible que les prédécesseurs du Nokturnal Mortum « next gen » avaient pu l’être: ici, point de dansants 'Ukraina' où 'Hailed be the Heroes' qui entrent en tête quasi instantanément pour ne plus vous lâcher.  On n’est cependant pas en manque de passages intenses sur cet album, que ce soient les chœurs lointains et solennels de 'With Chort in my Bosom', les claviers tourbillonnants de 'In the Boat With Fools' qui nous plongent dans la folie de la tempête en pleine mer et moult autres passages qui restent en mémoire après plusieurs écoutes.

Le chant de Varggoth est ici toujours aussi hargneux et guttural, avec la voix reconnaissable entre mille, typique du frontman et qui est l’un des poncifs du groupe, et de la scène ukrainienne en général, où le chant grave et hargneux est récurrent, notamment grâce au révéré Roman Saenko.

Que ceux qui craignaient que les Ukrainiens aient délaissé leurs influences folkloriques avec "Voice of Steel" se rassurent, l’âme païenne du groupe est toujours présente avec des passages à la Solpika, flûte typique des pays de l’Est, au Bandura, genre de harpe à caisse creuse, ainsi qu’à la guimbarde où à la corne en os, entre autres. Le refrain entêtant de 'Wild Weregild' est la preuve qu’il est possible de faire du Metal Folklorique dansant sans céder à la facilité popifiante. 

"Verity" nous permet aussi d’enfin écouter en version studio le boisé et ombrageux 'Wolfish Berries', joué en concert par les Ukrainiens depuis quelques années déjà.  Introduit par un chant clair et caverneux interprété par Varggoth, qu’on entend très peu au chant clair dans les dernières productions du groupe, la tâche étant souvent reléguée à Jurgis, le morceau, qui est l’un des moments forts de l’album, nous conte l’histoire de créatures lycanthropiques terrifiantes aux prises avec un Molfar,  sorte de sorcier guérisseur des Carpathes, à grands coups de rythmique martelée à la guitare et saupoudrée d’envolées mystiques de claviers, de Solpika et de Bandura.

Je constate avec grande joie le retour des lignes de synthé « old school » typiques des débuts du groupe sur des morceaux comme 'With Chort in my Bosom', la partie clavier étant interprétée par Haruspex des Italiens de Selvans. Les Italiens avaient repris eux-mêmes 'Goat Horns' sur la compilation « 22 Years Among the sheep » fêtant les 22 ans du groupe, coïncidence ?. Quant à 'Song of the Snowstorm', ses nappes de clavier célestes rappellent l’épique et transcendant 'White Tower' du précédent album. Les claviers de "Verity" sont aussi parfois teintés d’affluences inattendues, comme les orgues très « Deep Purpliens » (oui oui ! ) de 'Black Honey'.

Dans "Verity", les Ukrainiens nous gratifient encore une fois d’une reprise inattendue, cette fois ci, pas de slow des Moody Blues où de reprise hargneuse des glameux de W.A.S.P (sic), mais une reprise de Komu Vnyz, groupe de Rock Ukrainien inconnu dans nos contrées, qui s’avère néanmoins entrainante et agréable à écouter et étonnamment adaptée à la « patte » de Nokturnal Mortum.

L’album se conclut par deux morceaux riches en émotions, tout d’abord 'Night of the Gods' avec ses nappes de clavier transcendantes et éthérées et ses chœurs qui prennent aux tripes (le Hoiyaiyahoh qui en fait rire certains mais personnellement me laisse gisant en position fœtale dans mes larmes). Comme si l’émotion n’était pas assez intense, un violoncelle poignant accompagne la montée finale de la chanson, concluant l’épopée païenne et guerrière de "Verity" par un moment de contemplation et de sensibilité, nous laissant nous remettre de nos émotions devant 'Where do the Wreaths Float Down the River ?', outro instrumentale de l’album ponctuée de guimbarde et de claviers.

Nokturnal Mortum sont plus que jamais ancrés dans leur identité slave. Que ce soit par les instruments utilisés, les mélodies presqu'orientalisantes de certains passages où les thèmes abordés, c'est un groupe qui cherche sans cesse à innover musicalement mais n’oublie jamais ses racines ni celles de son peuple. Il me tarde donc de voir les compositions de "Verity" interprétées en live, les concerts de Nokturnal étant une expérience inoubliable.

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Caelwyd



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