2 mai 2017

Chronique | NIGHTBRINGER - Terra Damnata (Album, 2017)


Nightbringer - Terra Damnata (Album, 2017)

Tracklist :

01. As Wolves Amongst Ruins
02. Misrule
03. Midnight's Crown
04. Of the Key and Crossed Bones
05. Let Silence be His Sacred Name
06. Inheritor of a Dying World
07. The Lamp of Inverse Light
08. Serpent Sun

Extrait en écoute: 



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J'ai découvert Nightbringer sur le tard lors de la sortie du split "Circumambulations of the Solar Inferno" les alliant à Dødsengel ; j’ai depuis comblé mon retard en explorant leur discographie. Au fil des années, le combo aura depuis sa création su marquer de son empreinte la scène Black Metal par sa personnalité, sa musique et son engagement dans les arts obscurs. Partageant des splits avec des groupes à l’aura intense, sortant des démos qui auront forgé l’édifice que le clan est devenu et publiant des albums qui auront marqué les auditeurs… le groupe est tout aussi puissant sur support physique que sur scène, même si je reconnais que mon plaisir s’intensifie lorsque je partage avec ce fervent messager des forces obscures leurs rituels lives d’où émane une magie certaine. Mais il faut reconnaitre tout le charme qu’il peut y avoir à écouter leur musique seul chez soi, cloitré et isolé, coupé de tout et de tous. Leur dernier album en date "Ego Dominus Tuus" avait marqué le milieu Black Metal, à tel point que l’on se demandait comment Nightbringer pourrait surpasser ce chef d’œuvre. La réponse se trouve à travers "Terra Damnata", accompagné d'un artwork signé David Herrerias afin de mettre en image la bête qu'est cet album, permettant de pousser encore plus loin l’univers personnel et introspectif de leur  art.

Nightbringer, au fil des années, a trouvé la recette qui fait sa force à travers son travail de composition inimitable et reconnaissable entre tous. Démarrant de manière furibonde et démoniaque 'As Wolves Amongst Ruins' vous scotchera d’emblée et vous laissera pantois, déconcertés que vous serez par sa véhémence. Alternant entre lourdeur, blasts, envolées sublimes et riffs incisifs, le tout se voit agrémenté de claviers subjuguants et terrifiants, une recette à laquelle le groupe nous a habitués. Le constat sera similaire pour 'Misrule', une musique classique, efficace, à laquelle le groupe nous a habitués par le passé mais qui fait son effet de par ses riffs possédés et ensorcelants. A l’écoute de cet album, on se rend compte qu’une symbiose s’opère, même si à mes oreilles et à mon âme des titres comme 'Midnight's Crown', 'Of the Key and Crossed Bones' et 'Let Silence Be His Sacred Name' sortent du lot de par la ferveur qui s’en élève.



La furie qui se dégage de ce nouvel opus est enivrante, et pour quelqu’un comme moi qui n’est pas un adepte des claviers symphoniques 'Midnight's Crown' est une révélation, me donnant même envie de me replonger dans de vieux albums de l’époque où cet instrument avait une place prédominante. Il émane de "Terra Damnata" une énergie qui est comme tout droit venue de mondes qui nous sont inconnus, mais qui grâce à ces huit nouveaux versets nous plonge dans une indicible envie d’explorer de nouveaux chemins.

Lors de l’écoute de 'Of the Key and Crossed Bones' on se laisse entièrement captiver par leur musique. Même si Nightbringer n’a pas révolutionné son travail de composition au grand dam de certains mais le groupe y apporte quelques subtilités qui toucheront autant les disciples que les impies. Tout d’abord la production tient une place prépondérante dans cette nouvelle œuvre, ce qui permet à chaque instrument de pouvoir s’exprimer librement, créant une ambiance, qui lors de l’écoute nous plongera irrémédiablement dans une forme d’autisme nous coupant de tout ce qui nous entoure. Ne serait-ce que la basse qui sur ce titre prend toute son ampleur délivrant une performance captivante, nous charmant par son son. Et comme indiqué précédemment, les claviers, qui certes ont toujours été présents, ont cette fois-ci ce petit quelque chose qui fait qu’une nouvelle aura s’en dégage.

L’intro majestueuse de 'Let Silence Be His Sacred Name' est un exemple parfait des subtilités évoquées précédemment qui apportent de la magie à ce titre, tout comme le changement de tempo à 2"35min hypnotisant notre attention, aidé par ce riff glacial, déchirant et magnifique à 2"30min. Malheureusement, à mon grand regret cette pratique n’est que trop peu exploitée par Nightbringer, un des rares points négatifs. Et lorsque la brutalité reprend le dessus, les nappes de claviers viennent apporter une harmonie apportant un équilibre entre force et finesse. Cette piste est celle qui m’aura le plus marqué sur "Terra Damnata", offrant un panel de nuances et d’émotions qui auront su me toucher, oscillant entre ténèbres et lumière, démontrant que ces deux forces sont liées et ne forment qu’une seule et même entité.


Au moment où  les titres se veulent être plus classiques comme 'Inheritor of a Dying World' ou bien 'The Lamp of Inverse Light' un nouveau facteur nous convertit à leur musique, un facteur dont je ne me lasserai jamais je pense, les chants, une triarchie de chants qui prend place tour à tour pour nous offrir cette communion, comme une catharsis. Là où beaucoup de chanteurs misent sur la haine, la douleur, le rejet, eux nous arrachent de ce monde pour nous entrainer vers Sa lumière, Sa voix, vers Sa parole. Leurs chants envoûtants accompagnés d’une énergie rayonnante et dévastatrice nous guident au travers de ces huit psaumes, nous amenant à une forme d’introspection. D’ailleurs petite surprise sur le titre 'The Lamp of Inverse Light' avec cette voix en fond qui nous accompagne tout au long de la fin de cette chanson, nous menant droit vers sa conclusion. Un effet de style auquel le groupe ne m’avait pas habitué et qui fait mouche, quand on parlait de subtilité…


Même si certaines pistes peuvent sembler classiques après tout c'est aussi ce qui fait la force du combo, son travail de composition identifiable parmi tant d'autres. Si on l'écoute attentivement, "Terra Damnata" démontre que, classique, il ne l'est pas tant que ça, pour qui prendra le temps d’y prêter une oreille attentive et d'être touché par sa grâce. Cette nouvelle œuvre des américains s'inscrit dans la continuité des travaux entamés en 1999 avec le split "Horde of Darkenwood", perdant peut-être un peu de la fougue de ses débuts mais y  gagnant en maturité et en sagesse. Mon attente a été comblée malgré les quelques petits défauts que j'ai pu ressentir au travers de mes écoutes. Nightbringer aura su offrir un nouvel album qui s'imprégnera en nous, s'inscrivant dans nos êtres comme une marque au fer rouge sur notre chair.


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KhxS

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