26 avril 2017

Chronique | UBIKANDE - "EP. 1", (EP, 2015) & "Mania" (EP, 2017)


Ubikande - "EP. 1" (EP, 2015)

Tracklist :

1. Tidal Rave - 03:50
2. Glidescape - 03:03
3. Luseed - 04:35
4. Mother - 03:51
5. Jupiter - 02:17
6. Unconcreate - 04:21

Extrait en écoute: 



"Mania" (EP, 2017)

Tracklist :

01. Totem - 03:31
02. Blackout - 04:37
03. Pavlov - 04:36
04. Saturne - 01:38
05. Follow'Er - 05:13
06. Panca - 06:02
07. Sable - 06:32

Extrait en écoute: 



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             Il y a des groupes où l'écoute est si facile, où les émotions et la musique qui les transporte nous touchent directement comme une évidence. C'est avec ce genre de groupe que l'instant d'écrire à son propos devient une tache aussi violente que se mettre à nu ou encore expliquer pourquoi on sait que demain le soleil se lèvera. C'est ma situation lorsque je suis devant mon écran à essayer de vous dire pourquoi Ubikande est ce genre de groupe, et histoire de corser le tout, cette chronique s’intéresse en même temps aux deux EPs sortis par le groupe. Les deux faces d'une même pièce sortie en 2015 pour le premier EP sobrement intitulé, « EP 1 » et en 2017 pour « Mania ».

              Mais concrètement, que nous propose ce trio qui se définit comme 'Heavy Coldwave' et dit tirer ses influences de la Coldwave, du Post-Punk et du Shoegaze? Qu'est-ce qui fait que les mots que j'écris sont aussi compliqués et que j'en arrive à vous parler des influences revendiquées par le groupe ? Et bien c'est que dès le premier morceau de « EP. 1 » les influences sont aussi denses que tout ce que la formation propose au sein de ses deux EP. Chaque morceau a effectivement une structure similaire possible grâce aux influences susnommées, mais d'autres éléments viennent s'y calquer et donnent au tout une ambiance particulière. 'Tidal Rave' qui ouvre donc cette première facette propose un rythme froid et électronique qui se rapproche plus de la musique 8 Bits des jeux vidéos que de la boite à rythme typée Coldwave. C'est un peu se balader dans Castlevania mais dans les rues sombres des années 70's, avec le froid et l'angoisse martelés par le 8 Bits. Le groupe met en œuvre de nombreux éléments pour nous faire se sentir oppressé, toujours en jouant sur la répétition des rythmes et le calme apparent de la voix profonde, les rythmes devenant des rites d'angoisse et d'obscurité. La voix et les guitares éthérées jouent avec le paraître, avec un insaisissable mur de brume, un paysage sonore impalpable et immatériel qui s’efface dès que notre esprit se raccroche à des éléments récurrents. Le tout crée une suave obscurité, diaphane et nébuleuse. Ubikande réussit ce tour de force en piochant dans le Black Metal comme sur 'Mother' ou 'Lussed' - ce dernier se permettant même un clin-d’œil aux Rolling Stones et son cultissime '(I Can't Get No) Satisfaction' - avec ses riffs lourds et sombres et la boite à rythme qui rappelle les blasts, mais aussi l’Électro Noise pour 'Jupiter' allant jusqu'à l'industriel sur 'Unconcreate'.

              Ubikande se plonge dans tout ce que la musique a de plus obscur et de froid à offrir, sans barrière de style, au risque de se noyer. Mais non, l'alchimie se fait grâce à la Coldwave et le Shoegaze qui restent prédominants, et à la voix qui nous accompagne dans ces chemins obscurs et glacés. Ce dernier, parfois poussif, cherche de temps en temps sa place dans cette combinaison de genres et d'influences qui font l’identité du groupe. C'est après avoir pris ses marques et avec « Mania » que la Coldwave d'Ubikande prend une nouvelle ampleur.

              'Totem' ouvre de façon totalement onirique ce nouveau chapitre. Le chant trouve ses marques entre Depressive Rock voire même Black sur certains passages, plus languissant. Les intonations nous transportent dans un monde chimérique et vaporeux. La frontière entre réel et rêve du Shoegaze présent sur le premier EP se fait plus flou. La voix devient l’élément central de ce voyage aux limites de la transe, comme sur 'Blackout' où elle se fait plus lointaine et disparaît pour faire place à une musique éthérée et claire. Mais le chant revient aussi inéluctable que les parties Noises, symbole de la souffrance de ce parcours aux lisières de l’aliénation. 'Pavlo' et 'Saturne' avec leurs guitares grésillantes, leurs crashs Noise, le tout soutenu par une voix plus narrée que chantée illustre bien cette volonté de jouer et transposer l'auditeur. Cette volonté est possible grâce à la maîtrise des éléments déjà expérimentés dans le précédent opus et qui trouvent ici naturellement leur place comme les nombreuse têtes de l'Hydre. Chaque tête étant une influence, un élément, mais toutes se retrouvent sur le même corps, ici musical. Lorsque l'on accroche un élément, une influence, une autre paraît. À l'image de cette créature chimérique la musique d'Ubikande est à la fois facilement identifiable mais difficilement saisissable. Nous pourrions parler de l'influence Drone / Doom de 'Panca' ou Dream Pop de 'Sable', mais il faudrait tout reprendre, décortiquer chaque morceaux, à chaque nouvelle écoute.

              Au final, prendre les deux EPs, c'est s'intéresser à l'évolution du groupe sur deux ans. Voir comment les expérimentations du premier EP prennent toute leur plénitude, pour devenir une musique complète. La musique d'Ubikande est totale, remplie de tout ce qui traverse l'esprit des musiciens. Le tout s'exprime musicalement par l'utilisation complexe de nombreuses influences. Dépasser les barrières musicales n'est même plus un jeu, les atmosphères, Black, Doom, Drone / Noise, sont aussi naturelles que celle de la Coldwave et du Post-Punk qui créent la structure de la personnalité d'Ubikande.
              Le premier EP est comme le prologue de ce qu'annonce « Mania », et dans cette idée j'ai hâte de découvrir le prochain chapitre d'Ubikande, et comment ils se joueront de la noirceur et de la lumière.
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Morgan


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