28 mars 2017

Live report | Lebanon Hanover + Der Himmel über Berlin @ Bus Palladium 09/03/2017



Depuis un peu plus d'une année maintenant, ma vie est rythmée par un étrange rituel. Que dis-je, c'est un pèlerinage. Le Bus Palladium est encore devenu, l'espace d'une soirée, le sacro-saint siège d'un rassemblement de freaks en tous genres, de corbeaux des premiers âges comme de jeunes en quête de musiques ténébreuses.

En même temps, Le Boucanier, en pape obscur, sait vraiment parler à l'âme d'un public en perpétuelle demande, boulimique de sons froids, de nappes vaporeuses, de basses glacées et de voix caverneuses. Et le bougre mène son troupeau vers des paysages de plus en plus lointains, de plus en plus cabalistiques. Pour cette soirée, il nous propose rien de moins que Lebanon Hanover et Der Himmel über Berlin. Pas étonnant que la rumeur d'un concert sold-out se soit vite confirmée.

Dans un premier temps, à l'annonce de cette affiche, c'est l'extase et l'excitation, puis vient le doute. Je ne suis pas un grand fan du Bus Palladium quand celui-ci est plein à craquer, tout gothique que le public soit. Les espaces confinés me rendent mal à l'aise en présence d'autres gens. Que nenni, je ne me laisse pas aller et me rends d'un pas sur vers l'établissement, en prenant le temps de passer dire un un petit bonjour à la galerie Akiza en passant. Un vrai rituel vous dis-je.

Der Himmer über Berlin

Je suis dans les premiers à entrer dans la salle. Aux premières loges pour assister à la messe. J'entraperçois les italiens de Der Himmel über Berlin. Ceux-ci commencent à jouir d'une certaine notoriété dans le milieu avec leur goth rock mâtiné de darkwave. Leurs influences vont de The Cure à Red Lorry Yellow Lorry, en passant par Bauhaus et The Sisters Of Mercy. Autant dire que je suis plutôt impatient d'entendre cela en live. Les musiciens se mettent en place, le public commence à s’agglutiner en une masse bien compacte. Premières notes. La célébration commence.

La basse. Rien que pour ça je ne regrette pas le déplacement. Le son est clair et sans anicroche. On prend une première salve de notes glacées, rapidement soutenu par une batterie mordante, venant appuyer une guitare cinglante. Bon présage pour la suite. Je m'attends à ce que l'on me délivre la bonne parole. La voix est juste et correcte mais manque d'énergie selon moi.

Les titres s’enchaînent et les gens dansent. Je danse. En même temps le groupe envoie assez d’énergie dans leurs morceaux pour faire se trémousser le plus timide des timides, au sein de cette salle qui se transforme en nef d'un temple post-punk. Mais, pour ne mentir, je m'attendais à quelque chose de plus poussé, de plus goth rock justement, comme s'il manquait un je-ne-sais-quoi, comme un dimanche sur la coque de ce navire. En même temps, le groupe cite également Simple Minds et Nick Cave dans ses influences. Cela ne m'a nullement gâché le plaisir malgré un léger pincement de déception au cœur. Ce qui est sûr c'est que je sais déjà que je prendrai ma place s'ils repassent dans le coin.

Der Himmel über Berlin tient le public en haleine avec, en clef de voûte, pratiquement en point d'orgue de leur set, une reprise fort surprenante de Joy Division, qui démontre le savoir faire de la bande. Alors qu'ils enchaînent les compositions à une vitesse vertigineuse, voilà que tout s'arrête. Non pas que le show soit fini, non.

Le chanteur tend une cravache à une fille de l'assistance pour faire subir moult sévices aux créatures de la nuit qui voudraient volontiers se repaître de souffrances. Ça me sort totalement du concert. A vrai dire, on a eu le droit à un moment de malaise, entre une auditrice ayant grimpé sur scène et marchant sur les câbles, décrochant au passage la pédale d'effet du bassiste, un public évitant les coups, et un groupe qui n'avait apparemment pas prévu cela. Pour sûr, il se passe toujours de drôles de choses en soirée, et je suis loin d'être déçu d'avoir pu assister, encore une fois, à un moment d'anthologie.

Un léger problème de synchronisation de la vidéo passant derrière, et un titre plus tard, les italiens quittent la scène en catimini. Alors me vient une question, comme une prédiction sulfurique de la Pythie de Delphes : est-ce que cette première partie rythmée, orientée goth rock est une bonne entrée en matière à l'introduction de Lebanon Hanover et de ses sonorités électro et coldwave ? Un doute m’assaille, des réminiscences de la deuxième Nuit Fantasmagothic me viennent, dont une salle se vidant au passage entre 1919 et Motorama...

La salle du Bus Palladium se remplit, encore et encore, inexorablement. Bien loin d'être le tonneau des Danaïdes, j'ai juste le sentiment que la salle va finir, comme un ballon de baudruche, par exploser. Plus le temps passe et plus les gens s'entassent, largement alcoolisés pour certains, et me vient en tête le concert de The Mission, ici même il y quelque temps...


Lebanon Hanover

Fini de rêvasser avec un sourire béat aux lèvres, voici Larissa « Iceglass » et William Maybelline, le duo de Lebanon Hanover qui s'installe. À peine ont-ils posé un pied sur scène que la foule, stressée et grisée par la proximité des corps, l'éthanol, l'attente et le set de Der Himmel über Berlin, pousse en avant vers la scène.

Juste quelques notes glacées en introduction et chant d'outre-tombe. Je reste transi par la mélancolie qui se dégage de la voix de Larissa. Je suis transporté vers les confins d'un univers mort et gelé sans possibilités de retour. Finalement si, le retour à la réalité est possible et s'exprime via une bousculade géante au premier rang, m'éjectant au loin comme un fétu de paille. Ce sont des choses qui arrivent...

Je me concentre sur ce qui passe sur scène. Le duo ne fait montre d'aucun jeu de scène, aucune empathie. Comme deux monolithes noirs, totalement absents de leur propre réalité, deux robots venus chanter le passé déchirant, le présent effarant et l'avenir inexistant. L'austérité. « Nostalgia is negation. Sadness is rebellion »

En matière de son, c'est propre. On sent que les deux comparses sont loin de leur coup d'essai. Les basses claques sans vrombir, les voix sont claires, les synthétiseurs furieusement acides, la boîte à rythme sèche et robotique. Autant dire que je suis totalement sous le charme de cette ambiance surannée. La musique est désuète, les musiciens obsolètes, le public caduc. Autant de feuilles mortes errantes, balancées dans le tourbillon mortel au gré des vents mordant nos chairs, déchiquetant nos cœurs et avalant nos âmes. Si avec ça vous n'avez pas une vision claire sur la musique de Lebanon Hanover, je ne puis plus rien pour vous.

Le duo alterne un morceau de coldwave froide et lancinante avec un morceau d'electro glacé. Ce qui est amusant, et je ne sais si cela est fait exprès ou non, ce sont les réglages. La basse de Larissa est très forte en comparaison de celle de William. A contrario, la voix de William est bien plus présente, ce qui la rend maître sur ce concert par rapport aux albums où c'est la voix de Larissa qui est mise en avant. Alors, que ce soit un choix ou non, cela change et je me régale de cette vague.

C'est d'ailleurs sur les titres les plus électroniques que je prends le plus mon pied, redescendant sur les passages les plus cold, ce qui n'est pas le cas de tout le monde. En effet, le tourbillon se propage. Voilà qu'une petite poignée de jeunes personnes s'adonnent à un pogo énergique sur « Gallowdance ». Une bagarre éclate. William se met à se contorsionner sur scène dans une transe qui aurait fait pâlir Ian Curtis. Effarant ou effrayant, j'oscille entre l'énervement et la contemplation. Des feuilles mortes errantes, balancées dans le tourbillon mortel au gré des vents mordant nos chairs, déchiquetant nos cœurs et avalant nos âmes répète-je.

Le paradoxe avec ce concert c'est tout de même le rappel. Deux titres, « Gallowdance » et « Tottaly Tot ». Et voilà que William s’enflamme d'un coup d'un seul, il s'époumone et gesticule comme un diable dans une explosion contenue tout au long du set. Un tel déchaînement d'énergie, de violence. Pour le coup je prends ma claque de la soirée. Rideau. Les lumières s'éteignent. Grande frustration. La messe est dite.

Je reste interloqué, tout se mélange dans ma tête, le goth rock de Der Himmel über Berlin, la passion du Boucanier, la pondération de Lebanon Hanover, la gentillesse d'Akiza, l'austérité de Larissa « Iceglass », le public malpoli, le mix endiablé de fin de soirée, l'explosion de William Maybelline, les esprits qui s'échauffent, les gens qui dansent frénétiquement, les nouvelles rencontrent, mes aventures dans le noctilien parisien... Oui, nous ne sommes que des feuilles mortes errantes, balancées dans le tourbillon mortel au gré des vents mordant nos chairs, déchiquetant nos cœurs et avalant nos âmes...

Aladiah

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