25 février 2017

Chronique | HELHEIM - "landawarijaR" (Album, 2017)


Helheim - "LandawarijaR" (Album, 2017)

Tracklist:

. 01. Ymr
02. Baklengs Mot Intet
03. Rista Blodørn
04. LandawarijaR
05. Ouroboros
06. Synir Af Heidindomr
07. Enda-Dagr

Extrait en écoute: 


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Emergé pendant le « golden age » du black metal, Helheim s'est constitué une discographie très solide depuis sa création en 1992 et son célèbre premier album « Jormungand » en 1995, désormais forte de 9 albums, soit autant qu'il y a de mondes dans la cosmogonie nordique. « landawarijaR » succède à « RaunijaR » où le groupe avait déjà pris un tournant musical plus personnel. Helheim semble de toute évidence s'être fait une fidélité au label Dark Essence Records qui produit les albums du groupe depuis maintenant 2006. Quant aux thématiques mythologiques, elles sont bien entendu de retour elles aussi, et je compte forcément m'y intéresser un peu parallèlement aux commentaires sur les aspects musicaux de l'œuvre comme j'aime le faire. Le choix de l'artwork est d'une sobriété sans précédent (pour ne pas dire générique), il s'agit d'une épaisse forêt de conifères où toutefois le soleil perce en haut à droite de l'image … Ceci dit, avec le design du logo réalisé en branchages et le nom de l'album à la police vaguement « runique » ce choix est plutôt cohérent. En fait, je l'adore, j'aime les design sobres, même s'ils ont peut-être une apparence un trop commune … Chose certaine, c'est qu'il s'agit d'une belle porte d'entrée dans ce nouvel album des Norvégiens !

Le feu est ouvert avec « Ymr » qui s'impose comme l'ouverture de l'album et je crus à première vue à une contraction de « Ymir », le géant à l'origine de beaucoup de choses dans la mythologie (enfin, c'est peut être le cas quand même, difficile d'en être certain …). Le texte m'indique finalement que c'est plus une leçon de vie en prenant pour métaphore le frêne Yggdrasil, immense, tortueux et dangereux depuis ses racines jusqu'à sa cime. Cette vision est transposée au parcours de la vie d'un homme depuis sa naissance à sa mort, et dans le but d'atteindre sa lumière intérieure et la sagesse d'Odin, ce dernier doit cheminer longuement sur les branches de l'arbre en bravant les innombrables obstacles qui se présenteront à lui. D'une certaine façon, l'artwork de l'album prend ainsi sens … Musicalement, on se situe dans quelque chose de mid-tempo, d'atmosphérique et implacablement rythmé par la batterie. Au chant écorché de V'Gandr s'ajoutent les guitares torturées et régulièrement la corne de brume est sonnée pour des passages plus guerriers.

« Baklengs Mot Intet » signifie « Backwards to Nothingness » qu'on pourrait traduire par un « Retour dans le néant », ce qui est développé ici est la tendance de l'homme qui plutôt que d'aller de l'avant à tendance à regarder en direction du néant et à détruire son existence en restant bloqué dans l'immobilité .. Voilà donc la seconde mise en garde. Ce morceau était sorti en avant-première bien avant l'album et j'avais donc déjà pu me familiariser un peu avec, les arpèges mystérieuses et chevrotantes de l'intro sont diligemment rejointes par un riff en tremolo et une batterie stable mais véloce. J'attribuerais une mention spéciale à la basse vraiment audible et qui met en valeur la ligne mélodique de par ses variations. En somme un titre aux parties de chant clair vraiment très belles qui forcent l'admiration … tout du moins celle d'un auditeur tel que moi. Le riff remarquablement chaotique qui déboule à mi-chemin du morceau a de quoi surprendre tout comme le solo du dernier tiers qui donne quant à lui une touche très rock'n'roll à ce passage, vraiment chouette.

« Rista Blodørn » évoque cette fameuse pratique nordique, vous savez, qui consiste à cuisiner avec des objets tranchants le dos de quelqu'un qui nous a cherché noise dans le but de lui sortir les poumons et de les poser sur ses épaules tels des brassards de piscine (ça dépend des sources, bien entendu). Mais pour parvenir à ce formidable résultat, il faut d'abord pouvoir y accéder … et donc détacher les petites côtes de la colonne vertébrale pour les rabattre sur le côté. Ainsi elles nous apparaissent comme les ailes déployées d'un aigle et comme son nom l'indique, avec beaucoup de sang. « Rista » signifie donc « tailler/taillader » tandis que « blodørn » renvoie à « aigle de sang », c'est plutôt concret cette fois comme nom de titre. Vous l'aurez compris, l'insouciance et l'euphorie ne sont pas au centre de ce morceau et la martialité de Helheim ne tarde pas à s'imposer sur le premier quart du morceau, avant de tomber dans un vide (ce n'est pas péjoratif) sidéral constitué d'arpèges cosmiques puis guidés par une guitare lead errante. Lorsque le morceau reprend dans le dernier tiers, l'atmosphère se revendique beaucoup plus sereine et contraste véritablement avec le chant écorché.

La moitié de l'album se marque par l'éponyme « LandawarijaR » dans toute sa splendeur. C'est peut-être même un de mes morceaux favoris de l'album, il en ressort une brume épaisse au parfum de mélancolie souligné par des riffs monocordes et le chant clair de V'Gandr. Dans le contexte mythologique « Ouroboros » fait écho à Jörmungandr, l'hideux rejeton de Loki qui consiste en un serpent géant si grand qu'il fait le tour de Midgardr en se mordant la queue. A la manière du premier morceau de l'album qui prenait Yggdrasil pour exemple, Jörmungandr sert ici à métaphoriser le message invitant à trouver la vérité en soi-même. Ok, les textes sont vraiment sujets à interprétation en réalité, et c'est d'ailleurs ainsi que V'Gandr souhaite qu'ils soient appréhendés par l'auditeur comme il le dit dans une interview pour le magazine Metallian.

« Synir af Heidindomr », ou « Les fils de .. Heidindomr ».. hum.. « Heidr », peut-être. Voici une piste mid-tempo aux textes scandés toujours dans la langue natale de ces hommes, c'est à dire en norvégien. Et d'ailleurs, force est de constater que la langue employée apporte toujours une dimension particulière à la musique elle-même : Et pour cause le norvégien sonne ici à merveille. Sur une touche beaucoup plus sombre « Enda-Dagr » (La fin des temps) signe la conclusion de « LandawarijaR » et fait possiblement allusion au Ragnarök, la fin des temps dans la croyance nordique ou la plupart des êtres périssent. Cependant, c'est selon l'Edda aussi le commencement d'un nouveau temps, car certains survivent, on mentionne par exemple les fils de Thor Magni et Modni et le dieu Baldur qui alors qu'il était mort revient de … Helheim.

Avec « LandawarijaR », Helheim continue vaillamment son cheminement entamé depuis « Heiðindómr ok mótgangr » et en passant par le prédécesseur « RaunijaR » qui s'avérait déjà plus posé mais toutefois épique. Pour cette nouvelle sortie dont le titre provient d'une inscription runique traduisible par « Le protecteur des Terres », nous pouvons apprécier un album d'une puissance émotionnelle particulièrement authentique et un son très organique. Ce son d'enregistrement qui se veut en lui-même plus « live » donne presque l'impression d'assister à une répétition du groupe et cela créée ainsi une forme d'intimité entre la musique et nous. De plus, c'est en parfaite adéquation avec le concept développé qui souhaite enseigner des leçons de sagesse issues des runes à l'auditeur : On se sent forcément plus proche de la musique et de ce qu'elle évoque de cette manière là. J'avancerais même que ce disque est à l'image de sa pochette, c'est à dire sombre et assez raw. Des propos qui sont ceci dit à nuancer tant le chant clair et certains textes tendent plus à nous orienter vers quelque chose de lumineux. Ce neuvième opus aura toutefois aussi le potentiel de décevoir une partie des fans tant le groupe s'aventure sur une piste de plus en plus personnelle et expérimentale, aussi, certains passages peuvent paraître longuets. Pour ma part, ce « LandawarijaR » est une réussite certaine, comparable à une longue marche méditative dans les forêts nordiques et nous invitant à l'introspection.

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Stuurm



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