4 février 2017

Dossier | Call Of Terror : un report musical et une nouvelle dimension socio-politique du Black Metal


C’est un format un peu spécial qu’on vous propose aujourd’hui à l’occasion de notre compte-rendu du Call Of Terror qui a eu lieu la semaine dernière en Savoie. En effet, sans occulter l’intérêt musical de ce concert, il n’est pas inintéressant d’encourager à la réflexion sur la dimension politique d’une telle date, car si les personnes qui sont seulement venues pour profiter des prestations musicales étaient nombreuses, multiples ont été les prises de conscience sur la réalité des faits. Il est évident que le Call Of Terror n’était pas une date parmi d’autres, et le fait de vouloir boycotter ce genre d’évènement, quelque soit la légitimité de ce combat - qui ne concerne, d'ailleurs, pas que les antifas - , ne doit pas être le seul point de vue sur la chose. 

C’est pourquoi, par souci de lucidité et d’honnêteté pour notre lectorat - qui compte évidemment de nombreuses personnes qui n’ont pu se rendre au dit concert -, le report de notre chroniqueur sera suivi d’une invitation à la réflexion de l'équipe du webzine, et qui dépasse le cadre du Call of Terror pour donner un point de vue davantage socio-politique sur la signification de la tenue de tels évènements, en France, surtout, mais aussi en d’autres contrées. Bien entendu, nous ne prenons ici position pour aucune idéologie déterminée, mais situons notre réflexion d’un point de vue de témoins de ce qu’est aujourd’hui la scène Black Metal, dans un contexte de grandes tensions politiques.

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Le 28 Janvier, c'est la terreur qui s'est répandue sur un petit village de Savoie, situé entre Lyon et Chambéry, dans un lieu tenu secret jusqu'au dernier moment. C'est autour de 17 heures que nous arrivons sur les lieux, les portes ouvrant à 18h30, et ayant prévu large en cas de mauvaise circulation. C'est une foule assez dense et homogène de blackeux - parfois à l'humour assez caustique - qui se forme jusqu'à l'ouverture de la salle autour de 18h30.

Le concert est quelque peu controversé, je n'en parlerai pas ici car ce n'est pas à moi de le faire, je vous laisse ce lien pour plus d'informations. Le point de vue exposé dans l'article n'engageant que le journaliste et n'étant pas la stricte réalité, je vous invite cependant à vous faire votre propre opinion sur le sujet si ça vous intéresse: http://www.ledauphine.com/savoie/2017/02/05/savoie-un-concert-d-extreme-droite-organise-a-l-insu-de-la-commune.



Après trois heures d'attente dans la salle à parler à nos diverses connaissances et à s'approvisionner en merch et CD, le premier groupe de la soirée commence à jouer sur les coups de 21h30. Pour la première fois depuis la création du groupe, et après plusieurs concerts en France et en Italie, les Savoisiens de Baise ma Hache peuvent enfin se produire en live sur leurs terres

C'est sur une scène décorée d'un drapeau de Savoie sur un ampli guitare et d'un drapeau à l'effigie du groupe orné de deux bougies que les lumières s'éteignent et que le concert débute enfin. On découvre donc un line-up live constitué des deux membres fondateurs ainsi que d'un second guitariste et d'un batteur.

Commençant le set par le solennel 'Nous sommes entrés dans un long hiver', le groupe jouera pendant une petite heure des morceaux tirés des trois albums du groupe. Le public, dont une bonne partie est acquis à leur cause, reprendra avec joie les hymnes du groupe que sont 'Le Temps des Barbares' ou 'Edelweiss Noir' et ne manquera pas de déclencher quelques pogos, vraiment pas assez pour le groupe qui incite le public à « bouger son cul ».

Le chant scandé et haineux de Thorwald rend bien en live, et si certains le trouvent monocorde et ennuyeux, personnellement je trouve qu'il se prête à merveille aux sonorités martiales des compositions du groupe. Les guitares manquent peut être de profondeur par moment, et l'absence de basse se fait aussi sentir lors des passages les plus mid-tempo, mais le concert passe rapidement et il est pour ma part plaisant à voir, suivant le groupe depuis ses débuts.

À noter aussi, un rappel avec Le Temps des Barbares qui sera joué une seconde fois après un bref sondage auprès du public, principe - comme lors du concert de Peste Noire à Limoges - que je ne comprends pas vraiment, mais qui semble plaire.

Setlist

Intro
Nous sommes entrés dans un long hiver
Le temps des barbares 
L'armée furieuse
Edelweiss Noir
Mépris de la vie et consolation contre la mort
Les hérétiques
Noël en taule
Naguère il était un souverain 






Après une heure d'attente, le second groupe de la soirée monte sur scène, les Polonais de Dark Fury. Ne connaissant que très peu la musique du groupe, la brève présentation du chanteur, parlant d' « Anti Islamic Black Metal » pose direct les bases du concert à venir. 

Dark Fury jouent d'un Black Metal lourd, haineux et énervé, tout ce que l'on attend d'un groupe de NSBM donc, les trois musiciens enchaînent de façon sobre, efficace et sans fioritures leurs compositions qui suintent la haine des Inuits Pastafariens. L'attitude sur scène des Polonais contraste grandement avec la teneur de leurs paroles et de leur musique, ils restent stoïques et calmes en jouant d'un Black Metal lourd comme une Division Panzer. Le public est pour le moins réceptif à la prestation de Dark Fury, qui est le groupe le plus « engagé »  de la soirée.

Des problèmes de son viendront entacher la performance du groupe, un surplus de basse vrillant ainsi qu'un manque de clarté pendant les passages un peu lents qui irritent un peu, les aléas des concerts en salle des fêtes. Une prestation de qualité sans pour autant être mémorable à mon goût donc.

 Setlist

 Goatfuckers 
Sharp Steel
Anthem Of Upcoming War
Ciernie Na Ojczystej Ziemi 
Youngblood 
Werewolf
Wróg Nowego Porzadku
Orzeł  I Lew 
The Forge
This Story Happened Before




Après les prestations des deux premières parties, le doute plane sur qui sera le prochain groupe à jouer ; le running order n'ayant pas été dévoilé. D'un côté Goatmoon qui viennent de Finlande et jouent pour la première fois en France, de l'autre côté Peste Noire, qui au vu de l'accoutrement du public (une bonne moitié / trois quarts des personnes en présence ayant un t shirt, sweat ou patch à l'effigie du groupe) semble la raison principale de la venue de pas mal de personnes ce soir. Le débat est clos lorsqu'on voit un membre de l'équipe technique monter un clavier sur scène, ce seront donc les Finlandais qui joueront en troisième.

Ce ne sont donc pas moins de 8 musiciens qui montent sur scène, les musiciens de l'arrière de la scène (Batterie / Clavier / Flute / Guitare acoustique) se font discrets, vêtus d'une cape, tandis que les hommes du front (Chant / Guitares et Basse) portent la tenue traditionnelle du Black Metal (corpse paint, pantalon en cuir...).

Je ne vais pas vous mentir, Goatmoon est la principale raison de ma présence ce soir, ne connaissant pas Dark Fury et ayant déjà vu Peste Noire en Octobre, et il faut dire que je n'ai pas été déçu. Arrivant sur le bataillant 'Voitto Tai Valhalla', les Finlandais vont honorer pendant près d'une heure et demi l'ensemble de leur discographie, et bien que leur dernier opus Stella Polaris (chroniqué ici par T.) soit mis en valeur avec des morceaux comme Wolf Night ou le morceau éponyme, le reste de la discographie du groupe est loin d'être négligé.

Que ce soit le transcendant 'Aryan Beauty' ou le survolté 'Son of the Northwind', on nous propose là un panel éclectique de morceaux, alternant entre moments de pure haine viscérale et passages plus épiques rendant hommage à la mémoire Païenne Finlandaise.

Ici, pas vraiment de problèmes de son à signaler, les instruments folk sont suffisamment mis en valeur et on les distingue assez bien, ce qui est admirable compte tenu des lieux. Le chant corbin et strident de Blackgoat contribue grandement à l'expérience, et même s'il reste souvent dans le même registre vocal ce qui en irrite certains, il nous offre ici une performance vraiment plaisante, tandis que le guitariste et le bassiste l'accompagnent dans un registre plus grave lors de chœurs.

Une expérience à mi-chemin entre la catharsis misanthropique du Black Metal et la spiritualité ancestrale du Pagan, le genre de concert et de musique que j'apprécie tout particulièrement.  
 

Setlist

Voitto tai Valhalla Part I 
Voitto tai Valhalla Part II: Valkoinen maa 
Stella Polaris 
Eclipsed by Raven Wings 
Son of the Northwind 
Wolven Empress 
Aryan Beauty 
Kansojen hävittäjä 
Storming Through White Light 
October's Blood 
And the Tears of Our Fatherland Fell 
Wolf Night 
Echoes of Eternity 
Suicidal View 
Puiden tuolla puolen 





Il est près de trois heures du matin quand la tête d'affiche de ce soir, les controversés et internationalement connus Peste Noire, monte sur scène devant un public partagé entre la fatigue et l'impatience de voir ce groupe qu'on croyait jusqu'à récemment impossible à voir en concert.

Après une introduction écourtée ('Neire Peste', intro de l'album "Ballade Cuntre lo Anemi Francor"), ce qui pète un peu l'immersion, le groupe ouvre les hostilités sur '666 millions d'esclaves et de déchets', tirée de la seconde démo du groupe, "Macabre Transcendance". L'énergie dégagée par le groupe sur scène est impressionnante, et il semble y avoir une réelle alchimie dans ce line up live, formé il y a peu certes, mais constitué de musiciens rodés aux concerts et ayant déjà joué dans des groupes de Black Metal et de RAC. 

L'immersion dans la prestation du Kommando Peste Noire se voit amoindrie par des problèmes de son assez énervants, les guitares étant presque indistinctes par moment et des larsens de 30 secondes se faisant entendre entre les morceaux. (à quand le split avec Sunn O))) ?).
 Les problèmes sonores seront néanmoins en partie résolus pendant le concert.

Malgré ces quelques problèmes techniques, le public est captivé par la prestation de Famine et sa bande, le personnage est d'ailleurs un excellent frontman qui se produit devant un public acquis à sa cause et buvant ses paroles. Il se permettra d'ailleurs d'aller chanter un refrain en plein milieu du public, montrant la différence scénique et conceptuelle de Peste Noire dans la scène Black Metal et ses codes quelque fois un peu trop statiques.

La prestation et la setlist sont ici assez similaires au concert d'il y a trois mois (dont je vous invite à lire le report pour de plus amples informations), un nouveau morceau, 'Gisant dans la putréfaction', tiré de la première « piste » du groupe, "Aryan Supremacy", faisant néanmoins son apparition.

À noter aussi la présence du batteur Ardraos (aussi derrière l'excellent projet de BM médiéval Sühnopfer) au chant, jouant un jeu de questions réponses avec Famine lors de certains passages. Thorwald de Baise Ma Hache monte aussi sur scène pour interpréter 'Payés sur la bête' et 'Des médecins malades et des saints séquestrés'.

Le concert se clôt cette fois encore par la reprise de L'épée en main du groupe de RAC Chevrotine, dont le refrain reste en tête un bon bout de temps (« Valkyrie, viens chercher, tes fidèles guerriers ! », cadeau de la maison), interprétée par le guitariste de Peste Noire qui chantera les premiers couplets, vite rejoint par Famine et Hreidmarr (The CNK / Anorexia Nervosa) qui montera sur scène rejoindre le groupe.

Setlist 


Neire Peste
666 Millions d'esclaves et de déchets
Le dernier putsch
Gisant dans la putréfaction
Le mort joyeux
La France bouge
A la mortaille ! 
Payés sur la bête
Des médecins malades et des saints séquestrés
Dueil Angoisseus
Paysage mauvais
Spleen La blonde 
L'épée en main (Chevrotine)

Cela fait bien plaisir d'avoir vu Peste Noire deux fois en l'espace de trois mois alors que croyais ne jamais les voir en live, et même si cette fois les problèmes techniques ont pas mal nui à l'expérience, j'ai tout de même passé un bon moment musical au Call of Terror.

Ainsi se clôt mon live report de cette date, dans l'attente d'une prochaine édition (Satanic Warmaster svp les mecs) je laisse la parole à T. pour la partie plus « conceptuelle » de notre dossier.
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La tenue du Call of Terror est un cas d'école du malaise qui envenime la scène du Metal Extrême aujourd’hui, et particulièrement en Occident où les tensions politiques sont à leur comble. Les actions antifas de ces derniers mois, mises en parallèle avec la défiance de la plupart des acteurs de la scène Black Metal vis à vis de celles-ci, en sont la preuve la plus éclatante, au Québec ou en Europe de l’Ouest, voire en Scandinavie. Cependant, elles ne doivent pas être le seul point de vue sur ce qui pose problème aujourd’hui à la fois pour les fans et les artistes qui ne veulent pas pâtir de la réputation sulfureuse de nombreux groupes. En effet, les médias qui s’intéressent à ce microcosme de l’Underground ne doivent pas occulter cette situation préoccupante et le reléguer justement au rang d’épiphénomène. Cela ne veut pas dire prendre parti pour une quelconque idéologie, comme nous l’avons expliqué il y a déjà quelques semaines, mais avoir ce souci nécessaire de transparence. Il est en effet loin d’être inintéressant que d’analyser une situation sans la dénoncer de manière inconséquente, voire exagérée. S’efforcer d’être réaliste, honnête, si l’objectivité demeure inatteignable, tel est notre dessein dans les lignes qui suivent. La critique doit venir de l’intérieur.

Il est souvent difficile de tenir un discours désintéressé en matière de politique lorsqu’on déclare apprécier un groupe comme Goatmoon seulement pour son esthétique et sa démarche musicale. Bien que beaucoup de groupes identitaires s’approprient de manière fort efficace et plaisante les traditions de leur terroir comme la musique traditionnelle de leurs régions, est-il besoin de rappeler que cette esthétique revêt parfois une signification bien plus engagée qui ne réside sûrement pas dans le folklore gentillet qu’on s’imagine? Se voiler la face est sans doute la preuve d’irresponsabilité la plus flagrante qu’on peut observer aujourd’hui dans notre micro- scène, et nous sommes nombreux à s’en être rendus coupables, du fait de notre passion parfois aveugle. Déclarer soutenir des groupes seulement pour leur musique, c’est certes dire la vérité et exprimer une conviction digne d’éloges au vu de la dextérité intellectuelle que cela requiert, mais c’est aussi se rassurer et minimiser sa participation à une cause qui parfois nous dépasse et nous est personnellement étrangère. Là se situe, précisément, le malaise: acheter de tels disques, c’est participer de l’expansion de l’expression artistique d’une idéologie qu’on ne s’imagine pas soutenir, et encore moins de cette manière. Mais jusqu’ici, je n’ai sûrement rien dit de nouveau.

Se déplacer à un concert est un acte beaucoup plus significatif qui ne doit pas être pris à la légère, car il est bien plus concret. On fait face à la réalité du terrain, et comme nous allons le voir tout de suite, dissocier l’art des idées s’avère de mois en moins possible. La musique se voit associée ici à un public de fanatiques, parfois plus politisé qu’envoûté par les mélopées médiévales d’un ‘Dueil Angoisseus’... et souvent réceptif aux deux. On se rend compte très vite que venir pour la musique n’était pas si simple qu’on le croyait. On doit laisser son portable dans sa voiture, avoir une tenue en accord avec l’esprit de la soirée, si possible, pourquoi pas, ne pas avoir de dreadlocks ou de bonnet rasta… j’en passe et des meilleures. C’est donc en amoureux de musique et en tant que chroniqueur que je manifeste mon désarroi vis à vis de cette ambiance sous très haute tension qui en dit très long sur le mythe du “je ne viens que pour la musique”, car même si c’est le cas, on est contraint de laisser derrière soi ce qui pourrait froisser le personnel des lieux. La moindre des choses, lorsqu’on revendique des idéologies aussi extrêmes, dont font partie celle du IIIème Reich et de l’Action Française, et qu’on veut organiser un tel concert, c’est de faire en sorte que les gens puissent avoir un échappatoire, se dire qu’ils sont là pour une cause purement artistique même si d’autres plus politisés coexistent avec eux dans le public... pas se faire menacer voire agresser par ces mêmes personnes. Si la "dédiabolisation" était l’objectif - et cela m’étonnerait, tout de même, vu l’intransigeance des artistes qui ont participé à la soirée, et le terme est sujet à équivoque vu le genre auquel nous nous intéressons -, l’échec semble patent.


Au "Pact of Steel" de Kiev, le 17/12/2016

Vient la facette la plus inquiétante de ces festivités, ou devrais-je dire, hostilités. Il est en effet fort possible que le NSBM et les cercles qui s’en rapprochent exercent une influence non négligeable sur un public parfois jeune et susceptible, peu à peu, de se laisser embrigader, de manière plus ou moins insidieuse, avec toute la communication rendue possible aujourd'hui par la Toile et les réseaux sociaux. Le Black Metal devient l'une des portes d’entrée vers des milieux où le racisme, l’intolérance et les idées les plus extrêmes sont monnaie courante, c’est une réalité et non un simple risque, qu’on soit complaisant ou non, en témoigne la tenue d'une conférence pan-européenne sur l’avenir d'une Europe païenne au Asgardsrei V à Kiev, au doux nom de "Pact of Steel" qui fait allusion à l'alliance faschiste entre l'Allemagne et l'Italie officialisée en 1939. Faire preuve de recul sur cela, c’est autre chose que réagir contre la tenue d’un tel évènement, c’est simplement se poser les questions adéquates et faire face à la réalité des faits avec lucidité et calme.

Scholomance

1 commentaire:

  1. Reset Metal00:56

    Voilà un dossier et un point de vue qui donne à réfléchir. On a parfois, si ce n'est souvent, tendance à tellement se dédouaner de l'aspect politique d'un groupe que ça revient presque à être dans le déni total et ça repousser en bloc toutes les questions que ça pose.

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