17 février 2017

Chronique | SAIGON BLUE RAIN – Noire Psyché (Album, 2016)



Saigon Blue Rain - "Noire Psyché" (Album, 2016)

Tracklist :

01 – Fading Fantasies 4:30
02 – In Other Climes 5:12
03 – Noire Psyché 3:38
04 – Whispering Eyes 3:24
05 – Mori Chimaeris (L'Offrande Pt.2) 3:30
06 – Dancing Trees No Longer Cry 2:23
07 – The Unknown 3:12
08 – Bliss 3:30
09 – Midnight Blue 3:00
10 – Pearly Haze 4:30


Extrait en écoute :



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J'étais tranquillement chez moi à faire un brin de ménage avec, en fond sonore, ma playlist aléatoire. Rien de bien passionnant en somme. Quand tout à coup résonnent les premières notes d'un titre que je ne connais pas. « Tiens, c'est marrant, on dirait du Saigon Blue Rain »... Et là, ça fait tilt dans mon cerveau. Il s'agit de « The Unknown », un titre de leur nouvel album "Noire Psyché". Il y a des mois que je leur ai promis une chronique, et comme un boulet que je suis, ça m'était sorti de la tête. Ni une ni deux, j'abandonne mon activité de rangement et je me plonge dans le nouvel opus du groupe de coldwave éthérée parisien.

Retournons donc, dix chroniques dans le passé : « Il était une fois Saigon Blue Rain, ex Stupid Bitch Reject, un groupe aux sonorités coldwave façon The Cure, Joy Division ou And Also The Trees, mélangées à un bon tiers d'ethereal wave façon Cocteau Twins ou All About Eve, mais qui possède son individualité propre. ». "Noire Psyché" est donc le deuxième opus du groupe. Un album autoproduit cette fois. On retrouve encore Franck à la guitare et Ophelia au chant, sa voix toujours aussi envoûtante. Le groupe n'a pas l'air d'avoir dévié d'un iota de son son originel puisque j'ai été capable de reconnaître le groupe au bout de deux notes. Est-ce une bonne chose ? Je me pose vraiment la question avec un brin d'incertitude.

Encore une fois la pochette est de toute beauté. Il s'agit d'un mélange de deux photographies d'Ophelia, son visage, yeux clos, et son corps voûté, penché dans une sorte de transe. Dans un tout autre style que celle de "What I Don't See", l'album précédent, mais toujours d'une très belle facture. Cette fois je ne sais pas qui s'est occupé de l'artwork, mais c'est inspiré. Toutes les photographies présentes dans le livret sont dans ce même esprit de superpositions de plusieurs clichés, toujours dans des tons violacés. Je trouve ça tout simplement beau, poétique et résolument éthéré. L’éther, c'est l'un des maîtres mots du duo.

Contrairement à la dernière fois, je vais faire une présentation titre par titre pour que vous compreniez bien l'évolution de mon ressenti sur cet album. Dès les premières notes de « Fading Fantasies », c'est la neige qui tombe à gros flocon. On retrouve Saigon Blue Rain dans ce qui sait faire de mieux. Mais de prime abord ça me gêne, car le titre fait un peu redite. Là j'ai peur, je tremble à l'idée que ce nouveau disque ne soit qu'un clone du précédent opus. Heureusement la fin du morceau, un peu plus rythmée et moins versée dans un doux pathos, me fait prendre conscience que le problème vient peut-être de moi.

J'écoute le deuxième titre « In Other Climes » et même constat, je n'arrive pas à dissocier le son de ce nouvel album, de l'ancien. Plutôt que de jeter autant de talent au bûcher de mes appréciations hâtives, je préfère arrêter là mon écoute. Je réfléchis un moment, je réécoute « What I Don't See ». Je prends encore une pause, je tourne en rond. Je prends une nuit de sommeil. Je reprends depuis le début.

Et là, boom, c'est l'explosion, je me laisse étrangement emporter sur les rivages transcendants de "Noire Psyché". J'ai compris mon problème. Comme pour DEAD, je n'étais juste pas en phase avec les sentiments que Saigon Blue Rain voulait me transmettre à ce moment-là. Cette fois, et ce n'est pas coutume quoi qu'on en dise, ma chère Brest s'est couverte d'un manteau nuageux d'un gris argenté profond. La ville, par ses bâtiments couleurs ciment, semble se prolonger dans le ciel. Je regarde par la fenêtre. Je crois être parfaitement mûr. Je ferme les yeux, comme sur la pochette. "Noire Psyché" me fait danser.

En me réécoutant l'album une deuxième, troisième, énième fois, il paraît évident qu'en réalité les deux premiers titres font la liaison entre "What I Don't See" et "Noire Psyché". « Fading Fantasies » et « In Other Climes » sonnent comme deux petits nuages qui nous entraînent progressivement vers le plus doux des rêves, la transition se fait petit à petit. C'est cela que j'ai toujours apprécié chez Saigon Blue Rain, cette propension à nous envelopper avec les nappes musicales. "What I Don't See" n’était pas uniquement le reflet d'âmes en souffrance, c'était une musique d'espoir. Et bien ce second opus se fait également le porte-parole d'une coldwave doucereuse, mélancolique mais loin de tirer les larmes. En témoignent les deux titres suivants, le plus post-punk « Noire Psyché » et le plus pop « Whispering Eyes ». La guitare virevolte, le rythme est entraînant.

Si tout le début de l'album ne présente pour le moment aucun véritable étonnement, on se laisse tout de même emporter par les vagues, les flots enchanteurs avec « Mori Chimaeris (L'Offrande Pt.2) », qui fait suite à « L'Offrande », morceau final du précédent album. Toujours les réverbérations, le rythme lent. Pas de piano cette fois, ce qui donne un aspect plus chaleureux à cette suite. On est bercé et on s'endort. On rêve des chonères. Oui, ce mot n'existe pas, mon correcteur d'orthographe fait des siennes, mais je le laisse car ce mot fait tellement chimérique justement...

Pas d'étonnement ? Je suis obligé de retirer ce que j'ai dit. Avec « Dancing Trees No Longer Cry », on est dans une autre dimension, non explorée. Je me surprends à comparer ce titre instrumental avec la space music que j'écoutais plus jeune. Du Jean Miche Jarre façon ethereal wave, plus proche d'un "Albedo 0.93" de Vangelis que d'un "Treasure" de Cocteau Twins. Dans tous les cas, ça y est je m'y retrouve enfin avec « The Unknown » dont les accents électroniques me correspondent peut-être plus.

On retourne aux notes Cocteau Twinesques avec « Bliss », qui me fait indéniablement penser à un autre titre, d'un autre groupe, dont mon fichu cerveau est bien incapable de retrouver les noms. Dans la catégorie étonnement, les sonorités asiatiques de « Midnight Blue » sont rafraîchissantes. On termine en mélancolie avec « Pearly Haze » à l'intro aux accents Xymoxiens, où l'on retrouve tout ce qui fait le charme du groupe.

Voilà pour ce qui est de ce nouvel opus. Saigon Blue Rain continue progressivement son ascension dans le ciel de la coldwave francophone et de la scène post-punk européenne, partageant tout de même la scène avec le groupe de goth rock suisse The Beauty Of Gemina sur plusieurs dates, ce qui est loin d'être négligeable. Le duo nous sert encore une fois un album soigné, sur lequel j'ai retrouvé, avec un grand plaisir, la voix cristalline d'Ophelia et le jeu maîtrisé de Franck, la réverbération féerique et les sonorités du premier album dont ce "Noire Psyché" est un prolongement logique.

Faire la chronique de "Noire Psyché" est une opération délicate car il ne faut ni tomber dans la redite ni perdre de vue qu'il s'agit bien encore d'un album personnel, à fleur de peau, dont le titre reflète parfaitement l'état d'esprit dans lequel il a été composé. Avec mélancolie, avec passion, avec douceur, mais toujours avec une certaine noirceur. Pas une de celles qui vous glace le sang, non, une de celles qui vous pousse à avancer inexorablement, en quête d'un peu de chaleur.

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Aladiah



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