6 février 2017

Chronique | BENIGHTED - "Necrobreed" (Album, 2017)


Benighted - "Necrobreed" (Album, 2017)

Tracklist:

01. Hush Little Baby
02. Reptilian
03. Psychosilencer
04. Forgive Me Father
05. Leatherface
06. Der Doppelgaenger
07. Necrobreed
08. Monsters Make Monsters
09. Cum With Disgust
10. Versipellis
11. Reeks Of Darkened Zoopsia
12. Mass Grave

Extrait en écoute:

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Préparez vous à prendre une sacrée mandale. Pas juste la gifle que peuvent recevoir les enfants turbulents, on parle ici plutôt de calottes que Marsault distribue aux machos ou encore au traitement que peut infliger l’immense Gotlib à ses personnages dans ses ouvrages les plus sombres. "Necrobreed", de son doux nom, sort le 17 février prochain chez Season of Mist, et va vous ensevelir sous un ouragan de brutalité parfaitement maîtrisé. Ce dernier-né est le huitième album de Benighted, formation nous ayant toujours habitué à une grande qualité en matière de Brutal Death depuis près de 19 ans.

Les français n’ont eu aucun mal à se faire un nom parmi les nombreuses formations internationales et sont aujourd’hui connus et reconnus pour leur énergie que l’on retrouve sur album comme sur scène. Pour un petit point historique, après le départ de Kevin Foley en 2016, c’est Romain Goulon qui prend place derrière les fûts, et au vu du CV du Monsieur ainsi que ses premiers lives avec Benighted, difficile de ne pas lui faire confiance pour remplir pleinement son rôle (pour ne citer que quelques exemples : Spectral, Spheric universe Experience, Raising the Veil, Necrophagist, ex-Monument of Misanthropy, ex-Imperial Sodomy, ex-Blasphemer…). C’est également la première production studio pour Pierre Arnoux (Basse) et Emmanuel Dalle (Guitare) qui ont déjà bien fait leurs preuves sur scène.

C’est avec une line-up composé, par ordre d'ancienneté, de Julien Truchan, Olivier Gabriel – qui a récemment quitté la formation, remplacé par Fabien "Fack" Desgardins -, Pierre Arnoux, Emmanuel Dalle, et Romain Goulon qu’a été enregistré ce nouvel opus. De plus, nous retrouvons la présence de trois invités de marque, venus prêter leurs voix sur certains titres de "Necrobreed". On retrouve Asphodel (Chenille) pour le titre introductif  ‘Hush Little Baby’  qui était déjà intervenue sur le titre ‘Fritzl’ ("Asylum Cave", 2011).  Trevor Strnad (The Black Dahlia Murder) sur le titre ‘Forgive Me Father’, et Arno (des français de Black Bomb A) qui apparaît quant à lui sur ‘Cum with Disgust’.

Avant de nous pencher sur le visuel et la musique, commençons par une mise en contexte : Julien Truchan est, au delà de ‘gruikgruikeur’ chez Benighted, employé dans un centre hospitalier psychiatrique. Ainsi, le thème de la maladie mentale a toujours un élément présent dans les paroles des productions du groupe. "Necrobreed" ne fait pas exception, et raconte l’histoire d’un homme atteint d’une pathologie schizophrène, qui à la suite d’un traumatisme infantile lié à la mort d’un chat, dissèque des animaux morts pour en récupérer les organes et les introduire dans son propre corps afin de ressentir la chaleur de la viande infectée. Vous souhaitez mettre une image sur tout cela ? Je vous invite à regarder le très dérangeant clip du morceau ‘Reptilian’ en fin d'article. 

La pochette de l’album illustre parfaitement le thème. Je ne souhaite pas ici sur-interpréter le visuel mais je vais tenter tout de même de donner mon interprétation de celui-ci. Les trois corps seraient en réalité une même personne, un homme, et rappellent la schizophrénie. On remarque que les deux corps placés en retraits sont marqués de multiples lésions grossièrement recousues, montrant les expériences auxquelles se livre cet homme: on remarque sur le corps de droite les boyaux sortant du ventre. De plus, les trois corps arborent chacun un membre rappelant l’animal : le corps de gauche possède un avant-bras avec une tête de crocodile, celui de droite une patte de crocodile greffée sur le bras, et le corps central un crâne - que je suppose d’oiseau - sur la tête. On peut saluer ainsi la cohérence entre le visuel de la pochette et le contenu de l’album qui démontre d'un véritable travail pour rendre le résultat cohérent. 

Côté musical, le groupe est resté fidèle à lui-même. Sans véritables changements dans sa ligne d’attaque, Benighted ne s’est pas pour autant reposé sur ses lauriers. L’occasion de noter que les changements de line-up n’ont en aucun cas affectés la qualité des compositions. La production est propre et sans bavure avec un équilibre entre les instruments parfaitement maîtrisé. Rappelons que l’album a été, comme ses prédécesseurs, enregistré au Kohlekeller Studio en Allemagne. 

Introduit par une macabre mélodie chantonnée par Asphodel, ‘Reptilian’ ouvre les hostilités avec violence. Au fil des titres, on retrouve Julien Truchan au meilleur de sa forme avec une grande diversité vocale qui fait la force de son chant : des gargouillis les plus gras - mention spéciale au passage après le break de ‘Leatherface’ -, à des registres plus aigus, il explore une large palette de sonorités. Côté percussions, avec un jeu de cymbale plus marqué que chez Kevin Foley, Romain Goulon assure dans son domaine. Sa virtuosité est impressionnante, à l’image du blast monstrueux juste après le break de ‘Leatherface’, et il exécute une performance de qualité avec une grande aisance sur cet album.

Sans tomber dans le répétitif, les morceaux se succèdent avec une grande variété de riffs et les moments de répits se font rares et souvent inattendus. Exemple avec le doux passage au piano sur la piste ‘Monsters Make Monsters’, où l’ajout progressif de dissonances au fil des répétitions du motif est vraiment du plus bel effet, contribuant à l’installation d’une situation malsaine en cohésion parfaite avec l’album. Il serait difficile - et aussi stupide à mon avis - d’établir un classement des meilleurs titres de l’album tant l’ensemble de l’opus est de qualité. À titre personnel, je retiens les titres ‘Psychosilencer’, ‘Forgive me Father’, ‘Leatherface’, ‘Necrobreed’, ‘Versipellis’, et ‘Mass Grave’ comme ceux qui m’ont le plus tapé dans l’oreille, mais ça se joue vraiment à pas grand-chose avec le reste de l’album…

Honnêtement, il y a très peu de chose à redire sur cet opus. Comme un grand cru, Benighted gagne en maturité et se bonifie au fil du temps et des albums. Je me surprends à devoir décortiquer chaque piste pour tenter d’identifier des défauts, sans succès. Pour moi supérieur aux autres albums de leur discographie, "Necrobreed" dévoile un groupe au sommet de son art avec une véritable réflexion autour des thématiques abordées et témoigne d’un grand travail sur le plan musical. Une grande sortie pour ce début d’année.

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W.G.




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