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Chronique | People Of Nothing – "S/T" (Album, 2014)


People Of Nothing – "S/T" (2014)

Tracklist

01 – Hold     04:48
02 - Haircut The Grass      04:13
03- My Stain     02:46
04 - A Break To Cry     03:48
05 - Hoax Nöse      05:39
06 – Unforgettable     03:15
07 - Love Action     04:00
08 - Hour Days      04:20

Extrait



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Découvert il y a un peu plus d'un an en concert à Rennes, avec, en première partie, AVGVST, People Of Nothing est l'un de ces groupes dont je n'attendais absolument rien et qui ont finalement réussi, petit à petit, à me retourner la tête.


Les « Gens du Rien » est un projet coldwave/post-punk/shoegaze, monté par le compositeur, chanteur et guitariste Florian Chombart, en 2008. Pour son premier album éponyme, le français s'est entouré de Roger Chut aux claviers, Nicolas Subréchicot à la basse et d'un certain Niko à la batterie. Ce premier jet est sortit en mai 2014 sur les labels Anywave pour la version vinyle et Manic Depression, pour la version CD. Des labels que je connais bien maintenant et qui ne m'ont jamais déçu. De plus il est à noter que c'est Aurélien Delamour, du groupe AVGVST, qui est à la post-production.

Un rapide coup d’œil suffit pour savoir que le voyage sonore que l'on s'apprête à faire ne va pas être une promenade champêtre. C'est une pochette grise qui n'annonce que mélancolie et chagrin, tristes mines et journées sans lendemain. Une pochette créée par un certain Fabien Chombart. Un parent sans doute. En ce qui concerne la photo, je ne sais pas trop ce que j'y vois. Une figure fractale, une échographie d'embryon, la radiographie d'un crâne, l'épaule d'une femme ? Peu importe. Je place la galette sur ma platine, je pose le diamant. Quelques crépitements. Ça tourne.

Tout commence par une résonance caverneuse. Je sais que l'on compare trop souvent n'importe quel groupe de Coldwave à Joy Division. Mais force est de constater que si l'on est amateur du groupe de Curtis, on risque fort d'apprécier « Hold », premier titre de « People Of Nothing ». On a le droit ici à une introduction froide et minimaliste mais douce, digne d'une chanson de « Closer ». Le calme avant la tempête. Les guitares se réveillent, un brin bruyantes et agressives sur la fin, pas la tempête que j'escomptais, mais un titre plutôt agréable. Je commence à redouter, ce qui s'annonce, non pas pour la qualité de l'album, mais pour mon âme.

On enchaîne avec le rythmé « Haircut The Grass », qui, je l'avoue, à ma préférence sur ce disque. Une guitare façon The Cure et une musique un brin plus énergique recouvrent légèrement une voix spectrale, un peu en retrait. Il s'en dégage une certaine rage contenue.

« My Stain » sonne étrangement comme les chansons les plus calmes de Placebo. Il s'agit d'une ballade minimaliste qui tente de se forcer un chemin, sur la fin, vers des horizons plus agressifs, sans vraiment y parvenir, comme si le groupe s'efforçait de retenir une explosion imminente. On ne s'y trompe pas, cette explosion arrive et se nomme « A Break To Cry ».

On reprend du rythme. On danse frénétiquement. La voix, pleine d'effets, se fait encore plus spectrale, comme déformée dans un vieux mégaphone. Elle se fait cri punk. Douleurs qui ressortent, catharsis. Toujours ce mot, ce concept. Fatigué, on s'endort avec les bruits de la nuit, vers luisants et autres insectes nocturnes, mais pas encore du sommeil éternel. Non. À défaut de trouver la Grande Mort, chercher la Petite.

Il reste de la peine à faire sortir. « Hoax Nöse » est l'une de ces chansons calmes qui donnent envie de pleurer sans que l'on sache vraiment pourquoi. Par l'intermédiaire de sa coldwave minimaliste, chant aérien, guitare et basse dans un registre haut, on se sent happé par la mélancolie provoquée par des instants perdus qui restent, malgré tout, gravés avec force dans le cœur, au point de le faire saigner continuellement. Des souvenirs douloureux mais inoubliables.

« Unforgettable » justement, nous replonge dans la frénésie. Comme une envie irrépressible de se fondre dans la foule d'anonymes sur la piste de danse, de jouer du coude, de boire des bières jusqu'à plus soif et, une fois ivre d'alcool, du contact des corps et de musique, perdu dans les brumes d'une réalité déformée, se rendre compte à quel point on est vivant et que l'on passe l'un de ces moments mémorables.

Arrêt brutal et plongée dans « Love Action », qui s'apparente plus à une marche funèbre qu'à une nuit d'amour ou au dégrisement après une soirée trop arrosée. Quoi de plus normal après tout ? L'album entier semble composé comme l'histoire de quelqu'un qui ne cesse de chercher une issue, un exutoire, un moyen de s'évader, de se séparer d'un souvenir trop lourd qui lui rejaillit à la figure à chaque occasion qui se présente. Le genre de chose que je ressens également chez d'autres artistes du même registre musical, comme chez les anglais de And Also the Trees par exemple.

À moins que ce ne soit ma propre histoire que la musique de People Of Nothing fait ressortir sur mon papier que je gratte péniblement... Mais il est temps de faire son deuil... ou pas. « Hour Days ». Ses premières notes stridentes, très darkwave, sonnantes comme un amas de mouches sur un cadavre, n'annoncent rien qui vaille. Le chant est désespéré. Cette compositions est la plus noire du disque. On sombre désespérément. Le son se fait de plus en plus noisy et agressif, de plus en plus autodestructeur. Le grand saut n'est pas loin. Une goutte de sueur nous perle du front.

J'attends la chute qui ne vient pas. J'ai l'impression de revoir la dernière scène du film Inception. Tombe, tombe pas ? Pile poil le final qu'il fallait à cet album.

À la première écoute on peut être facilement décontenancé par cette alternance continue entre un titre calme / un titre rythmé, comme si le groupe couchait en musique la confession d'une certaine bipolarité, de deux visages. Tous les deux tristes d'ailleurs, mais pas de la même manière.

Si c'est pour danser dans une cave humide, un grenier poussiéreux ou tout autre lieu fréquenté par les créatures de la nuit, sélectionnez un titre sur deux. Si vous préférez plutôt déprimer seul, dans une vieille chambre baroque terne, aux rideaux cramoisis, tirés afin d'empêcher la lueur d'un soleil trop agressif pour votre âme de vous atteindre, procédez de même. Si, par contre, vous voulez apprécier toutes les richesses des nuances du désespoir et passer par toutes les phases des différentes émotions qu'une société trop axée sur le bonheur obligatoire érige en tabou, alors n'hésitez pas, glissez le vinyle de People Of Nothing sur votre platine. Appréciez en chaque aspect, chaque aspérité, chaque arôme, jusqu'à ce que votre cœur, votre cerveau et votre âme soient emplis d'une empathie certaine et d'une vague d'amertume salvatrice.

Impossible de ne pas penser à des groupes comme The Chameleons, Interpol, A place To Bury Strangers, Portishead et autres du même genre, sans être pour autant dans la redite et le déjà entendu. On se laisse bercer par une certaine naïveté, une harmonie fragile, un minimalisme fantomatique. Un premier opus plutôt réussi bien qu'un peu court. Une figure fractale, une échographie d'embryon, la radiographie d'un crâne, l'épaule d'une femme ? Finalement il y a de tout cela dans cette œuvre.

Aladiah
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